Mais ce violet qui s’avance au cœur du carré magique fait bouger le paysage où tombe une pierre noire « Les mots d’Alice » Jacqueline Saint-Jean Poète et géomètre à la proue En avançant en inventant au fur et à démesure la fabula impromptue ininterrompue. Et sans te retourner ! - Mais qui a-t-il dans cette barque ? - Monsieur Personne-de-l’Odyssée Déguisé en Alice. Et ma pauvre morte Qui chante à tue-tête Tititi titi tireli ! Autrement dit Poète et géomètre à la proue le révérend Dodgson invente pour les trois demoiselles du docteur Liddell une fable impromptue au fur et à démesure. Charles Lutwidge Dodgson alias Lewis Carroll Raconte son abracadabrantesque histoire Par-dessus son épaule. Alice Liddell faisant office de barreuse et d’Égérie. La suite à la prochaine fois Dit le révérend exténué Dans la fournaise de ce 4 juillet 1862 Ah ! Mais on est la prochaine fois ! Crient les chipies Il faut continuer Il faut imaginer Lewis Comme Ulysse l’Inventif Jusqu’à ce que les rêves de l’Enfance Reposent, lorsqu’ils ont pris fin Comme des guirlandes fanées.
MÉCHANTE LIMONADE
On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans Arthur Rimbaud Un café noir et un café noisette Au café de la Marine 8 place Saint Sulpice En imaginant un atelier de poésie avec son amie Josette Claude B. dessinant sur Une minute d’éternité un frontispice Une vieille indienne de la Goajira pleureuse de morts Clément Marot criant la mort n’y mord Un orvet de l’enfance appelé serpent de verre Cette liste naturellement à la Prévert Les couleuvres que sur les chaines de désinformation on avale Camille Saint-Saëns faisant danser ses animaux au Carnaval Un ballon de rouge un verre de blanc Monk jouant round midnight avec deux blancs On n’est pas sérieux quand on a sept fois dix ans Et qu’on écrit sur un blog Méchante limonade !

Pour JJ Dorio, écrire et vivre, "escrivivir" (Julien Rios), s'inscrit ici et maintenant, conjugue le dehors et le dedans, dans le bruissement des voix nourricières et "la lumière millénaire des poèmes qui nous regardent". Jacqueline Saint-Jean
BASHÔ REVISITÉ
SAISONS Le sanglier même Avec toutes choses est emporté Ouragan d’automne ! Bashô (Japon 1644-1694) Ouragan d’automne Le toit même de l’église Fut emporté Première neige Et que n’ai-je Du charbon à brûler Printemps des poètes Feuilles mortes Font pouet pouet Et cet été ? Ça a été Cigales en feu écrit sous le mistral de Martigues ce 22 octobre 2021
SOMMEIL
Ha ! Sommeil je t’entends, tu montres en ton silence Que la mort, non pas toi, me doit fermer les yeux. Etienne Durand (1586-1618) Sommeil est un pays où l’on s’enfonce sans coup férir C’est une succession d’images venue de souvenirs Où se mêlent les personnages de nos lectures Les fantômes de nos disparu.e.s Les fragments de notre vie réelle revisitée Sommeil est diaprure d’un roman de soi Que Mort effacera
TOUT EST BIEN QUI FINIT BIEN
En lisant j’oublie qui je suis
Les noms se détachent des choses qui m’entourent
Je suis une pirogue passant le fleuve Léthé
Je suis la mangue sauvage qui me laisse les fils du texte entre les dents
Je suis le mur de cactus candélabres de la Haute Goajira
sur le chemin des Indiens morts*
Et le soldat Parolles
Qui entre dans le jeu du grand mensonge
Tout est bien qui finit bien**
** Shakespeare
* Michel Perrin