ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL…
…au risque de se perdre d’esquisses en esquisses
Reprises de fragments d’une perle baroque au passé composé :
longtemps on s’est hasardé à confondre les états de veille et les états de rêves,
leurs écarts et leurs résonances.
Longtemps on a tissé leurs pièces décousues et (comme dit la chanson)
On a roulé carrosse
On a roulé sa bosse
Telle la roche des ténèbres d’un Sisyphe de la nuit
Celui que l’auteur du mythe revisité imagina « heureux » 1
Libre de colporter, dans ses réécritures acharnées,
sensations et images,
personnes et personnages,
souvenirs réactivés dans leurs moindres détails
Un lecteur créatif 2 s’est nourri de
ces voix qui promettent des mondes,
celles qui parlent dans les bibliothèques,
et celles qui disent :
c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim 3
1 Albert Camus (Le mythe de Sisyphe) 2 Marcel Proust lecteur de Baudelaire 3 Charles Baudelaire
Category Archives: Poème du jour
IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE
IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI
QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE
Écrire c’est long et difficile, cela place devant l’énigme et si la poésie est donneuse de grandes joies, elle peut aussi mettre en danger.
Marie-Claire Bancquart
Il est vrai et il n’est pas vrai qu’un poème soit difficile à lire
Il est vrai qu’on ne peut le lire en pensant à autre chose
Bien qu’en le lisant il peut vous faire penser à autre chose
que l’on a connu que l’on avait gommé de soi
et qui nous procure le retrouvant le regoûtant
une émotion des plus singulière
Il est vrai que si on ne prend pas le temps
d’épouser son rythme en pensée
puis à haute voix
bref de s’y arrêter
on passe à côté
Mais je romps maintenant ces gloses
Et j’ouvre la voie à cet objet
qu’il vaut mieux en fin de compte
éviter de nommer
J’AI FAIT BIEN DES VOYAGES
et toujours pour de bon
pour me remettre en cause
sur cette terre énergumène 1
J’ai fait bien des voyages
Un carnet à la main
Où j’ai laissé des traces
Que rentré au logis
J’ai revisitées
pour en faire livraisons
à des éditeurs
Ainsi sont nées
La fenêtre primitive
Ouverte sur les séjours
Que je fis chez les Amérindiens
du Venezuela
Ainsi aussi
Sur l’oppidum sans nom
le site archéologique
où vécurent nos Gaulois de Provence
à Saint Blaise
Ainsi encore
Cuba si Cuba no
Où je troquais
mes illusions révolutionnaires perdues
pour la rencontre de l’amour
de ma vie
J’ai fait bien des voyages
que j’oublie maintenant
En ce moment précis
Ce sont d’autres voyages
Qui entrent en Je(u)
Des pages de voyage 2
Où la boussole vacille
Entre départ et arrivée
de Santa María de los Buenos Aires
à Paris sur Seine la mouillée
Des extraits d’inédits
Qui remontent le fleuve
…le livre le chant le radeau
La course folle vers l’estuaire 3
Et puis surtout
ce Voyage en Monodie 4
de mon amie en poésie
dont je relis
non sans ce présent des nostalgies
dont j’ai le secret
la dédicace :
« Pour toi Jean Jacques
à travers les territoires
de mémoire et de rêve »
1 Marie-Claire Bancquart 2 Sylvia Baron Supervielle 3 Jeanine Baude 4 Jacqueline Saint-Jean
Martigues 26 mars 2024
DES LIGNES DE GRATITUDE
Des lignes de gratitude
J’en ai beaucoup à gratter
À la plume sur le papier
Pour les vivants et les morts
Et d’abord pour mon épouse
Qui fut vivante jusqu’à sa mort
Pour mon père que je n’ai pas tué
Et ma mère que je n’ai pas épousée
(S’ils me lisaient
la référence au mythe d’Œdipe
leur manquant
ils seraient quelque peu désappointés)
Pour mes filles et leurs rejetons
Qui me prolongeront
Pour mes lectrices et lecteurs
Aussi rares que précieux
Pour les bonnes rencontres
D’amies et d’amis perdus
Et parfois retrouvés
Pour les livres de ma librairie 1
Et plus précisément
Ceux que je fatigue sans cesse
Ce sera tout pour aujourd’hui
Premier jour du printemps
De l’an deux mille vingt-quatre
1 ainsi Montaigne nommait notre bibliothèque

des signes de gratitude hypnographies du 26 mars 2024
ON FAIT TOUJOURS BIEN TROP D’HISTOIRES
On fait toujours bien trop d’histoires
C’est ce que je me dis lisant
un bouquin qui dit Arrêtez
vos histoires mais écrivez plutôt
des poèmes en vers innocents
des berceuses nananana
un chant permanent de l’esprit
pour ses enfants et sa nana
Ou bien histoires pour histoires
On les confierait à quelqu’un
de plus compétent pour les dire
Par exemple dans cet esprit
Il ferait un vers magnifique
pour vous souhaiter l’anniversaire
qui après tant d’années s’enfonce
dans l’océan du grand mystère
Martigues dimanche 24 mars 2024
Ajout recopié d’un autre bouquin :
La vie ne commence pas le jour de sa naissance. Tous les événements survenus pendant les neuf mois de la vie intra-utérine et au moment de la naissance peuvent avoir des répercussions sur sa vie future.
ma mère paroles musique voix son fils jj dorio version ce 24 mars 2024
DES PAGES SOUS LA MÉMOIRE ARDENTE D’UNE ÉCRITURE
Comment un livre de poèmes a engendré l’écriture de ces pages
À RAS
Jean-Marie Corbusier
Edition Le Taillis Pré
Décembre 2023
J’ai lu une fois À RAS le dernier opus de Jean-Marie Corbusier sans prendre la moindre note.
