RÊVES À L’ÆNCRE



	Des rêves de loups et d’ourses
Jaillissent d’un sommeil sourd
Je ne sais de quelles sources
Sur leurs mousses de velours

Des nymphes aussi me poursuivent
Sorties du Sonnet en X 1
D’étranges ardeurs jouissives
Déploient licornes et nixes

-Arrête-là ! Jette l’ancre !
J’entends la voix de l’Ancien
	-	Rêves sont bouteilles à l’encre
Dit le métaphysicien

1 Stéphane Mallarmé


BRIN DE PAILLE JE TRAVAILLE

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable
Paul Verlaine

Brin de paille
Je travaille
Cherchant la voie
Je la vois
Et parfois
Je la perds

Brin de paille
Je travaille
Dans la nuit
Qui me fuit
Dans le temps
Plus mouvant
Que le vent
De la mer

De ma mère
Est sorti
L’innocent
Que voici
Le roseau pensant
La voix qui dit non
À la voix qui dit oui
Le chant mystérieux des choses

Brin de paille
Je travaille
Disparaît 
Dans le zéphyre
D’une histoire
Que mes années
Firent
Tantôt blanche
Tantôt noire
Tantôt rouge 
Tantôt d’or


DORIO 07/01/2022

VOILÀ DES HEPTASYLLABES

Voilà des heptasyllabes
Ils brillent au milieu des flammes
Du père Hugo qui s’enflamme

Il chante, il lève son verre
Éblouissant, ébloui.

Rit et compte sur ses doigts
Tous les vers lui disant Oui
Toute la splendeur des voix

Voici l’art de l’ABC
Ses passants et ses passantes
Dont le pouce abaissé
Est gaîté divertissante

Le voyez-vous ? Le voilà
L’heptasyllabe s’allie
Aux rengaines lalala
Aux bois pleins de rêveries

Il cherche ces amours franches
Tourbillonnant à son bal
Laisse ma main sur tes hanches
Dis-moi ton froufrou verbal

Qu’elle est belle ! Qu’il est beau
Le chant léger s’amenuise
Hugo retourne au tombeau
Je range ici ma valise


Italiques de Victor Hugo
voilà des heptasyllabes

ESSAIS





COMMENCER

Emportez-moi dans une douce caravelle.  Henri Michaux

Commencer, recommencer sans cesse…et poursuivre ses commencements qui n’en finissent pas. Et surtout ne pas s’embarquer sur les flots plus ou moins déchaînés pour, dès les premiers cahots, abandonner sa barque (caravelle disait l’autre), naviguer au mieux, chalouper…quitte à se louper. Mais on aura fait dans un état second son Essai, sa tentative inaboutie, inachevée…et à la moindre occasion, à recommencer. 

ISOLEMENT

Je n’ai pas recherché l’isolement, mais je l’ai subi, après la mort trop tôt venue de mon épouse, ma semblance. Subi, mais sans me plaindre, et au contraire, par une force insoupçonnée, tâcher d’en tirer profit. Isolé et fréquentant à distance esprits vigoureux et réglés 1 autant que ce raisonné dérèglement de tous les sens. 2.

1 Montaigne 2 Rimbaud

L’AMOUR

L’amour, cette unique passion qui me tienne en haleine, me met en mesure d’être vigilant, m’oblige à sobriété, à prendre soin de ma personne, à faire de l’écriture une grâce, me protège des grimaces difformes et pitoyables de Vieillesse, m’encourage aux études, aux recherches, aux lectures, ôtant à mon esprit le triste deuil de mon amie, en le raccointant (le reliant intimement) à ce soi-même (comme un autre), marque de fabrique de ceux qui étant nés à la société et à l’amitié, ont cette sensibilité qui leur permet de se couler dans la vie d’autrui, le semblable et le différent.      

Une écriture réactualisée de Montaigne mon ami le plus sûr avec une touche de Paul Ricœur



MAINTENANT J’OUBLIE





Maintenant j’oublie
J’en fais le pari

J’oublie le savoir
À l’école appris

J’oublie le pouvoir
De changer en rimes
L’ombre d’un bourreau
Le temps d’un soupir

J’oublie les déprimes
Des heures de bureau
Le roi Lear Shakespeare

J’oublie Roméo
Juliette Gréco
Si tu t’imagines
De Raymond Queneau

J’oublie Imagine
De John et Yoko

Mais je n’oublie pas
La paix en péril 
Le Climat en berne
La bonne gouverne

Ce chant puéril



mes oublis en chanson