FAIRE UN NOUVEAU POÈME NAGER CONTRE LA MARÉE DES MÉDIAS

Mais cette parole qui se lève à travers les poèmes, quelle que soit leur apparence, serait-ce la plus fragile, que répète-t-elle, sinon que la nuit n’est pas tombée encore et que nous n’avons pas le droit de nous abandonner à la solitude et au désespoir. Pierre Dhainaut

Il faut du temps et personne n’a plus le temps Il faut du vent et toujours nager contra suberna – « contre la marée » disait le troubadour Arnaud Daniel – Il ne faut pas de tapage ni de publicité Il faut être plus résistant que le buis et l’olivier Il faut sans cesse apprendre les règles et les écarts de la métrique Il faut aimer réciter chanter et/ou ne rien dire Il faut apprendre à contempler une page de poème comme une expérience de pensée Il faut mesurer la détresse d’une société qui ne reconnaît pas ses poètes Mais il y a mieux à faire que de s’en prendre aux pouvoirs, à la presse et à Sainte Télévision, qui les ignorent Faire un nouveau poème la pulpe d’un fruit dont l’avenir est le noyau

INCIPITS SECONDE TRESSE

LE PLAISIR DE LIRE UN PATCHWORK

Abecquer ses oiseaux de nuit, avec ces quelques mots rares aux sens le plus souvent inconnu. Il arriva chez nous un dimanche de 189…Colin terminait sa toilette.  « Je l’ai interrogé sur cette époque, où nous étions encore si jeunes, ingénus, enthousiastes, stupides, naïfs. Il en est resté quelque chose, sauf la jeunesse – m’a-t-il répondu. » C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. Le Rêve est une seconde vie. Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant.  Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je « hante » ?  Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné.  Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt.  Pour être heureux, ça j’étais heureux. Je vous garantis que ça n’a rien de folichon ce patelin d’Alliance, dans le Nébraska ; surtout quand je vous aurai dit que je me faisais tellement tartir dans ce bled qu’il commençait à me pousser du sainfoin dans la cafetière.  Nel mezzo del cammin di nostra vita Mi ritrovai per una selva oscure

QUI A ÉCRIT ET DANS QUEL LIVRE ?

13 Abecquer ses oiseaux de nuit, avec ces quelques mots rares aux sens le plus souvent inconnu. 14 Il arriva chez nous un dimanche de 189…15 Colin terminait sa toilette. 16 « Je l’ai interrogé sur cette époque, où nous étions encore si jeunes, ingénus, enthousiastes, stupides, naïfs. Il en est resté quelque chose, sauf la jeunesse – m’a-t-il répondu. » 17 C’était à Mégara, faubourg de Carthage, dans les jardins d’Hamilcar. 18 Le Rêve est une seconde vie. 19 Vous avez mis le pied gauche sur la rainure de cuivre, et de votre épaule droite vous essayez en vain de pousser un peu plus le panneau coulissant. 20 Qui suis-je ? Si par exception je m’en rapportais à un adage : en effet pourquoi tout ne reviendrait-il pas à savoir qui je « hante » ? 21 Comme le temps s’y prêtait à merveille et qu’on était samedi, journée que sa fonction lui permettait de chômer, Anthime est parti faire un tour à vélo après avoir déjeuné. 22 Anton Voyl n’arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. 23 Pour être heureux, ça j’étais heureux. Je vous garantis que ça n’a rien de folichon ce patelin d’Alliance, dans le Nébraska ; surtout quand je vous aurai dit que je me faisais tellement tartir dans ce bled qu’il commençait à me pousser du sainfoin dans la cafetière. 24 Nel mezzo del cammin di nostra vita Mi ritrovai per una selva oscure

INDICATIONS (à lire en un second temps)

13 De l’auteur du blog, son livre « abécédaire ». 14 Un roman culte dont l’auteur mort après sa parution à la guerre infâme de 14 ne put jouir. 15 « L’histoire est entièrement vraie puisque je l’ai imaginée d’un bout à l’autre » proclamait l’avant-propos de cet auteur qui aimait les jolies filles, la musique de La Nouvelle-Orléans et Duke Elligton. 16 Traduit de l’italien Composé de 9 histoires, « avant de trouver vie dans ce livre, elles ont existé dans la réalité. Je me suis limité à les écouter et à les raconter à ma façon. » avoue l’auteur, qui a choisi comme titre général un fragment présocratique : En suivant l’ombre, le temps… 17 Tous les grands égarés de la Littérature connaissent Mégara. 18 « Je n’ai pu percer sans frémir ces portes d’ivoire ou de corne qui nous séparent du monde invisible ». « Une dame que j’avais aimée longtemps et que j’appellerai du nom d’A… était perdue pour moi ». 19 À l’exception de rares passages ce roman qui fit date est écrit à la deuxième personne du pluriel : c’est vous-même lecteur que le romancier semble mettre poliment en cause…20 Par un parti-pris « anti-littéraire » l’auteur élimine toute description par l’abondance d’une illustration photographique. Mais là n’est pas l’essentiel, l’essentiel est la rencontre de l’auteur avec « une jeune femme très pauvrement vêtue, si frêle qu’elle se pose à peine en marchant, curieusement fardée, le bord des yeux si noir pour une blonde. 21 Le titre du roman est un nombre qui évoque le début d’un événement historique : « l’Histoire avec sa grande H. » 22 Anton Voyl aurait pu s’appeler Antony Voilo, mais pas Antoine Voinel. 23 Marcel Duhamel, l’ami des surréalistes, traduit le premier livre de la « Série Noire » (le titre lui aurait été suggéré par Prévert). 24 Inutile de traduire. L’auteur, « au milieu du chemin de sa vie », en écrivant ainsi, invente dit-on l’italien. (Il aurait hésité avec l’écriture en Provençal).