Toutes ces pages, une à une, et aussi la lecture des pages en vis-à-vis, qui procurent quelques « chocs verbaux » salutaires.
Puis, relisant, « à sauts et à gambades », j’ai effacé le côté désespérant de certains passages (Chanter/dans le vide des présences/faire semblant),
pour m’attacher au côté « allant », stimulant (Le mot frappé d’innocence/ défait à l’usage/ je l’aurai traversé).
Et puis soudain, surtout, la disposition et le rythme de chaque page m’a inspiré.
Je me suis souvenu alors du meilleur Éluard 1 et me suis lancé à mon tour dans une écriture, page à page,
« où la mémoire ardente se consume, pour recréer un délire sans passé » 1
1 Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poètes ont toujours de grandes marges blanches,
de grandes marges de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé.
Paul Éluard
Cher Jean Jacques,
Merci pour ce montage poétique qui rassemble où les poèmes se donnent les uns aux autres dans leur humilité respective.
Les poètes ont trop tendance à se figer dans leur moi et leur solitude.
Ici, tu les obliges à sortir d'eux-mêmes, à s'aventurer vers l'autre, le différent et le même.
Amitiés.
Jean-Marie Corbusier
1
JE ME SUIS PERDU
cette nuit
corps et âme
Aussi j’ai besoin
de l’écrire
de faire
cette expérience
de pensée
Sur la page
d’une tabula rasa
À ras
Pour repartir
d’un bon pied
2
Ce que j’écris me précède
Jean-Marie Corbusier
À Ras
CE QUE J’ÉCRIS
me renouvelle
m’éparpille
m’étincelle
Mais la page
veille
Son rythme
Sa présence
Sa passe
Son transfert
Et l’appel
des marges
3
Sans me retourner
Jean-Marie Corbusier
À Ras
SANS ME RETOURNER
le passé aboli
les pas d’Orphée
mais sans les cris
d’Eurydice
Ma lyre est
ma guitare sèche
d’où sortent
des chansons
enregistrées
au Petit Mas
Mes pages
de partitions
multiplient
les accords renversés
et battent toujours
la chamade
4
NOS QUOTIDIENS
passent
peu ou prou
dans l’indifférence
ou l’échange vif
le feu en nous
ou les contes glacés
une page blanche
ou quelques paragraphes
posés
sur nos journaux intimes
5
LAISSEZ-VOUS BERCER
par cette page
Elle est à naître
je le sais bien
Mais vous l’adresser
Facilite son écriture
Vous la lirez
à vos moments perdus
Et puis la page
Essaimera
Ou redeviendra
blanche
6
MARQUER SON TEMPS
sur une page
où l’on ébauche
un poème
une esquisse
comme celle d’un sourire
dit-on
sans hâte
et en silence
et sans prise
de tête
sauter
de ligne en ligne
sans fin
7
JE T’AI À L’ŒIL
me dit
la page blanche
une voix intérieure
intimidante
à l’œil ?
mon œil !
lumière blanche
lumière noire
un éclair
et ma page
elle n’y voit
que du bleu
8
IL FAUT RECOMMENCER
Autour de minuit
Échanger nos silences
Par une page
Écrite en aveugle
Noter
Au plus profond
De soi
Ces quelques minutes
Où l’on parle au papier
Comme si l’on y croyait
Pour l’éternité
9
OÙ RESPIRER?
Mais dans le poème
Aérien
Libéré
Des tracas
Et des peines
La main
Sur le papier
La page écrite
Pour durer
Ou disparaître
10
ICI
C’est aussi
ailleurs
« En Arles
Où sont les Alyscamps »
À Montmartre
le soir
Dans la demi-brume
A Londres
Ici
Sur les pages
d’une anthologie
personnelle
Où l’on prend garde
de ne pas succomber
à la douceur des choses 1
1 Paul-Jean Toulet
Martigues dimanche 17 mars 2024
11
J’ÉCRIS AUX AURORES
à jeun
dans mon lit
Une mésange
vient frapper
au carreau
Quelle nouvelle
m’apporte-t-elle
de bon matin ?
J’imagine le pire
Mais sur ma page
« poussière de lune »
J’écris :
La journée sera belle
Vendredi 15 mars 2024 8h08
12
UNE DERNIÈRE PAGE
Apaisée
La forme
avec joie épousée
s’est peu à peu
épuisée
Inutile dès lors
de se triturer
les méninges
d’ajouter une pièce
dans la machine
(à faire ces poèmes
à ras bord)
On ferme
Martigues samedi 16 mars 2024