CINQ FRAGMENTS CUMULÉS

PAPIERS D’IDENTITÉ

Étrangeté jamais démentie, relire ses « papiers d’identité », ses multiples carnets d’instants rapportés plus d’un demi-siècle durant, de dessins à la plume ou au pinceau, de pincées de poèmes inachevés (ils le sont tous). Milliers de pages de tout format, de toute forme essayée. Blablas, babels, exercices sans style, mais au stylo sur ce papier qui parfois est devenu muet et d’autrefois continue étrangement « à nous parler ».

CITATEUR

Je suis un citateur né. Mais je ne découvre le mot qu’aujourd’hui 6 juillet 2022. Cependant je crois que je ne vais pas le réemployer. Jamais.

ACCUMULATION

J’accumule des phrases, des citations, des non-phrases, des fragments, des vers (à l’ancienne), des pensées sans formes, des formes de pensée, des étymologies : ainsi il y a du cumulus, de l’amoncellement, dans la mise en scène (accumulare) de mon accumulation. C’est Wikipédia qui le dit. Et Baudelaire dans l’Étranger, aussi.

PETITS RIENS

Petits riens. Faits par la main qui les écrivant passe ainsi un temps en marge du temps. Mais petits riens ne sont pas faits pour être lus par un.e autre. Ou bien c’est l’entourloupe, l’entourloupette.

DIRE L’INDICIBLE

Dire l’indicible ou rater sa cible, dire en silence le bruit de la plume, les équivalences et les amertumes, dire tout le reste est littérature.

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LANGUE À L’AFFÛT

Langue à l’affût lançons-nous sur la page matériau matériel maquarel (le doux juron toulousain) Langue de paroles couchées sur mon beau papier cartonné eh eh eh Eh ! le cœur bat encor Ankhor heureux que le temple khmer soit déserté depuis l’épidémie du Covid par la meute vociférante des touristes en rut Langue en alerte maximum préférant aux cataractes du Nil ou du Congo la petite rivière des Panarés amérindiens qu’ils me font traverser éternellement sur leur barque taillée dans un seul arbre mythique Langue de P. chantée par la malicieuse et si regrettée Anne Sylvestre : Mais cinq minutes de langue de pute C’est fou le bien que ça nous fait En cinq minutes on exécute Tous les amis, les faux les vrais Langue transcrite de fil en aiguille comme les dames et demoiselles Kuna cousant le monde et leurs molas -Molakana- Langue qui rame et qui cane qui tire sa langue de chien enragé de chien Ferré : À mes compaings du pain rassis À ceux qui gerçaient leur chemise au givre des Pernods-Minuit Langue cachée et qui chuchote Langue occitane interdite à l’école d’une République fréquentée par mon papa pupille de la Nation (il connut la double peine, né en 1912, son père fut tué au front au début de la guerre de 14, et dès qu’il entra en classe son « patois » des fermes et des collines fut interdit) Mais aussi mais quand même Langue Libérée dans ce voyage des formes hors-norme où l’esprit souffle, souffle et souffre, soufre et feu, air et terre, sol, soleil des solitudes, nuit étoilée sur ma toile où mélangeant lumière et ténèbres, monde d’ici et monde Autre…je shamanise.

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MOLA prisée et reprisée l’Unique offerte par mon ami Michel Perrin dont on peut lire l’ouvrage d’art et de mythes (Tableaux Kuna Arthaud 1998)

SUR NOS TEMPES PASSE LE TEMPS

fatras & fatrasies (une erreur de manip)
sur nos tempes passe la voix qui vient d’une personne qui n’existe pas

Sur nos tempes passe le temps et la nue, la nuit où, terminant mon texte manuscrit, je l’écris étendu, non dans l’herbe, mais (banalement) dans mon lit où, tout en traçant par intermittences les lettres, simultanément, je les lis.

Sur nos tempes passe le temps et sa lie, le temps mauvais des crimes de guerre, actuellement commis par un autocrate au cerveau pourri, au nom de la Sainte Russie.

Les deux trois rouges au côté droit d’un dormeur du val, jeune, tête nue, tranquille, se sont convertis en des corps déchiquetés, explosés collectivement dans des théâtres, des gares, des supermarchés et aussi, quand le missile aveugle détruit les immeubles, en de pauvres corps d’enfants serrant leurs doudous ensanglantés.

Sur mes tempes où ce que j’écris là, a quelque chose de funèbre, dans des décors noirs et rouges comme ceux de l’ancien Dieu Pan Creator.

Écrire pourquoi, si ce n’est pour ce déchirant appel à l’écriture d’un livre, heurté, troué d’éclairs, en vertu de la loi inévitable, qui veut que qu’on ne puisse imaginer que ce qui est absent.

« Plume en l’absence » et vocation d’un être proustien appréhendant, après tant de temps perdu, un peu de temps à l’état pur.

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IL FAUT ÉCRIRE ET LIRE SIMULTANÉMENT

Les phrases du texte signifient hic et nunc. Alors le texte « actualisé » trouve une ambiance et une audience ; il reprend son mouvement, intercepté et suspendu, de référence vers un monde et ses sujets. Ce monde c’est celui du lecteur ; ce sujet, c’est le lecteur lui-même. Paul Ricœur

Il faut écrire sans penser une seconde à être lu

Il faut lire comme si c’était nous qui avions écrit la page sous nos yeux

Il faut écrire et lire en simultané

Il faut s’amuser à écrire en secret sans amuser la galerie

Il faut continuer à écrire à sa Muse en allée comme si sa nuit définitive était un phénomène relevant de Fiction & Cie

Il faut lire demain dès l’aube en portant un bouquet de roses de la vie

Il faut écrire en retenant ses cris

Il faut lire en direct ephemeride.com : jeudi 7 juillet 2022 188° jour de l’année 177 restants 27° semaine nouvelle lune premier quartier

Il faut écrire « sans y penser » (ni vouloir le vouloir) un titre musical de Clément Janequin (1547)

Il faut lire dit-on les Pensées de M. Pascal sur la Religion et sur quelques autres sujets qui ont été trouvées après sa mort parmi ses papiers

Ou bien il faut écrire durant sa mort anthume sur des papiers qui fleurent bon l’éternité

Il faut lire tout et son contraire

Il faut écrire a contrario ce qui ne signifie en rien « au contraire »

Il faut lire ce qui précède comme un texte écrit par une personne dont la fable imite l’action (ou le contraire)

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