ENVELOPPÉ DE BLEU





quatre septembre





enveloppé de bleu

mer et ciel confondus

j’écris soleil se levant dans mon dos

mon stylo à pointe fine projette sur la page

comme une ombre chinoise

le petit train longeant la côte bleue passe là-bas

direction Miramas

(il glisse tel un requin)

Bali bronze

musique de percussions métalliques

accompagnée d’une flûte à bec d’azur

(décidément)

manuscrit premier jet

SONNET D’ULYSSE RÉCITANT LES REGRETS

heureux qui comme Ulysse récite les Regrets




Entremêlant les épines aux fleurs

Pour ne fâcher le monde de mes pleurs

J’apprête ici le plus souvent à rire

Joachim Du Bellay





En achetant je ne sais quel roman de gare

Vous prenez le train à Nogent le Rotrou

C’est un dimanche à la campagne

Un jour d’automne où le temps est doux





Les champs un château des horizons reflétés

dans votre vitre Vous touchent naïvement

Vous avez en tête des poésies

Venues de la petite école





Odes et ballades que vous écriviez à la plume sergent major

Avec des rimes et un rythme que vous dissimulez

aux voyageurs voisins absorbés dans leurs smartphones





Murmurant en secret vos fredaines

Heureux qui comme Ulysse

Récite Les Regrets.


	

TRAIN TRAIN DE NUIT

manuscrit tout chaud ma poétique est-ce du toc ?




TRAIN-TRAIN DE NUIT





toctoc toctoc

est-ce du toc ?

ou bien le rythme

d’un train de nuit





je tiens la rime

que brise le soc

d’une charrue

qui va et vient

sur cette page





plage de nuit

pour conjurer

mes insomnies





tictic trip tique

et se dérobe





ma poétique

comme dit l’Autre

ce n’est pas « Je »





est-ce du jeu ?





29/09/2020

4h24

FEUILLETON





Tu as pris des trains d’exception

celui de Cuzco destination Macchu Picchu

le train des indiens et des hippies

l’été 1970





Tu te souviens dans le compartiment

qu’au cours des discussions sans fin

une fille parlant de son compagnon

te dit :

si le das pelota

si tu le relances

vous allez y passer la nuit





À l’époque toi aussi tu attirais l’œil

poncho barbe et cheveux longs

et béret noir

comme celui du père Dorio





Tu pourrais aussi bien tout inventer

et même t’inventer un nom

pour un roman

que tu n’as jamais été capable

d’écrire





Et maintenant qu’est-ce qui va se passer

demande le narrateur au lecteur

inversant le jeu de rôles





Et dis-moi au fait

tu pourrais y mettre

un peu de toi

Imaginer une suite

qui prend au mot et à revers

cette boutade d’un penseur

qui n’aimait pas

l’innocence la verdeur

la fantaisie romanesques





Lors la marquise du Flore descendrait

du train de Macchu Picchu

à cinq heures du soir





Elle aurait troqué le mal des hautes montagnes

contre une malle de colifichets

et de falbalas

portée à dos d’homme

par son factotum

son fidèle Zénon d’Élée

m’as-tu-percé-de-cette flèche-ailée

qui-vibre-vole-et qui ne vole pas





Suite au prochain numéro

pourrait-on lire sur le journal du soir

après la double page

 consacrée au feuilleton                 









citation Le cimetière marin

Paul Valéry