SILENCE SUR LA PAGE
Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les regarde
Je les isole un à un en chambre de décontamination
En attendant le retour de leur présence bruissante
pleine d'un sens nouveau
Silence sur la pageÉcrit le 12 juin 2015 à 08h07 à Paris 3 rue de Suez
Où habitait ma fille PaulineSILENCE SUR LA PAGE
Les mots viennent de toute part
Mais je les laisse passer
Ou bien je les isole un à un en chambre de décontamination
(Antan nous appelions cela
« Nettoyer les outils »)
En attendant le retour hypothétique
De leurs fragments d’harmonie
Silence sur la page
Essai de réécriture ce 22 décembre 2020
Dans ma maison des Martigues
9 rue de la Bergeronnette
Autour de minuit
MALGRÉ TOUT, malgré l’écart abyssal entre les recherches d’un Descartes ou d’un Pascal, parmi les premiers à introduire le « moi » dans leur vocabulaire, et la recherche de l’anéantissement du peuple ukrainien par PoutinHitler Malgré toute « la mort, la mort, toujours recommencée » versus « la vie, la vie, un.e enfant nous est né.e ! » Malgré tout, la poésie nous maintient, m’écrivit un jour le poète Jaccottet, en réponse au recueil Aimer l’Utopie, que je lui avais envoyé à Grignan, rue de la Glacière Continuer Maintenir un rayon de soleil (même glacé) Sans se dissoudre en pleurs Sans se déconforter 1 Malgré le rideau de scène qui tombe lentement sur nos années perdues le désespoir assis sur un banc 2 « Banc public banc public » les amoureux qui s’bécottent comme des piafs la Môme chantant ses rengaines dans les cours pour deux sous d’rêves merveilleux Demain toujours ça irait mieux Malgré tout cet horizon de sang de fausses nouvelles et de lettres mortifiées Mañana la otra voz siempre viva La voix autre de Paz -le bien nommé- 3L’autre voix qui n’est à vendre sur aucun marché Les voies de plénitude et vide, envol et chute, enthousiasme et mélancolie : malgré tout, maintenir la lueur ténue de Madame Poésie
LES ÉGOLOGUES ET LEURS ÉGOLOGIES n’ont chez moi pas bonne presse Aujourd’hui que ce fameux concept d’identité est employé à toutes les sauces, quand « rien n’exclut d’essayer de penser hors du moi ou sans le moi » 1 Être, par exemple, un pur colibri, l’oiseau-mouche suçant le miel du livre des Essais, et le lendemain bécasse, la belle mordorée que chasseurs sans vergogne tirent à la passée, ou bien cet autre oiseau du crépuscule qui fait prendre son vol à une philosophie « parcourue par une expérimentation déniant toute entreprise identitaire d’un Moi totalisant narratif » 2 Du moins, drôle d’oiseau ou de zèbre, on aura essayé, posant les deux questions ouvertes du qui suis-je ? et du que sais-je ? 3 , doutant, pendant tant de jours et de nuits, de nos réponses, mais non du désir, chemin faisant, de les éclairer…
1 Claude Romano L’identité humaine en dialogue 2 Gilles Deleuze 3 Michel de Montaigne
Ma poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur une barque invisible
Aux yeux des profanes
Fanal, feu latent, exercice,Mon poème, s’il n’avance guère,
Maintient le secret des formes,
Dans le labyrinthe d’un rêve éveillé.
C’est l’impératif premier crié par Villon,
Aux hommes barbares, aux cœurs endurcis,Et le rêve dernier murmuré
À l’oreille de nos belles endormies…Un secret pour chaque nuit suffit*
* Alain Grandbois (1900-1975) poète québécois