ON PEUT TOUJOURS RÊVER

lecture à haute voix d’un rêveur qui s’efforce de rester éveillé

On peut toujours rêver sur les rives de la mer noire sur les pages blanches d’un certain Monsieur Plume sur les rêves éveillés d’un autre que soi qui aurait pour nom Ovide ou Michaux

On peut toujours faire abondance d’images orageuses de propos de tavernes et de chercheurs d’étoiles qui peignent les comètes

On peut faire d’écriture mouvement et méditation sur le monde sans fin sur la langue que tel un fourmilier du grand llano l’on déplie sur le soi dont l’assise est à réinventer

On peut toujours faire l’écart de côté d’un haïku débridé être grenouille libellule papillon qui rêve de Tchouang Tseu faire plouf comme dans la cour d’une école où l’on jouait aux barres à la marelle et à passez pompom les carillons

On peut toujours ouvrir les portes ou les fermer être cette persona non grata dans la cité du poison des publicités

On peut toujours rêver avec Métis la Ruse avec Mathis et Alice les enfants de nos filles qui furent elles aussi enfants avant que d’être mères

On peut toujours se baigner dans les prophéties d’un vieil héros de l’Odyssée qu’aucun prétendant n’apprécie

On peut toujours boucler cette correspondance d’un autre âge en évoquant l’enfance de l’Art et les tables tournantes de personnages de romans qui alimentent nos belles rêveries

1° juillet 2022

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LE BANNI DE LIESSE ET AUTRES PROPOS DYSPHORIQUES

LE BANNY DE LYESSE

Les écrits du vieil âge montrent souvent « la rouille ancienne ». C’est François Habert qui le dit, lui qui fut nommé Le Banni de Liesse, quand il était (comme moi je le fus) escollier estudiant à Toulouse, quatre siècles avant ma naissance.

SOURIRE INACHEVÉ

Sourire inachevé. On dirait la Joconde. Si Vinci voyait tous ses portraits travestis, iconoclastes, sourirait-il ?

QUE C’EST BEAU LA PHOTOGRAPHI E

J’ai longtemps refusé de faire des photographies préférant enregistrer les sons de la nature, les conversations, les silences. La magie de la chambre noire et l’apparition d’agrandissements me furent « révélés » à Caracas, où nous logions ensemble, par mon ami Michel 1  qui sortait ses premiers instantanés d’indiens et d’indiennes Goajiro. Certains (portraits et paysages) figureraient longtemps après sur « Le chemin des indiens morts », livre d’ethnologie qu’il était loin d’imaginer alors. (Il était physicien). Naturellement avec un pareil « compère » aussi enthousiaste qu’exigeant, ma mue vers le noir et blanc et le plaisir du développement furent assurés.

1 Michel PERRIN du CNRS et du Collège de France en Ethnologie.

QUESTION SANS RÉPONSE

Au lieu de me vexer, j’aime que mon petit fils me pose une question dont je n’ai pas la réponse. Mais tu vas voir Mathis, on va chercher…

LE RYTHME

Peter Brook fait la liste de tous les professeurs qui bloquaient tous ses apprentissages. Tous en réalité par leur prétention « terrifiante », à ce que l’on applique leur méthode, sans broncher. Un seul cependant trouve grâce à ses yeux. Non pour sa matière (la musique) mais parce qu’il mettait en scène les pièces jouées par les élèves et surtout parce que il lui avait donné une formule magique qu’il retint et s’appliqua à faire vivre : « Pourquoi le rythme est le facteur commun à tous les Arts ? »

MANTRA

Poutine assassiné ou mort d’un AVC, ou ce que vous voudrez. Il n’est pas un jour que je ne répète ce mantra espérant qu’il devienne réalité.

DYSPHORIQUE

Je lis le mot dysphorique que je ne connais pas. C’est à propos de Sariette, un personnage proustien sur lequel « crie » Mr Verdurin. Pauvre Sariette . Les moments euphoriques chez lui, c’est niet.

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L’EDEN DU GRAND DÉDAIN

L’Eden est mort à Auschwitz et à Marioupol mais les hommes politiques qui se croient le temps d’un mandat éternels ont oublié de l’enterrer

L’Eden du Père Fouettard qui cloue le couple premier, Adam le Rouge, Ève la Belle, sur l’arbre interdit de la Connaissance -était-ce comme le veut la légende un pommier, ou un figuier mot-dit, un oranger d’Irlande –là où les arbres n’ont jamais donné que des grenades dégoupillées 1

D’Eden il n’y eut jamais Mais de Grand Dédain pour la partie inférieure de l’humanité et qu’aujourd’hui même l’an 22 du siècle XXI les seigneurs talibans recréent de toute pièce dans leur Eden Afghan