LIVRES

13 Un dictionnaire à part moi Jean Jacques Dorio 14 Le grand Meaulnes  Alain Fournier 15 L’écume des jours Boris Vian 16 Le temps vieillit vite Antonio Tabucchi 17 Salammbô Gustave Flaubert 18 Aurélia Nerval 19 La Modification Michel Butor 20 Nadja André Breton 21 14 Jean Echenoz 22 La disparition Georges Perec 23 La môme vert de gris Peter Cheyney (traduction Marcel Duhamel) 24 La divine comédie L’Enfer Dante

médaille d’or pour les recherches et les réponses :

Maria-Dolores Cano

http://reveusedemots.blogspot.com/

TEL ÉTAIT CE NÉNUFAR (en l’honneur de Mr Proust disparu il y a cent ans)

LA COLOMBE POIGNARDÉE De l’arche, on s’en souvient, le quarantième jour sortit la colombe pour s’enquérir de l’état du monde. De Proust, dont on fête, aujourd’hui 18 novembre 2022, le centième anniversaire de sa disparition, faillit sortir La colombe poignardée, un titre qu’il avait imaginé, un jour qu’il faisait une promenade en barque dans un paysage à la Monnet, dont il chérissait les nymphéas qu’il assimilait aux nénufars des Enfers de La Divine Comédie : Tel était ce nénufar, pareil à quelqu’un de ces malheureux dont le tourment singulier, qui se répète indéfiniment durant l’éternité, excitait la curiosité de Dante, et dont il se serait fait raconter plus longuement les particularités et la cause par le supplicié lui-même, si Virgile, s’éloignant à grands pas, ne l’avait forcé à le rattraper au plus vite, comme moi mes parents. Marcel Proust

COMPOSITION en l’honneur du centenaire de la disparition de Mr Proust

À MES MOMENTS PERDUS je lis et relis À la recherche du temps perdu « Un titre élégant et frivole » derrière lequel, nous dit un de ses lecteurs, se cache « la mauvaise conscience d’un oisif » À mes moments perdus je me pose sur les branches de l’arbre de Mr Proust, passablement effeuillé par les universitaires snobs qui citent à tout propos « La Recherche » Quand pour ma part, lisant et relisant Un amour de Swann, j’oublie À l’ombre des jeunes filles en fleurs, la mauvaise conscience des oisifs et des lecteurs snobs, et me plonge, avec toujours plus de plaisir, et sans souci de donner un nom à ce qui se passe en moi, dans les phrases harmonieuses et déraisonnables qui faisant fonction de « verres grossissants » ouvrent ce « livre intérieur » sans lequel il n’est point de lecteur qui devenant « le lecteur de soi-même », prenne à son tour la plume tâchant d’exprimer (ses) impressions profondes et authentiques en respectant, hors de tout style surfait, la marche naturelle de (sa) pensée.

LA NUIT QUARTIER LIBRE À LA FOLLE DU LOGIS

VIVRE DE NUIT dans la lumière de pensées au ralenti, rêves éveillés, lectures déraisonnables, écritures à la main qui transmet ce qui parle dans la tête au papier. Étendu dans son lit, tête posée sur l’oreiller, recouvert de son linceul 1 bleu, jaune ou vert. Vivre de vocabulaire vérifié, amplifié, d’étymologies, de la folle du logis à qui l’on donne tout pouvoir d’opérer sur la feuille de papier. Avant d’éteindre les feux et de piquer un petit somme. Puis recommencer. Nouvel éveil, nouvelle ballade d’Orphée qui doit aller de l’avant, sans se retourner. 1 en occitan le drap est appelé linçol selon le sens premier de linceul : petite pièce de « lin » et non drap funéraire.

sur la toile aussi on laisse aller « la folle du logis » dorio 17/11/2022

UN PEU DE PAIX S’IL VOUS PLAÎT

UN PEU DE PAIX S’IL VOUS PLAÎT

Un peu de paix s’il vous plaît pour l’enfant des cheminées et l’hirondelle des musiques aléatoires pour les lucioles du paradis perdu et l’alphabet du cornet à dés

Un peu de paix s’il vous plaît sans fureur et sans revolver et sans bouquets d’immortelles dans le bec des corbeaux envahissant les toiles du Douanier Rousseau

Un peu de paix s’il vous plaît pour ces rares instants de fraternité sur les champs de l’Utopie et les empreintes du musicien qui suit la partition pour violoncelle BWV 1007…les yeux fermés !