
LA DÉFINITION D’UN POÈME

Jean Jacques Dorio Un poème inédit par jour

VersionII
En regardant vers le pays de France Paix est trésor qu’on ne peut trop louer Je hais guerre point ne la doit priser Douce France que mon cœur doit aimer Charles d’Orléans - Et dans ton rêve tu cherchais quoi alors ? - « La Douce France » - Et ? - Et justement je ne savais ce que Douce France recouvrait - La chanson de Trénet peut-être ? - Non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire et il n’était pas question de la doctrine platonicienne de la réminiscence - La Douce France ne serait-ce pas alors le nom d’une ancienne amie jouant au clavecin les barricades mystérieuses ? - Belle hypothèse Et maintenant que tu l’évoques j’ai connu en effet une France Qui descendait de Paris après les événements de Mai 68 Pour aller filer la laine et les amours collectives Dans une communauté située en Ariège - En « Art-y-ai-je » où toi-même vécut enfant la liesse de la Libération - Antidote à la France Rance des discours pourris des années quarante…et d’aujourd’hui - Oui Charles d’Orléans le Prince poète avait déjà tout compris
-et dans ton rêve que cherchais-tu alors ? -…la Douce France - et ? - et justement je ne savais ce que le terme recouvrait… -la chanson de Trénet peut-être ? - non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire et nulle réminiscence platonicienne n’était à l’œuvre -ta Douce France n’était-ce pas le nom de cette claveciniste qui jouait à merveille les barricades mystérieuses 1 -belle hypothèse maintenant que tu l’évoques j’ai connu une douce France qui jouait de l’épinette et qui après les événements de Mai 68 descendit en Ariège pour vivre en communauté -en Art Y Ai-je gagné merveilles des chemins de traverses et d’errances (je me souviens c’était un de tes chants naguère) -oui un antidote à la France Rance des discours moisis de l’an quarante que des voix chevrotantes tentent de rétablir aujourd’hui En regardant vers le pays de France Paix est trésor qu’on ne peut trop louer Je hais guerre point ne la doit priser C’est Douce France que mon cœur doit aimer Charles d’Orléans
En définitive à quoi écrire sert-il sinon à vivre ? Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » - écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » - avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. Mais ici, la chose est dite. Jacqueline Bisset J’écris pour lever des lièvres lever le pied lever au cœur les expressions J’écris dans la discrétion le silence et l’effacement J’écris dans l’exubérance la profusion et l’effervescence J’écris résistant au vertige de l’écriture mais non à sa folie passagère J’écris le passage en attaché en cursive J’écris en courant sur la page dans la rumeur des vagues J’écris dans le mutisme des nuits la lumière des poètes de l’exil J’écris en lisant flux et reflux qui soulèvent mes livres de sable et d’écume J’écris à califourchon à dada sur la bicyclette grammée garnie de grelot 1 J’écris comme un cochon un apache ou un apparatchik (au choix) J’écris en voyant de ma fenêtre une portion de méditerranée J’écris je n’oublie pas entre Charybde et Scylla cette intensité de l’instant où ça passe ou ça casse (dit trivialement) J’écris puis je laisse reposer dans des carnets signés de noms qui n’apparaissent sur aucune carte d’identité 1 George Grosz (1893-1959)
Un couple de mésanges tressaute sur mes arbres mouillés Con alma dit le morceau de musique affiché