Je n’ai aucune idée de l’heure
C’est autour de minuit
je suppose
J’agite le cornet de sable
Mais les images sont en panne
Dans les cervelets des panurges
‘Reusement il y a tant à lire
Dans les passages des bouquins
Les ellipses les éclipses
L’inconscient freudien
Fusées belles fusées
Éclairant les tombeaux
De l’écriture surréaliste
Écrite à la vitesse grand v
La page me remercie
Heureux de faire plaisir
Mais je n’ai toujours aucune idée
De l’heure passée à la composer
ICI LA TRÊVE DE NOS LUTTES

« sur le terrain » été 69 JJ Dorio
980 ICI LA TRÊVE DE NOS LUTTES Les travaux de vannerie des indiennes de l’ethnie panaré fréquentées l’été ne nos joyeux tropiques* Le temps comme une flamme noire inscrite dans les ruines circulaires** Et notre infinie naïveté *Venezuela 1968-70 **Borges
J’AI BEAUCOUP CONNU
J’ai beaucoup connu
les rideaux de la pluie
la femme au fagot de lune
les arbres changés en statues de sel
J’ai connu la tempête de Shakespeare
jouée dans un verre d’eau
les fourmis rouges boulotant
le calendrier des postes
les dés jetés depuis le pont de Manhattan
J’ai connu les fleurs
absentes de tout bouquet
et la bâtisse d’école
où j’allais sur le dos d’un chameau
apprendre l'A.B.C.
s’il vous plaît
Martigues 1er décembre 2023
J’AI CONNU AUSSI
805 AÑORANZAS PORTEÑAS J’ai vu la pampa Non au petit trot du cheval de Jules Supervielle Mais du haut d’une avioneta qui tanguait dangereusement J’ai connu la bise du 14 juillet 1970 qui s’engouffrait dans les rues de Buenos Aires J’ai parlé le lunfardo des porteños avec une compañera rencontrée dans un bar de la rue Sierpes (le livre de Borges sur l’argot de la capitale sous les yeux) Vous pouvez en douter Vous qui me lisez dans les villes de l’Europe sans gauchos montant à cru Jurant à lasso raccourci Dans le coral de l’estancia disparue proche proche du mot saudade,(vague à l’âme, nostalgie), le mot añoranza est impossible à traduire
Le livre d’une vie Une autrebiographie En mille et un fragments JJD en cours d’écriture
LE CHANT DES MOTS
Des oiseaux migrateurs que mon chant désorientent
Et des poissons dorés roulés dans du papier
Le journal d’aujourd’hui sur Dupond Moretti
L’écriture miracle ôtant le poids au ciel
Tous les échos dans la fumée de la Pythie
Et de Sibylle prophétesses des tempêtes
Quand les mots de l'amour et de la mort
Sonnent conjointement à nos oreilles
Martigues 30 novembre 2023
CEUX QUI S’ENFERMENT DANS LE LANGAGE CESSENT DE VOIR Quand le langage divise, il reste toujours de l’indivis. Quand le langage distingue, il reste toujours de l’indistinct. Le Sage préserve en lui la part de l’indivis, de l’indistinct, tandis que les hommes du commun s’enferment dans leurs démarcations et se prévalent chacun de sa vue particulière. C’est pourquoi je dis : ceux qui s’enferment dans le langage cessent de voir. selon Tchouang Tseu traduit par Jean-François Billeter
Un rouge de valeur plus dense sans écho
Un sang plus étendu au flanc de la colline
Des oiseaux migrateurs sans orientation
Et tous ces hommes morts sans rime ni raison
Tant de cœurs desséchés
sans plomb
Comme des feuilles
Pierre Reverdy Le chant des morts
IL FAUT LA PITIÉ
Il faut la pitié Il faut donner la pitié dit le rêve Mais quelle pitié ? Et quel rêve ? C’est une voix de femme Qui s’exprime Devant une carte incertaine accrochée sur le tableau d’une école Pour les enfants d'une même terre Séparés par l'Histoire Avec sa grande H La nuit s’est refroidie « Il faudrait un programme de l’O.N.U » Entend-on encore dans le lointain Mais l'O.N.U. est nue Il faut la pitié IL faut donner la pitié Aux enfants des deux Terres sacrifiés Si nos ennemis aiment leurs enfants Autant qu'ils nous détestent Alors la paix viendra dit la voix