Parlez-moi d’amour
Même si ce n’est pas Emma Bovary
qui vous le demande
mais les chanteuses de music-hall
Lucienne Boyer ou Suzy Delair
Parlez-moi d’amour
De sa petite musique
Sur le violon de Stéphane Grapelli
ou le piano de Jean Lenoir
l'auteur-compositeur de cette immortelle chanson
Faites moi entendre cet air menuet
créé en 1924
Mais qui resta cinq ans dans un carton
parce que personne ne voulait
de cet amour dont vous savez
que dans le fond je n’en crois rien...
ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL…
ÉCRIRE LE DÉTAIL LE DÉTAIL DU DÉTAIL…
…au risque de se perdre d’esquisses en esquisses
Reprises de fragments d’une perle baroque au passé composé :
longtemps on s’est hasardé à confondre les états de veille et les états de rêves,
leurs écarts et leurs résonances.
Longtemps on a tissé leurs pièces décousues et (comme dit la chanson)
On a roulé carrosse
On a roulé sa bosse
Telle la roche des ténèbres d’un Sisyphe de la nuit
Celui que l’auteur du mythe revisité imagina « heureux » 1
Libre de colporter, dans ses réécritures acharnées,
sensations et images,
personnes et personnages,
souvenirs réactivés dans leurs moindres détails
Un lecteur créatif 2 s’est nourri de
ces voix qui promettent des mondes,
celles qui parlent dans les bibliothèques,
et celles qui disent :
c’est ici qu’on vendange
Les fruits miraculeux dont votre cœur a faim 3
1 Albert Camus (Le mythe de Sisyphe) 2 Marcel Proust lecteur de Baudelaire 3 Charles Baudelaire
IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE
IL EST VRAI ET IL N’EST PAS VRAI
QU’UN POÈME SOIT DIFFICILE À LIRE
Écrire c’est long et difficile, cela place devant l’énigme et si la poésie est donneuse de grandes joies, elle peut aussi mettre en danger.
Marie-Claire Bancquart
Il est vrai et il n’est pas vrai qu’un poème soit difficile à lire
Il est vrai qu’on ne peut le lire en pensant à autre chose
Bien qu’en le lisant il peut vous faire penser à autre chose
que l’on a connu que l’on avait gommé de soi
et qui nous procure le retrouvant le regoûtant
une émotion des plus singulière
Il est vrai que si on ne prend pas le temps
d’épouser son rythme en pensée
puis à haute voix
bref de s’y arrêter
on passe à côté
Mais je romps maintenant ces gloses
Et j’ouvre la voie à cet objet
qu’il vaut mieux en fin de compte
éviter de nommer
J’AI FAIT BIEN DES VOYAGES
et toujours pour de bon
pour me remettre en cause
sur cette terre énergumène 1
J’ai fait bien des voyages
Un carnet à la main
Où j’ai laissé des traces
Que rentré au logis
J’ai revisitées
pour en faire livraisons
à des éditeurs
Ainsi sont nées
La fenêtre primitive
Ouverte sur les séjours
Que je fis chez les Amérindiens
du Venezuela
Ainsi aussi
Sur l’oppidum sans nom
le site archéologique
où vécurent nos Gaulois de Provence
à Saint Blaise
Ainsi encore
Cuba si Cuba no
Où je troquais
mes illusions révolutionnaires perdues
pour la rencontre de l’amour
de ma vie
J’ai fait bien des voyages
que j’oublie maintenant
En ce moment précis
Ce sont d’autres voyages
Qui entrent en Je(u)
Des pages de voyage 2
Où la boussole vacille
Entre départ et arrivée
de Santa María de los Buenos Aires
à Paris sur Seine la mouillée
Des extraits d’inédits
Qui remontent le fleuve
…le livre le chant le radeau
La course folle vers l’estuaire 3
Et puis surtout
ce Voyage en Monodie 4
de mon amie en poésie
dont je relis
non sans ce présent des nostalgies
dont j’ai le secret
la dédicace :
« Pour toi Jean Jacques
à travers les territoires
de mémoire et de rêve »
1 Marie-Claire Bancquart 2 Sylvia Baron Supervielle 3 Jeanine Baude 4 Jacqueline Saint-Jean
Martigues 26 mars 2024
PAS D’ALLUMETTES
Fais court m’as-tu dit
Ça tombe bien
Tu ne vas pas être déçue
Évidemment
C’est pas terrible
vont penser certains lecteurs
Terrible ?
Le Monde l’est bien assez
Titre du soir :
Pas d’allumettes !
« La très grande majorité des bureaux de tabac affichent contre la glace de leurs portes ces simples mots : Pas d’allumettes !"
Le Monde 27 mars 1945
DES LIGNES DE GRATITUDE
Des lignes de gratitude
J’en ai beaucoup à gratter
À la plume sur le papier
Pour les vivants et les morts
Et d’abord pour mon épouse
Qui fut vivante jusqu’à sa mort
Pour mon père que je n’ai pas tué
Et ma mère que je n’ai pas épousée
(S’ils me lisaient
la référence au mythe d’Œdipe
leur manquant
ils seraient quelque peu désappointés)
Pour mes filles et leurs rejetons
Qui me prolongeront
Pour mes lectrices et lecteurs
Aussi rares que précieux
Pour les bonnes rencontres
D’amies et d’amis perdus
Et parfois retrouvés
Pour les livres de ma librairie 1
Et plus précisément
Ceux que je fatigue sans cesse
Ce sera tout pour aujourd’hui
Premier jour du printemps
De l’an deux mille vingt-quatre
1 ainsi Montaigne nommait notre bibliothèque

des signes de gratitude hypnographies du 26 mars 2024