VERS D’UN POÈTE CHINOIS IVRE

 

Cette nuit je lis les vers
Tirés de derrière les fagots
D’un poète chinois ivre


À vrai dire je n’y comprends rien
Leurs caractères calligraphiques
Ayant disparu de notre abécédaire
Mais je m’accroche aux branches

Au-delà des mots écrits
Je cherche la parole de celui
Qui dans son ivresse les prononça


Alors un instant vient où la lune d’hiver
Glisse sur les livres de ma bibliothèque
Au point de les transformer
en Acherontia atropos
(Sphynx tête de mort)

J’imagine qu’ils vont aller rejoindre
Les rêves d’un calligraphe inconnu
Qui me ressemble comme deux gouttes d’encre
Plus noires que la nuit

AU JOUR D’HUI

AUJOURD’HUI 



Ce mot posé sur ma feuille
comme la main remuant les cendres
pour souffler sur la braise de ce jour hésitant

Aujourd’hui sans hésitation
Refusant de prime abord
les rumeurs des radios du monde


Aujourd’hui commençant pas à pas
le chemin inconnu de ce poème
que je lis en l’écrivant


Plus lentement que n’allait Prévert
à l’enterrement de ses feuilles mortes

Au Jour d’Hui

LES VRAIS PARADIS

Je viens de relire deux pages écrites au crayon dans le tgv qui nous amenait d’Aix en Provence à Paris 
Il y a des images vues du train
Il y a des allusions aux livres que nous lisions
Toi le dernier Vargas avec le personnage d’Adamsberg dont tu raffolais
Moi des nouvelles tournant autour de bistrots parisiens
De temps en temps ai-je écrit nous joignons nos mains
En recopiant cet extrait je relie maintenant ces instants vécus à la minute présente :
le silence d’une chambre
l’impossibilité de revivre ces instants précieux avec toi qui as rejoint ta nuit définitive
et cette phrase proustienne résumant le tout
mais que je tords un peu :
Les vrais paradis sont les paradis qu’on a vécus / perdus.

Martigues 7 février 2024