EN TEMPS DE GUERRE ÉCRIRE EN PAIX ?

Lire écrire en paix
À l’écart des destins obscurs
Sans défaillance sans remords Anna de Noailles

Laisser trace d’une ivresse
Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps Baudelaire
Pour témoigner de ces instants précieux
Rares courts éphémères insoucieux

Ces droits infinis de protéger
Et de bercer l’enfance de l’art
De la mort qui mord
Les civils suppliciés
Par le Russe meurtrier


Lire écrire en paix
Comme au fond des ténèbres
Ressentir ce chant funèbre
Où l’Amour ne peut rien
Contre la détresse
De mourir en une guerre
Absurde Injuste Barbare
Insensée

Martigues en Provence 19 mars 2022


Encre Acrylique 40x50 cm Dorio 18/03/2022

VISAGE N’EST PAS FIGURE

« Comme pour le mot visage qu’il substituait au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments. » Marcel Proust


Je l’écris ce poème comme on plante des clous
Pan pan pan pan 
Un pan de ce petit mur jaune
Devant lequel Bergotte cane
(en visitant Ver Meer)

Je l’écris sans scrupule
Au fil d’une plume obscure
(ou mordorée j’hésite)
Fractionnée en tout cas
Devant ce monde imaginé
Dont le personnage fait langage

Lents gages (vous aviez compris)
Qui semblent exploser
De la main ouverte
Sur les lettres et les sons
(comme Bergotte-Proust l’écrit quelque part)

Quelque part à présent
Ce poème qui n’en est pas un
Est fini 
N.I. N.I.

Notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs Marcel PROUST






APRÈS UN PREMIER SOMME

Ceux qui nous visitent pendant la nuit
Ont des spores plein les mains

Luce Guilbaud
Décharge 193

Après un premier somme
Bien des êtres me visitent
Au milieu de la nuit

Des êtres qui chuchotent
Don Quichotte ou Panza

Ou des hêtres communs
(fagus sylvatica)
Dont je mâche les faines
Tel un cerf, un sanglier
Ou un petit lérot

Des êtres maintenant
Qui généreusement
Après m’avoir boulotté
Rendent mon existence
Plus légère
Évaporée


On ne peut bien décrire la vie des hommes, si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu’île est cernée par la mer.

Marcel Proust
encres 40×50 cm Dorio 16/03/2022

LA SAINTE PUTE DE RUSSIE


Cinq cents èretz a Montsegur
Sabent çò que viure vòl dire
Cinq cents erètz a Montsegur 
Segur i sètz darrièr l’azur

Claude Marti

Vous étiez cinq-cents à Montségur
Vous saviez ce que vivre veut dire
Vous étiez cinq-cents à Montségur
Vous êtes encor là derrière l’Azur

(ma traduction)

Je n’ai en moi aucune étincelle de cet amour que certains nomment amour de Dieu
Ce Dieu converti en Haine dans la bouche du patriarche de Moscou accompagnant la destruction systématique de l’Ukraine au nom de la Sainte Russie

Le fanatisme religieux allié aux Conquistadores – et leur vol de gerfauts-, à la croisade franquiste et à notre pauvre Occitanie où à Béziers furent brûlés « les hérétiques » - bonshommes et bonnes femmes cathares des plus pacifistes- passés au fil de l’épée avec la plus atroce des formules :
Tuez-les tous Dieu reconnaîtra les siens












NOS ESPÉRANCES CREUSES


Je n’ai que mépris pour le mortel
qui se réchauffe avec des espérances creuses.

Sophocle


Nous croyions le passé de la guerre dépassé…
Nous prenions les bombes sur nos têtes déchirant femmes et enfants comme une image du mal figée, jaunie, depuis l’an 45…
Nous pensions que la lutte armée et à mains nues contre l’envahisseur n’était désormais que pour des figurants au ciné…
Nous ignorions que nous vivions l’ère de Damoclès dont le fil ténu allait casser…
Nous avions arraché les pages des manuels d’Histoire et de Philosophie sur le Tragique : situation où l’individu prend douloureusement conscience d’un destin qui pèse sur sa vie, sa nature ou sa condition même …
Nous avions ignoré que la probabilité d’une catastrophe est une réalité pour « paradoxalement retrouver le pouvoir subjectif d’y croire et d’agir contre elle »1

1 Frédéric Worms Revivre à propos de Pour un catastrophisme éclairé Jean-Pierre Dupuy (2002)