L’HEURE DES RÉMINISCENCES ET DES CONFIDENCES INVOLONTAIRES

Cest lheure de remplir mes deux grands feuilles de nuit Cest lheure où je dors à moitié, je bâille, je réfléchis Tu me la bailles belle, écrit cette plume qui semble avoir une idée derrière la tête À la baille ! À la baille ! crie le mono aux mômes de la Colo (moi cétait pour mes dix ans côté océan que je découvrais près dHossegor) Cest lheure des réminiscences et des confidences involontaires (moi -encore- cétait sur Rémi et Colette qui venait de paraître que jappris à lire lalphabet en fumant « la pipe du Pape Pipu » et que je mexerçais à écrire en cursive) Elle court elle court laiguille des secondes sur lhorloge de mes heures vouées à la plus haute fantaisie Colette a coupé une tulipe rouge Rémi joue avec son petit canot & La barque de Francis tire sur sa longe Allonge ! Allonge ! tes bras, tes phrases Allongeails Paperoles Citations imprévues de lan mil que tu traduis en français daujourdhui : « Bien vois que pour si haut monter Nest mise léchelle assez haute Mais lallonge damour et de mon bon vouloir Me doit aider et valoir » Cest lheure de boucler cette variation qui vogue à présent sur laile dun dictionnaire dont les mots se déploient à part moi

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SALLE DES MOTS PERDUS

Salle des pas perdus Traversée du désert
C’est un mauvais début « Ça va pas le faire »

Ou bien tout au contraire On va persévérer
E caddi como corpo morte cade 1
« Et tombé comme tombe un corps mort »
Le facétieux Groucho va nous relever
« Ou bien cet homme est mort
Ou bien ma montre est arrêtée »

Salle des mots perdus Au terme de tant d’années
Vouées à la recherche d’images pour les yeux,
Ou pour la voix qui répète ce vers mystérieux :
Sunt lacrymæ rerum et mentem mortalia tangunt 2

« Les larmes coulent au spectacle du monde
Le destin des mortels touche les cœurs »


1 Dante La Nouvelle Comédie 2 Virgile (son grand aîné)


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DÉFENDEZ-MOI DE MOI

-Mais quel est ton secret ? Je nai pas de secret, sauf celui de refuser de me prendre pour quelquun qui chaque nuit écrit ses secrets.

« Défendez-moi de moi » ai-je lu, peut-être chez Montaigne, sûrement (en traduction) chez quelque autre auteur de conséquence écrivant dans la langue de Cervantes.

Celui qui écrit sur la mémoire, le temps, loubli, la répétition, le mouvement, la nostalgie du présent, je fais comme si je ne le connaissais pas personnellement, comme si jignorais ce quil avait déjà écrit sur ses cahiers, petites cartes blanches ou colorées, et même, ça peut arriver, sur un livre affublé dun nom dauteur, pour la commodité.

Bref, toute image renvoyée par les autres, ne rencontre jamais mon assentiment, ou plutôt, vous laurez peut-être compris, je les prends toutes pour argent comptant. Tous ces registres, tous ces costumes, tous ces personnages représentés par un seul acteur, une seule actrice (je songe à Isabelle Huppert, un modèle en ce domaine), tout ce mixte, ce kaléidoscope, cette machine à produire mille visages

-Alors, la prouesse est à tous ! conclut avec malice mon questionneur de secrets. La prouesse cest lallégresse de remettre une pièce dans la machine littéraire de nos désirs inassouvis.

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LAISSANT COURIR SANS FIN MON IMAGINATION

Laissant sans fin courir son imagination
Parfois l’assaillait la vision d’un idiot

(deux lipogrammes en e vous aviez remarqué)

Un idiot momo à Nyouyork au Moma
Un Dorio loriot pratiquant l’art brut-plaisir
d’Artaud Tarahumaras hallucinations
Jusqu’au tournis d’Achab poursuivant Moby Dick
Qui soufflait sur l’horizon lapis-lazzuli

Bijoux d’azur bols pour ablutions nuit sur nuit
Laissant courir sans fin mon imagination

Italiques extraites de La Disparition Georges Perec





















POÈME NOUVELET

Une fois de plus je vais écrire poèmes
Fatiguer les pages d’un carnet nouvelet
Me remémorer les vers dits « d’anthologie »
Et puiser chez mes frères et sœurs d’aujourd’hui
Poèteris Poètereaux Poétisses par centaines
Mais tous sans nom connu comme anonymes


Oubliez s’il vous plaît cette entrée ridicule
Oubliez vos animaux malades de la peste
de la littérature consommée sur tablette

Et que nul n’entre ici s’il ne met pas lui-même
la main, à ses exercices d’exorcismes 1

1 Henri Michaux

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Dans un monde régi par la logique du marché, où l’individu doit être rentable ou périr, la poésie n’a pas de prix : innocente, dérangeante, pauvre et sans valeur marchande, elle est toujours l’humaine mesure, au carrefour des rêves et des réalités, un cami compartit,« un chemin partagé », qui relie maille après maille ses lecteurs dispersés, joie et douleur mêlées dans un simple poème, qui ne fait que passer…