FATRAS ET FATRASIES

Patraque et patatras, je me noie (avec joie) dans le fatras de formes jouissives. Fatrasies sans tête ni queue, composées il y a belle lurette et dont la B.N.F. conserve quelques feuillets magnifiés par des lettrines dont le corps graphique nous saute aux yeux, avec l’illustration d’un tableautin en contradiction, le plus souvent, avec l’histoire en vers.

Li chan d’une raine

Saine une baleine

Une reine dans la Seine Le chant d’une baleine Ou bien la raine Rana Grenouille pataugeant dans le bénitier des imprimeurs et des primeurs de fruits pourris (pour rire) Ici tout est possible, muets chantent mâtine et aveugles voient clair, n’en déplaise au troubadour de la mauvaise réputation. Pauvreté donne à ma plume richesse et Fortune « hideux monstre aux bras multiples » se fracasse contre le mur de Mai 68 : Laissons la peur des Fatrasies aux cartésiens rancis.

voix mêlées entrelacées de musiques puisées sur fip jazz

UN DICTIONNAIRE À PART MOI

Vient de paraître 
https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

Une entrée du dictionnaire qui en comporte 222  

BOUSTROPHÉDONS

Où je suis né on me l'a dit*
Mais ceux-là même sont partis
depuis longtemps hélas. Mon père,
ma mère, essentiellement.  

Dans une maison de village,
face à l'église qui sonnait
mâtines, midi, l'angélus.
Personne ne s'agenouillait.   

Ma rue - je ne sais plus son nom -
Traversait alors la commune,
Je la quittai bientôt pour une
autre, dite du pré de long.  

C'est là que j'appris à courir,
Mes genoux portaient la couronne,
Petit Poucet rieur offrant
Miettes d'enfance au royaume.   

Mes parents étaient paysans.
Pas un sou mais quelle richesse :
Lait veau vache cochons couvées
Blé maïs et pommes de terre. 

Quelquefois je guidais les bœufs,
Mon père faisait ses sillons,
Qui aurait dit qu'il me montrait
Ainsi l'art du boustrophédon :  

C'est tourner d'une ligne à l'autre
Le sillon égale le vers.
Lui semait le blé dur, l'épeautre,
Mon champ est plus imaginaire.  

Je le sais mais je persévère.

*Georges Perros (Une vie ordinaire)

ASSEZ D’ACTIONS DES MOTS !

Assez d’actions des mots !
Tracés à l’encre sympathique
Sur les tombeaux des poètes
Avides
De laisser un message ultime
Enfin débarrassés de leurs tics et retics :

Textes sans e (sans eux, sans elles)
Sonnets de voyous transformés en voyelles
Rimes équivoquées
Muse sans cesse invoquée
Avec des Ô
Et des métaphores filées
Albatros fracassés sur le pont de vaisseaux fantômes
Poèmes maudits planqués dans leur tiroir
Ou dans une malle Pessoa

Et même- pour en finir avec le jugement des dieux lecteurs -
le tic suprême :
juste avant leur dernier Grand Couac
où ils mirent à l’encan 
anaphores, hypozeuxes, hyperbates (ou rallonges) , asyndètes, chiasmes…
et autres tropes que les derniers saltimbanques des Figures
ajouteront d’instinct à cette liste
pour l’étrangler !