Me moriré en Paris con aguacero
Un día del cual tengo ya el recuerdo 1
Cesar Vallejo
(16 mars 1892 Santiago de Chuco (Pérou)- 15 avril 1938 Paris)
Je mourrai moi aussi
Probablement pas à Paris
Ni par un jour d’orage
Je mourrai un dimanche
Comme celle que j’aimais
Qui claqua des dents en mai
Je mourrai sans barguigner
En prosant peut-être comme
À l’instant ces derniers vers
Le souffle court le nez pelé
En écoutant Cesar Vallejo
Me parler de ses souffrances
Quelqu’un dira mon nom
Marqué d’une pierre noire
Quelqu’un dira : sa page
Que tant de fois il fatigua
Est définitivement blanche
En témoignent les jours sans orages
Les vers que l’on écrit chaque jour
(même le dimanche)
La solitude Les chemins marqués
de cairns noirs et de pierres blanches
1 Je mourrai à Paris
Un jour d’orage
Dont déjà je me souviens
(ma traduction)
Martigues 09/03/2022
Je veux faire un sonnet pour me rasséréner
M’occuper, oublier l’affreux drame ukrainien,
Être sur cette page, ainsi qu’un arbre humain
Agitant mon feuillet d’étranges parrainages
Je veux offrir à Pan ces vers un peu tordus
Imaginant la flûte du petit Dieu cornu
Faisant danser les nymphes et les fées de nos jeunes âges
Quand Peace and Love hantait nos rêves californiens
Carpe diem disions-nous en riant comme des fous
Farfelus, innocents aux mains pleines d’audace
Vivant d’amour, passant la mort à l’as
Mai 68 bien sûr, la prise de parole sur nos murs inventifs.
Mais maintenant Rideau ! le sale dieu guerrier
Jette l’effroi tragique sur notre humanité
08/03/2022
Combien s’en sont allés de tous les cœurs vivants
Au séjour solitaire
Sans avoir bu le miel ni respiré le vent
Des matins de la terre
Anna de Noailles
Je vois la petite fille jouant à Marelle
Je vois le petit garçon qui donne des sardines aux chats traînant dans les rochersMais ce titre d’un journal
Donnant la liste des petites Alice
Et des petits Marcel
Étripés par les bombes russes
Non mille fois non
Je ne veux pas le voirJe relis des poèmes thématiques sur l’enfance
Où il est question de Nils Holgerson :Petites filles qui ressemblez étrangement
aux petits garçons blonds cheveux longs
qui vous accompagnent 1
J’emprunte à nouveau les pistes imaginaires
Des majuscules enlacées
Et des cœurs sur les chênes
Où l’on se promettait
De ne jamais mourirJe repense à l’enfant précoce de René-Guy Cadou
Qui ne disait rien sur l’amour
(pour ne pas mentir)Et à la petite Alice et au petit Marcel
(c’est plus fort que moi)
Je susurre cette complainte de plain-chantla nuit contre mon cou 2
Quand avec mon amour
Nous respirions de concert(encore une heure encore un jour)
1 Daniel Biga 2 Jean Cocteau
Pourquoi que je vis
Pour la jambe jaune
D’une femme blonde
Boris Vian
Pourquoi que je vis
Se demande Boris
Pourquoi que je meurs
Sous les bombes russes
Pourquoi que j’écris
Sur mon thésaurus
Des mots aux idées
Des maux de la guerre
Sans foi ni loi
De la boucherie
Pourquoi que je pleureSur l’écume des jours
et l’arrache-cœur
de faire ces vers
nécessaires et dérisoires
Ces quelques traces
Pour l’HistoirePourquoi que je vais
Cracher sur la tombe
Des poutinolâtres
Et de l’autocrate
Enterré vivant
Dans son bunker
Du Kremlin
Pourquoi que je vis
Pour l’amour d’la paix
L’amour de la vie
Les vers que l’on écrit en songeant aux batailles
Anna de Noailles
Pratique désuète Politesse des Dieux
Ceux qui dictaient les vers aux poèt’inspirés
Je poursuis la coutume, mi-farceur, mi-sérieux,
Faisant jouer les sens sur la guerre empirée.
Que pensent ces soldats, la horde destructrice,
Qui lâchement massacrent les cités de l’Ukraine ?
Et pourquoi montre-t-on l’image séductrice
D’un poutine toqué, détraqué, schizophrène ?
Le pire est à venir, entend-on écœurés,
Des enfants vont mourir sous la terreur des bombes
-Monsieur il était bon et doux comme un Jésus1
Je recopie Hugo, mes sanglots étouffés
Par la rage de ne pouvoir étrangler
Ce petit tsar de merde ordonnant le carnage.
1 Victor Hugo Les châtiments
06/032022