NOUER LE RÉEL

En faisant un nœud De ces trois lignes Je noue le réel

NOUES

Cette nuit je suis en quête de noues :
un fossé herbeux en pente douce
dit le livre
Nous n’en avions pas chez nous
quoique

Un voisin habitant une métairie en surplomb
m’a raconté que ma grand-mère Germaine
pouvait partir aux champs
bêcher la terre toute la journée
avec un quignon de pain
et une cèbe
– un oignon –


Elle se désaltérait
quand la saison le permettait
avec l’eau d’un fossé

Merci à Marielle Macé
qui écrivant « Nos cabanes »
m’a permit sans le savoir
de renouer
avec ma petite histoire
familiale

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PUISQUE LA BELLE EST MORTE

Puisque la belle est morte, puisqu’il n’y a plus de raisons, tu entends en sourdine, oreille meurtrie, l’arrivée, reine de Saba tu triomphes, tu étends et tu agites, voiles et splendeurs, et sermons d’esclaves pour les étoiles, je m’agite, je me tiens, tu considères, reine arrivée, sans autre précision on te cerne,

on dérive et décrivant, on arrache des parcelles, or fondu, forêts en flamme, des sources et du temps, pour bénir et sonder, je te tiens, tu réclames, je commence, allons-y donc, il faut bien remonter les rampes du temps, pour bénir et comprendre, j’arrive de Saïs, je reviens du Pérou, je divague et je chante,

de Vienne jusqu’au Canada, arrivée, arrivant, arrivons, nous sommes en avance, tout chante et bondit, tout pour tout, des savanes, des forêts, je suis, et je suis celui qui court encore, nous retenons le souffle et la voix, désir étrange et jeu palpitant, il faut troubler son âme, et répondre et je suis maintenant,

et ici, j’accroche au bord du cœur des franges et du froid, retenons, retenons, en avance, en retard, une reine arrive et chante, chante, oiseau, canari impérial, nous étions, nous serons, et ici, et maintenant, des branches aux fourrés, et taillis, et frondaisons, cela retient, je suis et sous chaque feuille,

je suis sous chaque feuille, je mords à chaque pas, oiseau muet, source sans avance, tu conserves, on irait ainsi et ainsi d’un heureux brasier, rouge et chaud à une histoire sans lendemain, il n’y a qu’un passé, le reste est en absence, je vis, je tiens, je bouge, tout ici sous les cendres se consume, il te reste :

à dire, il te reste à tenir, des cœurs enrubannés, des voix sans écho, il n’y a pas de reste, il n’y a pas de retenue, tu comptes pour les doigts, tu diriges la route, cœur évolué, croix tendue au-devant, je tourne et tu enchantes, tu tiens, tout commence, il reste à soutenir les heures déployées, les jours envolés,

allons, je te croise et tu oublies, nous étions sur la route, d’un pas large, d’un saut tout plonge au-devant, dans l’ombre, dans la rupture, je tiens et tu fermes, que reste-t-il aux immortels, sans le reste, sans ce qui vient, en volant, en tirant, en poussant, je ferme, et tu dérobes, et tu tiens ce qu’il faut,

pour retourner au jour, pour étendre, pour finir, pour comprendre et retenir il te reste certes, quatre et plus en plus, et un peu de peur à la peau, tu restes ici, et tu retiens bleu et nocturne, sans avance puisque la belle est morte, puisqu’il n’y a plus de raisons, tu l’entends en sourdine, oreille meurtrie, arriver,

reine de Saba, accroche au bord du cœur des franges et du froid, j’arrive de Saïs, je reviens du Pérou, je divague et je chante, de Vienne jusqu’au Canada.

Michel Chalandon pour Jean Jacques Dorio

lecture de JJ Dorio 26 mai 2023 midi et demi

LETTRE D’UN FEU FOLLET À FEUE SA FEMME : ma chérie mon amour dynamité ma tourterelle ensablée mon soleil quand il pleut à verse mon petit point d’or io ma lionne assise dans le patio de l’Alhambra de tout ton corps jusqu’à ton dernier souffle vivante jusqu’à ta mort mais tu m’écoutes me dis-tu quand il te semble qu’à tes côtés je m’adonne à je ne sais quelle rêverie mais oui mon cœur je t’écoute et je goûte ce moment présent comme une nostalgiemon murmure tu le vois ton sang infuse toujours dans mes écrits tes yeux dévoilent mes épiphanies l’inflexion de ta voix chère ne s’est pas tue

VOYAGER

J’ai pas mal voyagé Maintenant c’est dans ma tête Et sur ce bout de papier

VOYAGE

À défaut de voyage véritable, Covid oblige interdisant tout mouvement d’ampleur, je prépare chaque nuit mon voyage intérieur du lendemain.

