CHRONOS

On s'escrime jetant ses filets
de textes plus ou moins serrés
de poèmes avec ou sans rimes

Fils de chaîne et fils de trame
On croise entrecroise nos brins
d'histoires de mots d'idées

On multiplie fragments essais
Comme le Temps enfant qui joue
à la marelle au jeu de barre à l'Odyssée

Mais à la fin des fins
qui nous échappe inachevée
Chronos triomphe et rompt nos vies
désormais trépassées


Chronos

UN PETIT SONNET





Et si je faisais un petit sonnet

En décasyllabes entre deux sommeils

Un petit sonnet bayant aux corneilles

Avec de la roupie de sansonnet





Ça court plus les rues les petits sonnets

Avec le Covid et le couvre-feu

Plus d’amoureuses flammes et de fleurs feues

Derrière leurs masques les gens sont sonnés





« Tantôt sombre et rêveur, insoucieux et tendre »

L’alexandrin nervalien a sonné

Mélange étrange d’un vers de malandre





Avec un saltimbanque de sauts nés

De fantaisies à la Boby Lapointe…

La pointe finale de mon petit sonnet.





19/01/2021

et si je faisais un petit sonnet

PERSONNE





Pour être « tous les hommes », on inventa Personne,

Ce nom qui, portugais, fleurit en Pessoa.





« Une voix sans personne », formule de Tardieu,

Notre Jean qui, hélas, n’a pas la gloire de l’Autre.





Ulysse l’inventif en se nommant Personne

Mit en rage le monstrueux Cyclope de l’Odyssée.





Personne persona per sonare le cor et l’oliphant,

La parole des drames et de nos comédies.





La dernière pièce s’appelle Covid,

On entend les hauts cris

Sur le Confinement dû à la pandémie.





Mais nulle Reconnaissance,

Pour ce moment d’exception

Qui invite à faire un retour sur soi-même,

Entre les vaines craintes et l’« intranquillité »





À la recherche d’un langage

Qui nous permette de mettre à jour,

Nos « obscures clartés. »





18/01/2021

POÈME NE NAÎT PAS D’UN DON

manuscrit avec en vis à vis des signes tracés comme en hypnose




Poème ne naît pas d’un don

À Dieu je n’en fais reproche

Lui-même est le songe insensé

Sorti d’une encyclopédie

D’aveugles poètes impies





Poème naît d’effacement

De longue errance dans les livres

D’un moi pluriel qui réalise

L’alliance de Mémoire et d’Oubli

De métaphores vives et d’ironie





Ce poème s’est tissé en égrenant les lignes

De « poema de los dones »,

Une aimable fantaisie

Dont les dons, un à un,

Se magnifient et s’annihilent.





C’est Borges qui me l’a écrit.





17/01/2021