Une fois une seule Dans le demi-sommeil Je glane le mot "soleil" En fermant à demi les yeux "Soleil noir" de Nerval "Soleil levant" de Monet Sur ma treille déjà le muscat a bleui Mais pour l'instant il agace les dents Laissons mûrir

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour
Une fois une seule Dans le demi-sommeil Je glane le mot "soleil" En fermant à demi les yeux "Soleil noir" de Nerval "Soleil levant" de Monet Sur ma treille déjà le muscat a bleui Mais pour l'instant il agace les dents Laissons mûrir



Faire un poème est une fête où le rituel « organise tout le possible du langage ». Ce peut-être bref, un feu d’étincelles, ou très long, interminable. On essaie, des heures entières, d’arbitrer, en vain, les conflits permanents entre « l’oreille », le son, et « l’esprit », le sens.
La fête finie, que reste-il, si ce n’est ce peu de grains, sur le papier ou dans le sablier d’un recueil, que l’on dit de « poésie ».
« Et nous les os devenons sable et poudre », écrivit Villon, en forme de ballade, pour ses « frères humains », s’attendant comme lui à être pendus.
Il est un autre poète, que tout le monde a oublié, qui, filant la métaphore, se vit, lui aussi, « se la couler douce » après sa mort, dans « l’horloge de sable » :
« Le feu secret qui me rongea
En cette poudre me changea
Qui jamais ne repose. »
Charle de Vion, seigneur de Dalibray.
1590-1652

« O Scribes qui du bout
Du bâton augural
Tracez de l’alphabet
Les ténébreux jambages »
Victor Hugo
Tout de bric et de broc
Je recopie Hugo
Le lire in extenso
N’est pas donné à tous
De ses vers alignés
Numérotés par dix
J’extrais parfum poison
bien mal silence bruit
J’annule les virgules
Et points d’exclamations
Puis le pinceau agit
Entre calme et violence
Toujours en pleine nuit
Et sans souci de plaire
Calligraphies secrètes
Du faire et laisser-dire
Accords avec les vers
Mais sans leur ressembler
Dans la marge ainsi
Sont mes hypnographies
Le scribe et les jambages
Du bâton augural
Les inscriptions votives
L’obscurité des signes
La clarté de la main
Qui remonte les nuits
Sibylles et pythies
Paroles sans écrits
Qui que tu sois prends garde
Aux formules écrites

On ne saisit rien. C’est ce que comprennent peu à peu, ceux et celles qui s’obstinent, avec méthode et persévérance, à lancer leurs calligraphies, leurs graphismes, leurs exorcismes, leurs écrits de rêves et d’émotion. Sur chaque page blanche, sur le poème qui à mesure qu’il s’invente nous métamorphose.
Chatoiements, bigarrures, danse de la mémoire qui recule vers le futur, images à foison, qu’il faut croiser avec nos corps de l’enfance au crépuscule, sur le manège de nos vies, nos lectures, nos musiques sonnantes et dissonantes et l’apport inestimable de nos si rares soutiens de vie.
Et après, petites graines feront pousses nouvelles, ou s’en iront sans reprises dans le néant.