UN BATEAU DANS LA PASSE

premier jet




six septembre





un bateau quitte son quai de chargement suivi par un petit remorqueur qui le guide pour franchir la passe et gagner la mer

très lentement si lentement qu’on dirait qu’il est arrêté

je l’observe à tribord puis de dos puis à bâbord puisqu’il s’apprête à virer à l’est vers Phocée

j’aperçois alors un second remorqueur qui est devant lui

le navire passe maintenant devant le fort de Bouc qui résista en 1536 à l’attaque du condottiere, amiral de Gênes, Andréa Doria

Dorio, Doria, on ne se refait pas

voilà, la manœuvre est terminée le chimiquier qui a lâché ses deux petits guides remorqueurs qui rentrent de concert au port leur tâche terminée, actionne sa sirène





fip jazz

Rider Léon Thomas

Du blues du pur Baby !

CE QUE N’EST PAS UN POÈTE





Un poète n’est pas un fakir écrivant sur sa planche à clous                                                              

Un poète n’est pas un milord, juste un esquire.

Un poète n’est pas un moineau qui picore ses grains de mots.

Un poète n’est pas un moinillon ensaché dans sa robe sacrée.

Un poète n’est pas un papillon qui rêve de Tchouang Tseu.

Un poète n’est pas ce doux violent producteur d’oxymores.

Un poète n’est pas un clodo fût-il céleste ou alcoolo.

Un poète n’est pas la fille de Minos et de Pasiphaé.

Un poète n’est pas un ver luisant sous de vastes portiques.

Un poète n’est pas un porteur de lentes ou de tiques.

Un poète n’est pas une figure absente de tout paysage.

Un poète n’est ni saint, ni démon, ni sage.

Un poète n’est pas cette momie que l’on défait mille ans après de ses bandelettes.

Un poète n’est pas…





Cette liste sans fin ne s’achève pas ici, on s’en doute,

 elle nous a été donnée par une dame Taupe

qui en creusant une de ses galeries

l’avait trouvée soigneusement enroulée

comme les peintres font de leurs œuvres

à ne montrer que longtemps après leur disparition

C’EST PAS VRAI !





cinq septembre





assis sur la colline en sortant du petit bois de pin

en y passant j’ai encore entendu 2 ou 3 cigales

avant la bise soit venue





je feuillette le catalogue du Vistemboir

dont j’ai rencontré l’éditrice hier à Aix en Provence

outre la qualité et l’originalité de ses publications

nous avons bavardé comme de vieux amis

qui ignoraient qu’ils étaient nés le même jour de mars

(mais elle 2 ans après)

et qu’ils avaient habité sans le savoir l’un en face de l’autre à Paris

rue de Vaugirard en Mai 68 (plutôt en juin juillet)





c’est un dimanche scintillant avec une voile blanche égarée

entre les pétroliers

et un petit bateau à moteur qui traverse la rade

en faisant les mêmes panaches que les avions du soir

partant pour l’Afrique





You don’t say

Melba Lison exceptionnelle tromboniste côté femme

C’est pas vrai !

premier jet

ENVELOPPÉ DE BLEU





quatre septembre





enveloppé de bleu

mer et ciel confondus

j’écris soleil se levant dans mon dos

mon stylo à pointe fine projette sur la page

comme une ombre chinoise

le petit train longeant la côte bleue passe là-bas

direction Miramas

(il glisse tel un requin)

Bali bronze

musique de percussions métalliques

accompagnée d’une flûte à bec d’azur

(décidément)

manuscrit premier jet

ASSIS SUR LA COLLINE

manuscrit premier jet




trois septembre

assis sur la colline à la sortie du bois de pin

une pincée de soleil après la petite pluie

 mer aperçue à l’horizon comme un toit d’ardoise

entre deux branches de pin

peintes (on dirait) par Cézanne ou Zao Wou-Ki

un hélico passe en direction de la Camargue

(mémoire : souvenir en creux

ai-je lu quelque part)

Settimana Romana*

(un titre dont l’ensemble musical qui le jouait

s’est effacé de ma tablette)

*Ramon Fossati Sextet