J’ÉCRIS POUR VOIR LES YEUX FERMÉS

Jécris pour toi pour voir ce que tu vois les yeux fermés pour toi qui désormais ny voit plus que du bleu

Jécris pour nos aïeux, les tiens, forgerons et soudeurs du chantier naval, les miens, maniant laraire puis la charrue brabant

Jécris pour nos filles, enseignantes émérites et pour nos deux petits-enfants, une fille, un garçon, quhélas -cent fois hélas- tu nas pas eu lheur de voir naître

Jécris pour la maison adossée à la colline ici notre fière bastide qui regarde la passe maritime là-bas où tu naquis et la maison de Maxime la bleue elle aussi que tant de fois nous chantâmes ravis

Jécris pour la nuit la plus fidèle des compagnes qui me donne les braises de mots qui colorent mes pages et me tiennent éveillé

Jécris non pour « être ou ne pas être »,, mais pour « traversant les voies périlleuses » 1 peindre, comme Montaigne, le passage

1 Jean Bouchet (1476-1557)

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AMOUR AMOR

Je ne sais pas ce que tu sais
Tu sais je n’ai pas oublié
Les mots doux que tu me disais
La mort n’est rien la vie est tout

Tu ne sais plus ce que je sais
Cinq ans déjà que se sont éteintes
Les lumières de tes pensées
Les saveurs d’exister

La joie de nous entendre
Chanter cette rengaine
Sur le sable et la mer
Toujours recommencée

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Je poste mon poème du jour à 3h35. Il s’intitule Amor. C’est une entrée de mon livre qui vient de paraître « un dictionnaire à part moi « . A 3h36, la fenêtre de mon blog m’informe de mon premier lecteur : il vit au Cameroun !

SAVOIR SAGESSE SAVEUR : SAPIENTIA

SAPENTIA

C’est, naturellement, le meilleur rappel de Roland Barthes. Les derniers mots prononcés le 7 janvier 1977, pour sa « leçon inaugurale de la chaire de Sémiologie littéraire du Collège de France ». C’était un vendredi, je buvais ses paroles comme un extravagant, seul dans ma pièce mythique d’Ancizan, (Hautes Pyrénées), cheminée immense surélevée en briques rouges et petite fenêtre ornée du XVIe siècle, donnant sur la place où passaient les vaches de mon voisin, déposant souvent au-devant de ma porte leurs bouses sacrées. Je me souviens que, pendant que j’écoutais et enregistrais le grain de voix du « maître sémiologue », il neigeotait au dehors. Mais j’étais pris par une sorte d’ivresse baudelairienne. « Cette expérience a, je crois, un nom illustre et démodé, que j’oserai prendre ici sans complexe, au carrefour même de son étymologie : Sapientia : nul pouvoir, un peu de savoir, un peu de sagesse, et le plus de saveur possible » (Roland Barthes, Leçon).

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À L’AIRE



À l’aire il y avait la cabane des poules
et la batteuse venait une fois l’an.

Le grain coulait : le blé l’avoine,
qu’on appelait la pommelle.

Mon père le soupesait le faisait rouler
dans la paume de ses mains.

Et puis les hommes l’ensachaient,
sac après sac, et le portaient
sur leur épaule et leur dos au grenier.

À l’aire où erre l’imagination 
de ce fils qui a vu mourir
les derniers des paysans.

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Une voix lit ce poème qui appartient au livre ci-dessus Lisez la quatrième de couverture ces premières entrées les avis de ses 8 premiers lecteurs et si vous êtes attiré comme eux commandez-le chez votre libraire ou sur le net Mille Mercis JJ Dorio

PHÉNIX

En procédant à l’impossible rangement des livres de mes bibliothèques, j’ai effacé tous les noms d’auteurs. Des voix anonymes s’élèvent du papier, images de l’évidence poétique ou paroles qui peu à peu s’éteignent.

À la fin, ma librairie est réduite à une planche branlante de cerisier.

Le peu de livres réunis ont retrouvé un auteur unique refusant de mourir ;

Oiseau des vents, pierre vive, arbre enchanté, métaphores vives embrasant Phénix.

Jean Jacques Dorio <doriojeanjacques@gmail.com>)

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