Textes courts interdisent à la main qui écrit de courir sur la plage.
Un lapsus bienvenu. Pas de pavés sur ma page.
LA PIE QUI CHANTE
L’aube arrive saluée par une pie dans mon jardin.
Une agasse qui me distrait de la page que j’essayais de boucler.
Ma voix qui sourd, « la pie qui chante ».
TESTAMENTS
J’ai écrit divers « testaments ». Sous l’angle poétique s’entend. J’étais jeune, insouciant. Et maintenant, à la fin du chemin, qu’il faudrait qu’enfin je l’écrive…je tique.
SANG D’ENCRE
Personne n’est plus au calme que celui qui commence cette ligne en songeant à sa mère, la seule personne qu’il entendit lui dire à certains moments de sa vie : « Je me fais un sang d’encre ».
BALUCHON
Sur mon dos je porte la perte de mon épouse. Comme d’autres leurs ombres dans leur baluchon.
À l’envers de la nuit je tisse les chants d’un cygne qui si j’en crois Wikipédia drense ou drensite, siffle, trompète…(« de la renommée vous êtes bien mal embouchée »1 À l’envers de la nuit À l’endroit de mes vers qui passent courants d’air sur l’ennui qui nous nuit sur ce cygne à la mort dont aucun signe mord Cygne plus blanc que le linceul 2 dans lequel chaque nuit je me couche Cygne d’autrefois Fantôme qu’à ce lieu son pur éclat assigne (c’est du pur Mallarmé) À l’envers de la nuit À l’endroit des poèmes qui nourrissent Eros l’Amour et Thanatos la Mort frère jumeau d’Hypnos Mon chant indifférent au pathos clapotis tressaillements des Poètes maudits que Verlaine (qui les magnifia) métamorphosa en poètes absolus par l’imagination, absolus dans l’expression, absolus comme les Rey-Netos des meilleurs siècles (je laisse au lecteur l’énigme des Rey-Netos) À l’envers de ces œuvres en effet absolument modernes Le Corbière railleur Il se tua d’ardeur et mourut de paresse Son seul regret fut de n’être pas sa maîtresse Le Rimbaud voyelleur A blanc E noir I rise O range U rsule (c’est un faussaire qui recopie) Le Mallarmé (encore lui) façonneur de tombeaux Tel qu’en lui-même enfin l’éternité le change et la Marcelline Les femmes je le sais ne doivent pas écrire J’écris pourtant J’écris en achevant bien les chevaux de l’Apocalypse qui ravagent aujourd’hui l’Ukraine J’écris ce chant perdu pour les lecteurs éveillés qui avant de s’éclipser dans la blancheur sombre 3 d’un mythe jettent leurs derniers cris 1 Brassens 2 « linçol en occitan désigne en effet un drap 3 Hugo (bien sûr)
Un poète n’est pas un abstracteur de quinte essenceUn poète n’est pas Orphée dépecé par les BacchantesUn poète n’est pas Brassens sans ses baccantes
Un poète n’est pas un vol de corbeaux sur un champ de blé d’Anvers sur Oise
Un poète n’est pas un lapon perdu dans une bibliothèque du JaponUn poète n’est pas le reflet presque allégorique de sa propre imagination (citation)
Un poète n’est pas Albertine réduite à cette chanson où l’on cherche après TitineUn poète n’est pas Emma Bovary mesurant la distance abyssale entre l’art et la vie
Un poète n’est pas (en dépit des apparences) admis au salon de Mme Verdurin
Un poète n’est pas « un vieux serin »
Un poète n’est pas l’enfant d’une nuit d’IduméeUn poète est une voix rappelant viole et clavecin
Qui de son doigt index presse le sein de sa MuseSibylline la femme
Pour des lèvres que l’air du vierge azur affame 1
1 Stéphane MALLARMÉ
J’écris souvent dans les marges des pages de livre que je lis et fatigue sans cesse Ainsi cette phrase que je redécouvre sur un exemplaire de papier jauni du Bavard de Louis-René des Forêts : l’incandescence des voix enfantines chauffées au rouge Je traînais ce livre et quelques autres comme des boucliers devant tous les murs de paroles célébrant l’utopique an zéro du joli mois de Mai 68. On était dans la rue On parlait de tout à tout le monde Un geyser d’êtres joyeux qui mêlaient leurs voix comme autant de Bastilles libérées.
UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Jean Jacques Dorio
Les Editions du Net
222 « entrées » 189 pages 16 €
pour faire vivre le livre
commandez-le chez votre libraire
ou chez l’éditeur, à la Fnac, Placedeslibraires, etc
Merci mille et une fois
JJD
c’est comme un dictionnaire à part moi l’œuvre anthume d’un écrivain invisible
C’est une absolue perfection, et comme divine, de savoir jouir loyalement de son être. Nous cherchons d’autres conditions, pour n’entendre l’usage des nôtres, et sortons hors de nous, pour nesavoir quel y fait. Si, avons-nous beau monter sur des échasses, car sur des échasses encore faut-il marcher sur nos jambes. Et au plus élevé trône du monde, si ne sommes assis que sur notre cul.
Michel de Montaigne.
Tout change sans cesse, rien n’est stable.
C’est un plaisir toujours renouvelé que de savoir jouir de nos lectures.
Celle du fils de Pierre Eyquem, qui s’inventa, en quelque sorte, le nom de Michel de Montaigne, devient peu à peu, les ans passant, une de mes préférées. Beaucoup de passages me sont obscurs faits de pièces décousues comme il disait, non sans malice, mais j’y reviens, je les relis et les relie à celles pour qui j’ai plus de facilité à suivre, celles où il prend son allure poétique, à sauts et à gambades.
Je le parcours à sa manière, naturelle et ordinaire, sans contention, mais je ne le lis jamais sans éprouver le besoin de passer à mon tour, à une écriture qui tient registre de mes instants, d’une vie bien à moi, qui en est la matière. Une écriture, qui ne va jamais de soi, faite d’ajouts, de reprises et de pertes. Mais qui me tient et m’engage, à registre de durée, sans fin…et sans reproches.
Et quand personne ne me lira, écrivait, ou dictait depuis sa tour entourée de livres, qu’il nommait salibrairie, Montaigne. Une formule évidemment qui hameçonne son lecteur, mais que je reprends ici, volontiers, en ces temps où le « numérique » me permet de dévoiler pour autrui mes fantaisies, sous forme de poèmes, « essais » avec un « e » minuscule, et ce dictionnaire à part moi…dont je sais gré à quelques lecteurs et lectrices bienveillantes de les accompagner de leurs prolongements passagers.
Adieu donc, à Martigues ce 24 mars 2021
UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Jean Jacques Dorio
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