DES PAGES GRAVÉES DANS LE MARBRE

Aujourd’hui j’ai vu des pages et des pages gravées dans le marbre : de la pierre de Rosette à l’épopée de Gilgamesh

J’ai vu j’ai lu j’ai regardé avec une attention extrême si bien qu’il y a eu un moment où je me suis évaporé

Revenu à moi je me suis fait la remarque que j’avais vu des pages et des pages de tablettes de signes et aucun nom d’auteur aucune signature Alors j’ai imaginé un musée d’aujourd’hui où l’on pourrait voir affiché la littérature et les essais du siècle XX sans noms d’auteurs (en anglais à Londres, en espagnol à Madrid et à Mexico et à Buenos Aires, en italien à Rome, en portugais à Lisbonne…)

Et pour Paris voilà ce que l’on pourrait lire dans la première salle (c’est juste le début chacun doit continuer le combat) :

C’est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire…C’est une grave erreur de croire en une écriture féminine ou masculine…Il n’y a que des écritures tout court et plus elles sont androgynes mieux c’est…Ah tiens mais comme je suis contente quelle chance de vous rencontrer dans cette librairie Hachards…Je vous présente mon père avec qui nous sommes à la recherche d’un livre devenu introuvable…mais sait-on jamais ici…Son père réservé comme attendri arbore un sourire timide gêné…il a vu à la première page cette dédicace imprimée : À mon père…

Londres 19 et 20 janvier 2024

IMPRESSIONS SUR PAPIER FRAGILE

J’ai vu à la Royal Academy de Londres une toile comme une étoile qui tombe sans que personne ne la regarde L’ébauche d’une montagne : quelques griffures au crayon en haut côté sud et un peu d’eau jetée sur des couleurs pastels discrètes avec une surface de papier demeuré blanc C’est la dernière de Paul Cézanne , une japonaiserie sans signature (exposition Impressionists on Paper)

J’ai lu grâce aux travaux de recherche de Pauline Dorio, ces conseils de Charles Fontaine (13 juillet 1514-mort à une date inconnue) qui devraient m’inciter « écrivant barthesien » à cacher 9 ans ces écrits pour ne pas qu’ils ne demeurent qu’essais vains :

Car raison veut que je les avertisse
Qu’ils n’ont pas eu de poète notice
Qui dit qu’on doit garder ses vers neuf ans
Pour ce qu’on doit craindre flottes et vents
Lorsqu’on transporte et qu’on met en lumière
Des écrivants leur ouvrage première

Et enfin j’ai récrit en partie une reprise du concours de Blois initié par Charles d’Orleans duc et père d’un roi de France, concours dit de la ballade des Contradictions auquel participa entre autres pairs François Villon :

Je meurs de soif auprès de la fontaine
Froid comme feu je ris en pleurs
Rien ne m’est sûr que la chose incertaine
Et mes bouquets n'ont nulle fleur


Londres 17 et 18 janvier 2024

FAIRE DU MONDE UN GRAND COMMENTAIRE SANS PAGE FINALE

J’y trouve toujours, parfaitement indomptable, une sorte d’incitation troublante à écrire sans arrêt, à écrire au point de tout noter et de faire du monde un grand commentaire perpétuel sans page finale.

Enrique Vila-Matas (Mac y su contratiempo) traduction de l’espagnol André Gabastou

Je lis et je bondis sur toutes les phrases écrites publiées dans ses livres par mon écrivain new-yorkais – mes lectrices-lecteurs n’ont pas oublié j’espère que son corps habite la rambla de Catalunya, mais son âme voyage voyage – un coup comme ce soir où je bronche sur un passage écrit depuis le Grand Central new-yorkais, un autre à Lisbonne, un autre à Paris où il crèche dans la chambre de bonne au-dessus de l’appart de Marguerite D. Ou bien, c’est son dernier opus, à Montevideo dans la chambre d’hôtel d’une nouvelle célèbre de Julio C. La puerta condenada

Maintenant je me frotte à la bataille des citations dont il fait grand usage Soit : ce dont on ne peut parler il vaut mieux le taire, contrecarré, si je puis dire, par Tout ce que j’écris tout ce que je dessine relève de l’enfance et du courage d’enfance qui commence à faire d’abord et à réfléchir après

La première serait de Wittgenstein la seconde je l’ai recopiée hier sur les murs du majH écrite de la main de Joann Sfar à qui est consacré une exposition explosive inventive généreuse infantile dans le meilleur sens du terme (on ne se souvient pas sans doute que c’est ainsi qu’André Breton qualifiait l’art de Mirô qu’il admirait)

Paris 12 janvier pour le premier jet Londres 17 janvier pour le texte présent et en particulier la citation ouvrant le bal