UNE HEURE D’ÉCRITURE

Je n’ai aucune idée de l’heure 
C’est autour de minuit
je suppose
J’agite le cornet de sable
Mais les images sont en panne
Dans les cervelets des panurges
‘Reusement il y a tant à lire
Dans les passages des bouquins
Les ellipses les éclipses
L’inconscient freudien
Fusées belles fusées
Éclairant les tombeaux
De l’écriture surréaliste
Écrite à la vitesse grand v
La page me remercie
Heureux de faire plaisir
Mais je n’ai toujours aucune idée
De l’heure passée à la composer

J’AI BEAUCOUP CONNU

J’ai beaucoup connu
les rideaux de la pluie
la femme au fagot de lune
les arbres changés en statues de sel
J’ai connu la tempête de Shakespeare
jouée dans un verre d’eau
les fourmis rouges boulotant
le calendrier des postes
les dés jetés depuis le pont de Manhattan
J’ai connu les fleurs
absentes de tout bouquet
et la bâtisse d’école
où j’allais sur le dos d’un chameau
apprendre l'A.B.C.
s’il vous plaît

Martigues 1er décembre 2023

J’AI CONNU AUSSI

805  AÑORANZAS PORTEÑAS J’ai vu la pampa Non au petit trot du cheval de Jules Supervielle Mais du haut d’une avioneta qui tanguait dangereusement J’ai connu la bise du 14 juillet 1970 qui s’engouffrait dans les rues de Buenos Aires J’ai parlé le lunfardo des porteños avec une compañera rencontrée dans un bar de la rue Sierpes (le livre de Borges sur l’argot de la capitale sous les yeux) Vous pouvez en douter Vous qui me lisez dans les villes de l’Europe sans gauchos montant à cru Jurant à lasso raccourci Dans le coral de l’estancia disparue proche proche du mot saudade,(vague à l’âme, nostalgie), le mot añoranza est impossible à traduire

Le livre d’une vie Une autrebiographie En mille et un fragments JJD en cours d’écriture

LE CHANT DES MOTS

Des oiseaux migrateurs que mon chant désorientent
Et des poissons dorés roulés dans du papier
Le journal d’aujourd’hui sur Dupond Moretti
L’écriture miracle ôtant le poids au ciel
Tous les échos dans la fumée de la Pythie
Et de Sibylle prophétesses des tempêtes
Quand les mots de l'amour et de la mort
Sonnent conjointement à nos oreilles

Martigues 30 novembre 2023

CEUX QUI S’ENFERMENT DANS LE LANGAGE CESSENT DE VOIR Quand le langage divise, il reste toujours de l’indivis. Quand le langage distingue, il reste toujours de l’indistinct.  Le Sage préserve en lui la part de l’indivis, de l’indistinct, tandis que les hommes du commun s’enferment dans leurs démarcations et se prévalent chacun de sa vue particulière. C’est pourquoi je dis : ceux qui s’enferment dans le langage cessent de voir.  selon Tchouang Tseu traduit  par Jean-François Billeter

Un rouge de valeur plus dense sans écho
Un sang plus étendu au flanc de la colline
Des oiseaux migrateurs sans orientation
Et tous ces hommes morts sans rime ni raison
Tant de cœurs desséchés
sans plomb
Comme des feuilles

Pierre Reverdy Le chant des morts

IL FAUT LA PITIÉ

Il faut la pitié 
Il faut donner la pitié 
dit le rêve 
Mais quelle pitié ?
Et quel rêve ?
C’est une voix de femme 
Qui s’exprime
Devant une carte incertaine
accrochée sur le tableau 
d’une école 
Pour les enfants d'une même terre
Séparés par l'Histoire
Avec sa grande H 
La nuit s’est refroidie 
« Il faudrait un programme 
de l’O.N.U »
Entend-on encore 
dans le lointain 
Mais l'O.N.U. est nue
Il faut la pitié
IL faut donner la pitié
Aux enfants des deux Terres
sacrifiés
Si nos ennemis
aiment leurs enfants
Autant qu'ils nous détestent
Alors la paix viendra
dit la voix