FARANDOLE DE VERS RIMÉS

Des vers rimés qui t’enriment
Marot le rimailleur
Et Théodore de Banville
Je défends que l’on m’imprime

Des vers rimant la déprime
Piètre plaisir intime
Quand la planète regorge de maux 1

Des vers rimés sous la lime
Pour les faire haut atteindre
Contre vices à toute heure
Soit nonne ou prime 2

Des vers rimés savantissimes
Doctime amie qu’Amour anime 3


Des vers rimés de pacotille
Qu’elle boive la roquille
Qu’elle folâtre ou gambille 4

Des vers rimés qui la refusent
Je n’inscrirai pas votre nom
Trop riche serait la rime 5

Des vers rimés vaille que vaille
Adieu frou-frou genoux bisous rimailles 6


Des vers rimés mis en abyme
Et qui s’escriment, vers holorimes

Des vers rimés de nulle raison
Voici les mains vides
Et vide l’horizon 7

Des vers rimés à Tréblinka
Mon mal meurt mes mains miment 8

Des vers rimés à l’Oulipo
Ouliporimes de Roubaud
Certains font zaoum
Et d’autres font des vents des pets et des pommes

Des vers rimés – mes préférés- équivoqués
Qui balance en ce
Jardin la première mésange
Puis les pinsons tous les oiseaux mes anges 9

Des vers rimés une fois une seule
Cette farandole va s’achever
Il est temps de changer son rôle
Et de prendre des champs la clef

1 Louise Herlin (1925- )  2 Jean Meschinot (1420-1491) 3 Jean de la Gessée (1550-1600)  4 Claude le Petit (1638-1662 brûlé pour ses écrits)  5 Bernard Delvaille (1931-2006)   6 Norge (1898-1990)  7 Jean Cayrol ( 1910-2005) 8 Robert Desnos (1900-1945)  9 Jacques Charpentreau (1928- 2016)
lecture de la voix de celui qui rima

PIERRES HOMMES OISEAUX

Au moment où j’écris, ce sont pierres vives qui viennent en premier, lithographies imaginaires d’un amateur calligraphe

Puis ayant mis par hasard, ou par nécessité, l’œil à la fenêtre, j’aperçois la lune : un parfait croissant du dernier quartier…  

 Les pierres et la lune se combinent alors et sont là dans ma tête; objets qui commencent à se former et à me réintégrer au monde constellé…    

Mais libres à vous, lecteurs subtils, de voir et d’entendre à l’instant autre chose…

des hommes par exemple comme le suggérait Rabelais :  

Je ne bastis que pierres vives Ce sont hommes

Ou bien zic-zac! zic-zac! faisait Miró

Et de ses mains fertiles s’envolaient des oiseaux…

zic zac clic clac une photo d’un drôle d’oiseau

POÈME PIANO

Les cloches sonnent sans raison
Et nous aussi…
Tzara  (L’homme approximatif)
     
Poème piano
c’est idiot
mais c’est ainsi
  
Il fleurit
au fur et à mesure
de l’écoute
d’une pièce jazzée
qui secoue le clavier
  
Les sons et les mots
se touchent

On ne sait
où s’arrêter
On ne sait pourquoi
le jeu de piano
produit ces fééries
  
Cordes frappées
Marteau sans maître
Crevant la raison
  
Posée sur le piano
Fume une Craven A   
 
Ça date
Ça coule
et ça syncope
  
Un pur régal
Signifiant
Ce moment-ci
Qui sonne sans raison…
et Nous aussi

LE LECTEUR A POSÉ SA VALISE

LE LECTEUR A POSÉ SA VALISE Le lecteur que tu es a posé sa valise dans une ville moyenne du sud de la France méditerranéenne une lourde valise nécessitant roulettes et une poignée comme une canne que l’on tire de bas en haut Elle est pleine de livres quelle surprise ! tous ceux que tu aurais aimé écrire et dont tes yeux ont usé la trame  tes yeux et aussi tes oreilles quand certaines pages se mettent littérairement à te parler Tu as vu ainsi cette vieille chamane goajira qui dans les sables ventés de son bout de presqu’île se mettait à parler et à se disputer parfois avec un cactus candélabre Un lecteur qui ne fait pas frémir et dialoguer sa page la réduit à du bois mort

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

PUR POÈME

PUR POÈME unique singulier éphémère

Une nuit à Martigues sur ma planche à repasser les Colorados

Et les peintures de sable des Navajos

Éveillé seul

Aux portes du poème que l’on voit naître ligne à ligne en cette feuille

Éphémère

Une nuit où l’arc-en-ciel descend du fleuve ardent des paysages

Quand une parcelle de beauté vous apparaît

Au seuil du poème que l’on entend avec ses yeux

Une nuit diadème de roses

Lentement

Comme l’on défait une à une les brindilles de sa couronne d’épines

Au-delà des murmures et des vertiges de l’œil et de l’oreille interne

Avec sa pointe sèche qui dans le noir a rayé le cuivre du mystère

Traces dissimulées dans le souffle d’un poème

Unique et singulier