Eden d’un paradis monstrueux alliant les sourates et la kalachnikov

Assez ! Assez ! de cette humanerie crie Nougaro petit taureau troquant ses attributs pour une couronne d’olivier Il serait temps que l’homme s’aime Depuis qu’il sème son malheur 2

Il serait temps que Pauline (Julien) et Anne (Sylvestre) nous remurmurent une sorcière comme les autres : Celle qui parle ou qui se tait Celle qui pleure ou qui est gaie

Ou bien Juliette Noureddine faisant renaître nos frangines en libertines en gourgandines

Ou bien ou bien la partie n’est jamais gagnée

Voilà que les juges suprêmes américains tendant l’oreille aux suprématistes en remettent une couche et dans la droite ligne des souffrances légitimes et sacrées que doivent subir la partie féminine de l’humanité veulent transformer « la (soi-disante) première démocratie du monde » en état théocratique

Eden Eden quand tu nous tiens tu nous les brises Les seuls paradis sont les paradis qu’on a perdus 3

1 RENAUD La ballade nord-irlandaise 2 NOUGARO ASSEZ ! 3 Marcel PROUST

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LITANIE DE L’OUBLI

Oublier ? S’oublier ? vraiment sur le papier on a fait vingt fois l’essai Mais ma mère elle est toujours là ! criait Colette Magny Oublier que l’on vit ici et maintenant hic et nunc c’est le hic le hakka d’avant-match où l’on insulte l’adversaire qui durant cette parade nous oublie Oublier S’oublier ainsi sur cette page où l’on piste les petits riens qui font progresser le texte à saut de puces qui donnent un coup de pouce à l’ éternel présent Oublier S’oublier dans les livres silencieux qui font le tour de ma bibliothèque tantôt sur la planche poésie où le pampre à la rose s’allie 1 tantôt sur les planches où se mêlent théâtre et philosophie le monde entier est un théâtre et nous qui en sommes les acteurs y jouons plusieurs rôles 2  tantôt sur les planches au carrefour du burlesque et du « burn out » le monde entier est un cactus aïe aïe aïe ouille !3 sans oublier les planches vides des livres refusés par monsieur le directeur de la collection Fiction & Cie qui n’est pas « convaincu », dit-il, de me faire franchir le Seuil de son auguste maison Oublier S’oublier ça vient vraiment d’arriver au narrateur arrimé à la parure de ce corps entouré de sa toilette, comme de l’appareil délicat et spiritualisé d’une civilisation 4  (oui il s’agit d’Odette héroïne d’un « amour de Swann ») Il s’agit de plonger dans le fleuve Léthé pour se désencombrer l’esprit de nos luttes fécondes Oublier S’oublier au rythme d’un cœur qui bat par intermittences systole diastole qui recyclent silences et fictions S’oublier Oublier le trou de mémoire de l’acteur Bouquet jouant Pozzo l’esclave au discours délirant sur la scène du Palais des Papes le 16 juillet 1978 5 (je m’en souviens comme si c’était hier) S’oublier Oublier notre dernier rêve « Une aumône protecteur des Fables nous demande le mendiant sorti des Mille et une Nuits On ne sait que lui dire on ne sait que lui donner la main tétanisée Et la suite du rêve nous l’avons oublié

1 NERVAL 2 SHAKESPEARE 3 PROUST 4 DUTRONC/LANZMANN    5 BECKET En attendant Godot

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CHAQUE ÊTRE S’ENCHEVÊTRE DE LUI-MÊME INCOMPRIS

À Jean-Louis Rambour un maître en la matière
Lisez ses 24 sonnets publiés dans son roman 
Le cocher poète, Éditions L’Herbe qui tremble.

Chaque être s’enchevêtre, de lui-même incompris.
Il n’a ni Dieu, ni Maître, mais rêve d’infini.
Il forme le dessein de lutter pied à pied,
Mais la raison l’égare et la rime le fuit.

C’est le texte qui crée sa propre rhétorique,
Lisait-on dans les temps des odes inachevées,
De la chèvre à la boue, du lézard à la barque*,
On patauge dans les choses de pays ignorés.

Modernes anti modernes, nos obscures lumières
Bricolent et houspillent les vieilles vieilleries.
Sous douze pieds de vers comme des mouches vertes,

Partout dans l’Univers des atomes obliques
Engendrent tous ces signes qui nous rêvent éternels.
Chaque être se libère de ses mimologies.

*Francis Ponge

« Merci, Jean-Jacques, pour ce sonnet. Pour ce pied de nez (respectueux) aux vieilles vieilleries.
Je me souviendrai de l’obliquité des atomes et de la libération de nos mimologies. 
La rime t’a fui ? C’est normal. Sans Dieu ni Maître, le sonnet ne peut plus être ce qu’il a été ».
Jean-Louis Rambour

Ce poème est publié dans mon livre
Un dictionnaire à part moi
à l'entrée SONNET

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