Je prends des notes, je calcule des itinéraires intérieurs, cosa mentale, choses qui nous font faire des rencontres auxquelles personne ne s’attend. 

Ce sera mon viatique quand vêtu du paletot de Ma Bohème, mon voyage sera devenu « idéal ».

VOYAGEUR

Ainsi je marche nuit après nuit tu

dis qu’on dirait ce piéton que tu fus

à Caracas Paris New York Toulouse

Rue Valade dans une arrière-cour

Sur l’île Saint Louis au Faubourg du Temple

à l’edificio Olimpo près des Tours du Silence Dans un hôtel jouxtant

Central Park ou chez ta fille – Astoria dans le Queens-

Quelle histoire ! Somme toute cachée,

dans tes carnets ou ce papier d’exil,

comme ce jeu de carte – l’écarté

que tu jouais enfant tapant du poing

quand tu perdais- Somme toute légère,

comme on enlève peu à peu des masses 

de matière à notre statue dérisoire,

Manière d’arrêter la marche dit 

le lecteur voyageur sédentaire à

Caracas Paris New York Barcelona

10/12/2020

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VIATIQUE POUR L’ÉTERNITÉ

« Celui qui a été ne peut plus désormais avoir été : désormais ce fait mystérieux et profondément obscur d’avoir été, est son viatique pour l’éternité ». Vladimir Jankélévitch

In memoriam Josiane Dorio qui connut dans sa vie de si belles aubes et nous quitta un triste soir le dimanche de fête des mères du 25 mai 2014.

Dans un verre de montre
Ton visage s'inscrit
Il voyage dans une maison d'école
Où les enfants dessinent les arabesques
D'un abécédaire
Que tu leur appris

CHÈRE AMIE AMOUR ABSURDE ma disparue ma nostalgie présente et à venir Chère amie amour absurde ma main donnée à tout ce qui a été entre nous et qu’aucune main ne peut effacer Chère amie amour absurde ma destinée ma rose au boué la moindre fleur qui pousse dans mon jardin imparfait Chère amie amour absurde ma décédée ma passerelle au-dessus du gouffre de nos douleurs consenties Chère amie amour absurde ma main qui te l’écrit entre cris et rires comme un bon mot chassant nos maux une comptine un conte à dormir assis sur ton pupitre d’écolière ravie d’apprendre l’abécédaire de l’enfance de l’art de ta vie Ma chère amie amour absurde réinventée entre deux résonances qui se contredisent la mort la vie l’éphémère éternité Ma chère amie amour absurde mon oxymore morte vivante qui irrigue mon viatique ma vitalité jean jacques dorio 25 mai 2023

JEU D’ÉCRITURE

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JEU D’ÉCRITURE

Si j’écris Je Ce n’est jamais Moi C’est un Je(u) d’écriture

Jeu d’écriture infini noir et blanc où j’accumule les papiers écrits à la main les feuillets en joie et les feuilles en deuil les instants précieux -nos paradis perdus qui n’eurent rien d’artificiels- et les « poèmes à ma morte » écrits (deux ans durant après sa disparition) sur les pierres noires et les galets de la mer Jeux d’écritures mes amers (points de repères fixes portés sur une carte-un portulan- et utilisés pour faire le point en vue de pouvoir crier Terre !) et mes rhumbs (un secteur angulaire 1/32° de la rose des vents) un dictionnaire à part  moi pratique d’une écriture en fragments où chaque texte est une heureuse parenthèse, un va-et-vient comparable aux sillons que mon père traçait avec sa charrue-brabant (équipée de deux séries de pièces aratoires- soc et versoir, rasette, coutre- les unes pour verser vers la droite, les autres, quand on est au bout du champ et que l’on renverse l’outil, pour verser vers la gauche) Jeu des boustrophédons Jeu d’écriture Je multiple qui s’écrit sur les ardoises d’un « moi » qui s’en va doucement vers sa perte, telle la fin de ce texte que j’ai écrit ce matin aux aurores assis sur un tronc d’arbre que l’on vient de couper…dans « mon jardin imparfait » Montaigne

premier jet 24 mai 2023 « comme une aurore de paroles »

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