28 RAISONS DE PLONGER corps et âme dans la vieille écriture automatique le choc de la plume qui va au hasard Balthasar au lapsus consenti à l’image gratuite 29 RAISONS D’ÉCRIRE SOUS LA DOUCHE des vers immortels qui nous touchent Sur le savon l’océan le tamarin la pleine lune de cette première nuit de printemps et les méduses 30 RAISONS D’ÊTRE À LA HAUTEUR pour humer l’air de Verbier ou l’algorithme d’un auteur absent de tout bouquet 31 RAISONS DE PROMENER sa petite Alice sur la Skyline de Manhattan avec les gratte-ciel en arrière-plan et le Williamsburg Bridge sous lequel Sonny Rollins soufflait toute la journée en 1960 comme un âne amoureux des bruits newyorkais
BONNES FEUILLES suivies de COCHON DE DIEU
Pour me distraire un peu Je mâche les bonnes feuilles Des revues poétiques Auxquelles je suis abonné Je tâche d’oublier La guerre infâme De l’inhumaine humanité 1 Cheval par-ci Titres accrocheurs par-là Et une kyrielle de noms d’auteurs Que je ne connais pas Kyrie éléêson « Seigneur prends-pitié » Me voilà ramené À ce cochon de Dieu Mort à Auschwitz Et achevé dans les villes martyres De Kharkov et de Marioupol 1 Albane Gellé

encres acryliques (40x50cm) à la recherche des gestes perdus
Dorio 19 mars 2022 Les Martigues
EN TEMPS DE GUERRE ÉCRIRE EN PAIX ?
Lire écrire en paix À l’écart des destins obscurs Sans défaillance sans remords Anna de Noailles Laisser trace d’une ivresse Pour ne pas sentir l’horrible fardeau du Temps Baudelaire Pour témoigner de ces instants précieux Rares courts éphémères insoucieux Ces droits infinis de protéger Et de bercer l’enfance de l’art De la mort qui mord Les civils suppliciés Par le Russe meurtrier Lire écrire en paix Comme au fond des ténèbres Ressentir ce chant funèbre Où l’Amour ne peut rien Contre la détresse De mourir en une guerre Absurde Injuste Barbare Insensée Martigues en Provence 19 mars 2022 Encre Acrylique 40x50 cm Dorio 18/03/2022

VISAGE N’EST PAS FIGURE
« Comme pour le mot visage qu’il substituait au mot figure et à qui il ajoutait un grand nombre de v, d’s, de g, qui semblaient tous exploser de sa main ouverte à ces moments. » Marcel Proust Je l’écris ce poème comme on plante des clous Pan pan pan pan Un pan de ce petit mur jaune Devant lequel Bergotte cane (en visitant Ver Meer) Je l’écris sans scrupule Au fil d’une plume obscure (ou mordorée j’hésite) Fractionnée en tout cas Devant ce monde imaginé Dont le personnage fait langage Lents gages (vous aviez compris) Qui semblent exploser De la main ouverte Sur les lettres et les sons (comme Bergotte-Proust l’écrit quelque part) Quelque part à présent Ce poème qui n’en est pas un Est fini N.I. N.I. Notre sagesse commence où celle de l’auteur finit, et nous voudrions qu’il nous donnât des réponses quand tout ce qu’il peut faire est de nous donner des désirs Marcel PROUST
APRÈS UN PREMIER SOMME
Ceux qui nous visitent pendant la nuit Ont des spores plein les mains Luce Guilbaud Décharge 193 Après un premier somme Bien des êtres me visitent Au milieu de la nuit Des êtres qui chuchotent Don Quichotte ou Panza Ou des hêtres communs (fagus sylvatica) Dont je mâche les faines Tel un cerf, un sanglier Ou un petit lérot Des êtres maintenant Qui généreusement Après m’avoir boulotté Rendent mon existence Plus légère Évaporée On ne peut bien décrire la vie des hommes, si on ne la fait baigner dans le sommeil où elle plonge et qui, nuit après nuit, la contourne comme une presqu’île est cernée par la mer. Marcel Proust
