Je m’imagine sur le ring du Madison Square Garden encouragé par Nougaro qui me crie : Boxe boxe boxe
Je m’imagine sur la scène de l’Olympia m’accompagnant à la guitare sèche en chantant Santiano ce fameux trois mâts fin comme un oiseau
Je m’imagine papillon butinant les fleurs magiques des Songes d’une nuit d’été
Je m’imagine Balthazar au hasard du film de Bresson
Je m’imagine dormeur du val ma tête baignant dans le frais cresson bleu
Je m’imagine suspendu sur le trapèze de la vie mode d’emploi ne voulant plus en descendre
Je m’imagine Gary Cooper chantant à Grâce Kelly Si toi aussi tu m’abandonnes
Qu’est-ce que l’imagination ?
Attendez c’est pas fini…
QUE C’EST BEAU LA LITTÉRATURE
Que c’est beau la littérature des coquins et dégénérés
Que c’est beau Le Poète et sa Muse peint par Rousseau le douanier
Que c’est beau l'autre Rousseau Jean Jacques qui après le Contrat Social accouche pour finir des Rêveries du promeneur solitaire
Que c’est beau la féerie scientifique de Cinq semaines en ballon
ou bien la fantaisie du Tour du jour en 80 mondes
Que c’est beau les 20 mille lettres échangées par Juliette Drouet et son Toto chéri
Que c’est beau ces inconnus magnifiques qui connurent leur heure de gloire : l’auteur de La danseuse rouge et de Nini Godache qui se souvenait qu’il avait 12 ans quand Victor Hugo l’avait embrassé pour ses 80 ans
Que c’est beau Littérature la revue durant 5 ans du mouvement surréaliste qui tirait à boulets rouges sur la Littérature
TREIZE À LA DOUZAINE


J’AIMERAIS MIEUX PAS
I would prefer not to Bartleby the scrivener
Herman Melville
J’aimerais mieux pas mourir
J’aimerais mieux pas y penser
J’aimerais mieux pas vivre à la Santé
J’aimerais mieux pas m’appeler Parkinson
J’aimerais mieux pas somnambuler
J’aimerais mieux pas battre le pavé
J’aimerais mieux pas plum plum tralala
J’aimerais mieux pas franchir le Rubicon
J’aimerais mieux pas affronter Charybde et Scylla
J’aimerais mieux pas chanter la Traviata
J’aimerais mieux pas aller à Château Noir
pour peindre la Sainte Victoire
J’aimerais mieux pas jouer
avec les pommes de Cézanne
comme avec des boules de billard
L’ENTRÉE À RAFAH
On écrit bien que seul. Sans personne alentour. Sans personne à qui parler. Forcément.
On écrit mal aussi. Mille choses nous assaillent. On ne sait par où commencer. Penché sur le jardin d’herbes folles, le journal de papier que l’on vient de sortir de la boîte à lettres, ainsi que deux livres. Un troisième à moitié lu, emprunté à midi à une amie. Et pour compléter ce tableau, de la musique tournant dans ses oreilles appareillées.
Oublions. Arrêtons. Avant de vraiment commencer.
Le nouveau c’est en même temps l’ancien : dans le nouveau l’ancien se reconnaît et devient facilement intelligible. Théodore Adorno
Le nouveau c’est : L’entrée d’Israel à Rafah fragilise l’espoir de trêve. Le Monde mercredi 8 jeudi 9 mai 2024