EXERCICES D’ÉCRITURE D’UN INSENSÉ

 Je ressors du grenier une centaines de fiches de toutes les couleurs (10×21 cm), sur lesquelles jai écrit des lignes et des lignes, chaque nuit, comme un insensé. Les mots accumulés (bien que souvent venus « au compte-goutte ») étaient comme de petits dieux de passage que je suivais  innocemment : un lézard amoureux par ci, les rêves dun papillon par là, et même un trou noir photographié pour la première fois au centre de la Galaxie M 87, tout ce qui passe au fil de la plume nous faisant oublier combien il y a loin de la coupe aux lèvres. Je ressors du grenier ces fiches regorgeant détranges étrangetés, exercices tracés à la pointe dun stylo simaginant calame. Le K, lâme de cette nouvelle de Buzzati que jai faite à chaque rentrée lire à mes élèves collégiens qui lauront pour la plupart, et pour leur plus grand bien (ou mal, lhésitation est permise), oubliée. Le K animal débonnaire et porteur de la pierre dimmortalité, était pris par lenfant héros comme un monstre quil ne fallait pas approcher. Croiser et recroiser, ces obscures clartés, collages intempestifs exposés au Moma (Mona Lisa des Champs : LHOOQ), « exercices dexorcismes » à la Michaux, où lon fait halte une heure, en balbutiant quelques mantras à son papier. Une heure, où lon est successivement fourmilier aperçu dans le llano vénézuélien, lézard amoureux de Char, papillon de Tchouang Tseu, arbre qui cache la forêt de symboles abolis.

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À L’AIRE



À l’aire il y avait la cabane des poules
et la batteuse venait une fois l’an.

Le grain coulait : le blé l’avoine,
qu’on appelait la pommelle.

Mon père le soupesait le faisait rouler
dans la paume de ses mains.

Et puis les hommes l’ensachaient,
sac après sac, et le portaient
sur leur épaule et leur dos au grenier.

À l’aire où erre l’imagination 
de ce fils qui a vu mourir
les derniers des paysans.

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Une voix lit ce poème qui appartient au livre ci-dessus Lisez la quatrième de couverture ces premières entrées les avis de ses 8 premiers lecteurs et si vous êtes attiré comme eux commandez-le chez votre libraire ou sur le net Mille Mercis JJ Dorio

HISTOIRES SUR HISTOIRES

Pourquoi vivre isolé concourt à enchaîner 

Histoires sur histoires 

(Presque aucune d’ailleurs n’atteignent mon papier) 

 

Elles voguent, elles flottent, elles alimentent 

Nos joies passées, qui reviennent à l’improviste. 

 

Mon dieu, ça fait une éternité, que je n’avais pas revu 

La figure de Paillasse,  

Un fétiche que j’arborais en parcourant le grenier 

Où s’entassaient les Dépêches, Midi Olympique, 

et les partitions des chanteurs populaires. 

 

LE TCHOT (la chouette effraie)





Plongé dans Don Quichotte Flaubert et la Kabale
Je patine Je cavale

Toute la nuit
J’entends le tchot 1
La chouette du grenier
Qui effrayait mon enfance

Je chevauche la rosse hantée
du chevalier à la Triste Figure
les dialogues buissonniers de Bouvard et Pécuchet
les bisbilles entre Moïse et Josué

Toute la nuit j’entends l’effraie
Qui me rassure

1 mot occitan

c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse

 
  
 t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ?
 c’est trop long à t’expliquer
  
 t’imagines c’est de l’occitan
 al lum rossèl d’una candèla censada eccartar la tronanda*
  
 *à la lumière rousse d’une chandelle censée éloignée la foudre
 Ives Roqueta
  
 t’imagines c’est chacun de tes doigts sauf l’index mis en quarantaine
 dans les caves du Vatican
  
 t’imagines c’est un poème qui a fait une dépression nerveuse*
 il n’y a qu’un pessoïen pour trouver ça
  
 *o meu poema teve un esgotamento nervoso
 Daniel Jonas
  
 t’imagines sur une malle du grenier
 un chat-huant fumant la pipe de Magritte
  
 t’imagines c’est l’horloge qui tourne dans la tête
 tranchée par la grande aiguille
  
 t’imagine une voix d’outre-tombe qui déchire le papier
  
 t’imagines tantôt la vie tantôt la mort
 et au milieu coule un fleuve noir
  
 t’imagines des lettres minuscules qui magnétisent
 ton bas de casse
  
 t’imagines c’est pas rien c’est quoi alors ?
 t’as qu’à tout relire