POÈTE JE NE LE DIS JAMAIS

« Nous, les Suprêmes Poëtes, qui vénérons les Dieux et qui n’y croyons pas ».

Verlaine





Poète, je ne le dis jamais. Ne me demandez pas pourquoi.

Un poème, avec ou sans les dieux, « je l’écris, il s’écrit, il m’écrit »,

comme disait joliment Claude Simon de ses livres.

Je l’écris, à la main, à ma main, à mon rythme,

selon les régimes déployés par mon activité.

Il s’écrit, dans le calme ou la fureur, la clarté ou le mystère. etc.

Il m’écrit, me forme et me déforme,

ajoute quelques pièces au puzzle de mon identité.

Mais poète, je ne le dis jamais.





(texte en cours)

J’ÉCRIS COMME PERSONNE





J’écris comme personne

Debout sur la commode





Personne ne me lit

Mes feuillets une fois écrits

Sont enfouis dans une malle





Je les signe de personnes

Qui une nuit d’extase

Ont pris possession de moi :





Alberto Caeiro le gardeur de troupeaux

Ricardo Reis un de ses disciples

arraché à son faux paganisme

Et Alvaro de Campos un troisième insensé

Qui s’emparant de ma machine à écrire

a écrit L’Ode triomphale

sans interruption ni correction





J’écris comme personne

Pessoa est mon autre nom






dessin de fond
JJD

UNE FORME A PASSÉ

 
pour les enfants et pour les raffinés
comme disait monsieur Max
 
Je ne dors pas dit l’insomniaque qui tourne en rond
Tiens j’ai écrit un alexandrin dit Machin
Il entend le vent de mer qui fait la farandole
 
Je ne dors pas je ne dors pas je ne dors pas
Faudrait mon cher faire survenir autre chose
Faire l’original Pousser la porte absente
 
Une ancienne figure me souffle un lettré
Un autre en rajoute : plagiat anticipé !
Je laisse là mes vers bien trop alambiqués
 
Colloque sentimental d’une forme passée
 
 
 
 
 

POUR NE PAS DÉRANGER

 
Les vers sont un art puéril
La Motte (1672-1731)
 
Pour ne pas déranger
On murmure à voix basse
Dans la douceur d’Angers
Mais sans Regrets qui lassent
Comme l’écrivait Du Bellay
                     
Pour ne pas s’en mêler
On détourne la tête
Des riches qui paradent
Et se font l’accolade
Avant de s’étriper
                               
Pour faire ces faux vers
On recopie La Motte-Houdar
Les vers sont un art puéril
 
Il est temps de filer
Et dare dare !