ALORS ÇA MARCHE LA POÉSIE ?

Telle une île

Ce texte

écrit au ghetto

de la Cité du Livre

en sortant

des méandres

de la nuit





Entouré de silence

Paradoxal

Imaginant les retouches

De ses deux ou trois lecteurs

Qui l’annotent

Dans leur tête





Telle une île

Mise en page

Par ses acteurs

Passant

Le pont des soupirs

Les yeux bandés

Tant leur mémoire est vive

Des odeurs et des sons

Des matières peintes

Ou jetées à la fresque





Et telle la bouche d’ombre

Balbutiant

Sous l’œil des Barbares

– Alors, ça marche la poésie ?


	

DES ESSAIS





Des Essais

Montaigne en fit des tonnes

Je n’ai pas asteure

Ses livres sous les yeux

Mais je me souviens

De quelques passes mémorables

Il appelait ça peindre le passage

Celui du temps

dont il goûtait

chaque seconde

quand tout bien

se goupillait

Mais quand il avait le bourdon

Il le traversait

à sauts et à gambades





Cette nuit

Moi aussi

C’est la cloche des morts

Qui m’a réveillé

Alors je prose

Cheval blessé

Qui rue

Et trempe généreusement

les doigts dans l’encrier





Comme vous pouvez le constater

GESTES BARRIÈRE





Gestes barrière Arrière Corona !

Geste du desdichado : se pendre au réverbère.

Geste chimère : ôter ses sandales d’or

et plonger dans l’Etna.

Geste Molière : se parer de son habit de scène

pour sa dernière représentation.

Geste Voltaire : sauver la mémoire de Calas.

Geste en l’air d’un calligraphe

qui mime le vol des oies sauvages.

Geste incongru : aux chiens j’apprends

la Rhétorique.*

Geste tout court : il court il court

le gibier du texte,

que nul chasseur n’attrape,

lançant en vain ses rets

de Sémantique.





*Mathurin Régnier (1573-1613)





25/01/2021