CAHIER DE PLAGE un 15 août

espontaneo 15/08/2020 midi




CAHIER DE PLAGE

J’ai sous les yeux une page d’un livre célèbre dans le monde entier. Je la lis par intermittence, et quand je lève les yeux, j’ai devant moi, une mer d’huile, ses bateaux, ses gens et sa rumeur, ce 15août 2020.

Toit tranquille, mais à la place des focs, vus et imaginés sous forme de colombes par le poète du Cimetière marin, ce sont les lourds et grands bateaux, porteurs d’or noir, de gaz ou de minerais, qui à l’arrêt, attendent leur tour pour un transvasement, dans la rade de Fos ou celle de Lavéra Martigues.

Des familles s’installent, derrière moi, près des rochers ; ils déballent ce qui sera leur repas de midi, avec le petit réchaud pour la cuisson.

Retour au livre dont l’auteur, un brin confondu avec le narrateur, veulent me persuader que les personnages sur la page et leurs émotions, les paysages et leur description, exercent sur sa pensée, une bien plus grande influence, que les personnes autour de lui et le jardin, où il fait dans le ravissement ses lectures d’été.

-Non, non, répètent les vagues qui me lèchent les pieds et me transportent ailleurs ; sur cette presqu’île de Goajira, par exemple, dont les plages immenses et sans personne, tutoient les dieux.

TANT QUE VIVRAY


Tant que vivray en âge florissant,
Je servirai Amour, le Dieu puissant,
En faits et dits, en chansons en accords.

Clément Marot


Tant que vivrai

Sur ma très brève et familière tablature

Comme écrivait en regard de sa pièce pour luth
Pierre Attaignant


Cinq siècles après
sa musique -en effet –

m’atteignant


Mais lui le musicien de ce poète de Renaissance
en nous voyant encor qui l’écoutons

À quoi vraiment songerait-il
caché en sa poussière d’étoiles ?

Tant que vie vraie
Nous est donnée
Échos parlant
d’une promesse réalisée

Prolongeons
sur nos luths constellés

https://www.youtube.com/watch?v=yD7qRFELl8w

JOURNAL DE NUIT

JOURNAL DE NUIT





Brouilles violentes suivies ou non de raccommodements

Marcel Proust





ainsi apparaît le texte présent





Des fois, ou plutôt Quelquefois, ou encore, par esprit de contradiction, Toujours, on se lance dans une phrase, par pur plaisir de s’y lancer, comme l’on court d’un coup, ou plutôt tout à coup, poussé par on ne sait quelle mouche, piqué pourrions-nous dire, par le taon qui excitait Socrate, ou plus modestement les bœufs qu’un certain père, le mien, joignait, jurant quelques mille dious de remille dious, sur les quatre heures d’une journée exceptionnellement caniculaire qui ne pouvait laisser les bêtes en place, malgré dentelles qui étaient censées protéger leur mour, museau, qui à l’instant vous suggère quelques autres vocables en file, tels muse, musette, musaraigne, ces deux derniers mots, vous venez de le découvrir, ayant été synonymes, de mus souris et de la venimeuse araignée, que l’on vous a fait associer dès la plus tendre enfance aux formules magiques opposant celle du soir espoir, à celle du matin chagrin, quant à la nuit, en cet instant précis, quatre heures cinquante-six, vous pourriez ajouter, par exemple, araignée de nuit s’enfuit…et là, la phrase, pour autant qu’il s’agit d’une phrase, se casse, s’éparpille, perd son souffle initial et va se pointillant…. n’est pas asthmatique qui veut se dit-on souriant, ouvrant gaiement les guillemets, un jeu d’enfant avec la machine savante dont nous disposons depuis le début de notre course à la phrase-échalote : « Il y a des asthmatiques qui ne calment leur crise qu’en ouvrant les fenêtres, en respirant le grand vent, un air pur sur des hauteurs, d’autres en se réfugiant au centre de la ville, dans une chambre enfumée », et d’autres, aurait pu ajouter ce prosateur hors pair, en composant des phrases sans fin, qui se tournent et retournent, ligne à ligne, vers à vers, telles ces raies du labour, inlassablement tracées le jour durant, par ce fier paysan, guidant droit ses bœufs, encore eux, et dont la surface labourée de l’aube au crépuscule s’appelait… un journal.

Un dictionnaire à part moi
travail en cours de réalisation




journal de nuit diction

SANS POINTS NI VIRGULES

SANS POINTS NI VIRGULES

Un bon cœur bat de la naissance à la mort un cœur qui a des points est un cœur malade

Pierre-Albert Birot   Grabinoulor





À dire d’un seul souffle





La langue qui remue quoi de plus fonctionnel ou alors il faut l’attacher la trancher l’arracher et cependant si on se met à l’écrire avec ses doigts par exemple ce qui en effet semble le plus naturel doigts et mains à plume à clavier à crayon à bille si nous restons dans l’actuel plus ou moins universel avec ses doigts qui la tirent plus que de raison la travaillent la recensent à défaut de l’encenser la langue commence à faire des siennes elle s’oublie elle se libère elle ne veut plus bêler bégueter chevroter quémander l’avis du spécialiste savant ou singe grammairien ponctuel à réclamer syntaxe orthographe et ponctuation exactes c’est-à-dire conformes à l’usage d’un tel écrivant il y a quelques siècles qui paradoxalement n’avait cure des points virgules jusqu’à ce qu’un imprimeur ancien compagnon pressier vienne mettre un peu d’ordre dans tout ça car tant qu’à raisonner il faut bien montrer et marquer les temps de la pensée petit morceau par petit morceau ne pas confondre le moment du donc de celui de l’et du par conséquent et du étant donné que enfin quoi il faut un peu de raisonnement que diable ainsi donc naquit dame ponctuation ou monsieur brisure si l’on préfère petits fétus par petits fétus petites semelles de plomb par petites semelles de plomb pour gravir une à une les marches pour poser une à une les marques de la phrase numéro un puis de la phrase numéro deux ainsi à l’infini pour que la dame ne s’essouffle pas trop aille s’éventant s’économisant de reposoirs en reposoirs pour que monsieur nous les brise bien comme il faut de la tête aux reins et même si l’on osait on descendrait un peu plus bas un doigt virgulant un autre pointant un troisième qui sait quoi tous signes étrangers à cet arc poétique continu jeté à cette seule arche suspendue à la recherche de l’écrit et de la joie qui sans raison résonnent et qui vont sans souci du quand ponctuera-t’on la fin sans freins et sans trompettes





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