UNE PERTE MOMENTANÉE DE MON LIVRE DES SONNETS

à André Bellatorre

Une perte momentanée de mon livre des Sonnets

Et c’est la nuit baroque que je décroche de mon porte-manteau

Comme une fable jamais desservie sur le tapis des coups de dés

Coups innocents ou coups fatals

C’est le Soleil cou coupé d’Apollinaire

Et les oiseaux de Francis Ponge qui glissent

Sur le parquet ciré du salon sans murs de l’Idole noire

Et ce sont les « stances à l’inconstance »

cette fille de l’air de cent plumes couverte

Qui de serf que j’étais m’a mis en liberté 1

Lucidité sans formes scintillations à tous les vents ! 2

C’est l’esprit du baroque qui m’emporte béat

Ouvrant ainsi l’inexprimable et l’indicible

Submergés par ces vers écrits les yeux fermés

1 Etienne Durand (1586 ? 1618) 2 Francis Ponge (1889-1988) La nuit baroque







TE PLAIRE ET TE DÉPLAIRE SELON MES VERS

Te plaire et te déplaire selon mes vers
Te chanter t’encenser d’une aile inusitée
Te permettre d’atteindre les célestes beautés
Si périssable est toute chose née

Te plonger dans les mythes des driades des forêts 
Qui naissent avec l’arbre sur lequel elles veillent
Te comparer à Diane la chaste Cynthienne
Si notre vie est moins qu’une journée

Mes vers ici se brouillent répétant cette antienne
Du grand amour le soleil de mon âme
Qui me brûle et m’enflamme
Chassant mes jours sans espoir de revoir
Ma reine ma déesse gisant au Vistemboir
Cimetière des sonnets où les morts apportent leur manger et leur boire

avec Du Bellay (les deux éditions de l’Olive) Guillaume des Auletz (1529-1581) et Emmanuelle Chevalier  éditrice des éditions du Vistemboir






AVEC LOUISE LABÉ JE VIS JE MEURS

Avec Louise Labé Je vis je meurs 
Je me brûle et me noie en son sonnet
Depuis mon lit où j’écris tout sonné
Ces lignes de douleur qui m’amusent et me broient

Je meurs je vis je vois Diane chasser
Dans l’épaisseur d’un bois dessiné par Max Ernst
Son arc tire cent flèches sorties de leur carquois
Sur la femme cent têtes sans tétin restant coite
Tourner me faut mes vers toute la nuit sous ma couette
Éclairé par la lune mon soleil de minuit
Dont le noir m’illumine Desdichado Desafinado

J’écris j’endure Je n’écris pas je perdure
Je crie devant les murs de la maison de Louise
La petite friponne dont le blues me laisse dans la mouise

Louise Labé 1525 ? 1565


Max Ernst forêt et colombe 1927

CLAIRE CELLE QUI JOUR ET NUIT ÉCLAIRE


Claire celle qui jour et nuit éclaire
Claire en beauté que je vois en peinture
Claire idéalisée qu’honore Épicure
Claire la douce éphèbe plus claire que l’Aurore
Claire immortelle que le vermeil colore
Claire la sœur occitane de Jeanne et de Marion
Claire et ses traits de divine pointure
Claire ma Dame d’or en l’honneur de Nature
Claire en blancheur de marbre de Paros
Claire en langueur sous la lune de Fos
Claire qu’un sonnet exempte du trépas
Claire qui a rempli ma page pas à pas

Avec l’aide de Loys le Caron dit Charondas la Poésie (1536- ? 1609)
& de Las Fielairos chanson de métier d’un Occitan Anonyme
Abal a la ribièro ya no ritcho maïsoun
Dedins soun tres fielairos que fielan tout loun joun
L’uno s’apèlo Jano L’autro Marioun
L’autro s'apèlo Clèro esclèro  neit et joiun