MÉCHANTE LIMONADE





On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans

Arthur Rimbaud


Un café noir et un café noisette
Au café de la Marine 8 place Saint Sulpice
En imaginant un atelier de poésie avec son amie Josette
Claude B. dessinant sur Une minute d’éternité un frontispice

Une vieille indienne de la Goajira pleureuse de morts
Clément Marot criant la mort n’y mord

Un orvet de l’enfance appelé serpent de verre
Cette liste naturellement à la Prévert

Les couleuvres que sur les chaines de désinformation on avale
Camille Saint-Saëns faisant danser ses animaux au Carnaval

Un ballon de rouge un verre de blanc
Monk jouant round midnight avec deux blancs

On n’est pas sérieux quand on a sept fois dix ans
Et qu’on écrit sur un blog
Méchante limonade !


un livre publié en 2008
Pour JJ Dorio, écrire et vivre, "escrivivir" (Julien Rios), s'inscrit ici et maintenant, conjugue le dehors et le dedans, dans le bruissement des voix nourricières et "la lumière millénaire des poèmes qui nous regardent".
Jacqueline Saint-Jean



BASHÔ REVISITÉ

SAISONS


Le sanglier même
Avec toutes choses est emporté
Ouragan d’automne !

Bashô (Japon 1644-1694)


Ouragan d’automne
Le toit même de l’église
Fut emporté


Première neige
Et que n’ai-je
Du charbon à brûler


Printemps des poètes
Feuilles mortes
Font pouet pouet

Et cet été ?
Ça a été
Cigales en feu


écrit sous le mistral de Martigues
ce 22 octobre 2021













SOMMEIL

Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence
Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux.
Etienne Durand (1586-1618)


Sommeil est un pays où l’on s’enfonce
sans coup férir 

C’est une succession d’images venue de souvenirs
Où se mêlent les personnages de nos lectures
Les fantômes de nos disparu.e.s
Les fragments de notre vie réelle revisitée

Sommeil est diaprure d’un roman de soi
Que Mort effacera


TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN





En lisant j’oublie qui je suis

Les noms se détachent des choses qui m’entourent

Je suis une pirogue passant le fleuve Léthé

Je suis la mangue sauvage qui me laisse les fils du texte entre les dents

Je suis le mur de cactus candélabres de la Haute Goajira

sur le chemin des Indiens morts*

Et le soldat Parolles

Qui entre dans le jeu du grand mensonge

Tout est bien qui finit bien**





** Shakespeare

* Michel Perrin

CETTE LANGUE ÉCRITE





Cette langue écrite qui tamise, raffine, épure…
Nathalie Sarraute Les fruits d’or


Cette langue écrite qui se fraie (ou se fraye) un chemin de traverse dans le maquis du langage qui nous étouffe

Cette langue mon dieu auquel je ne crois qui dévie et jubile avec sa plume qui parle sans barguigner au papier

Cette langue écrite destinée aux lecteurs et lectrices solitaires qui la prolongent dans leur tête ou la recopient sur leurs carnets secrets

Cette langue miroir tendu par l’écrit sur cet écran qui incite les lecteurs et lectrices de passage à devenir les lecteurs d’eux-mêmes*


*Paul Ricœur