LES RÊVES ET L’ÉTERNITÉ





Les rêves mesurent mon éternité
Toujours sur le départ

Rêves sueños dreams
Révolutions logiques

Les rêves lèvres des rêveries
Sur des livres exhibant
Des portraits de Nadar

Les rêves usés de l'analyste
Et des porteurs de valises

Les rêves de pavanes
pour l'infante défunte

Les rêves de Peau d'Âne
Du conte à la magie du ciné

Les rêves en filigrane
Sur le grain du papier

Les rêves pour conclure
Ce pacte avec l'éternité


DICTIONNAIRE MA BABEL





Dictionnaire ma Babel
Ponge tournait et retournait
en tout sens
son Littré
Moi c'est Robert
alias Alain Rey

Dictionnaire agité
Telle l'argile du potier
Qu'il nous faut bien malaxer
Afin de la désaérer

Dictionnaire me voilà
Écumant tes signes émigrants
Épuçant une page manuscrite
de l'oncle Gustave (Flaubert)
à l'état brut, 
Écrite, disait-il, comme un ornement de marquèterie

Dictionnaire mon algèbre
Réduisant les fractures de la langue
Mon dico rebouteux, 
Boute en train qui me traîne,
me trouble et m'incarne,
Me fait subir, article après article,
ses coups de marteau spirituel

Dictionnaire labyrinthe
Impasses et fausses pistes
Chemins qui bifurquent
Où l'on exerce ses yeux fertiles
Tâchant toujours d'y persévérer




LE CRISSEMENT DE LA CRAIE





En lisant, en écrivant    Julien Gracq
Comment lire et témoigner si ce n'est de sa propre présence,
de l'instant que l'on oppose à ce livre esseulé, muet, 
qu'il faudra faire parler.
Jean-Marie Corbusier Témoigner 
 Le Journal des Poètes (dernière livraison)

Le crissement de la craie et la petite éponge pour effacer les résultats
sur cette ardoise qui, dans une autre configuration, devient cette page reverdyenne,
sur laquelle chaque élève de la classe de poésie écrit un poème

Fleuve des souvenirs et des figures littéraires
Des écoliers en blouses grises ou roses pour les jeunes filles en fleurs

Tout un programme d'écriture en construction
Où passent les fantômes de la poésie toujours vive,
Francis Ponge, Pierre Reverdy,
et Marcel Proust, poète de la prose

Je parle d'une voix empruntée à cette communauté
Qui me relie à ce qu'il y a de meilleur en moi,
le soi-même comme un autre, 
lecteur reprenant ses lectures effervescentes...
en les écrivant et les récrivant,
sans compter et sans cesse


QUE SE PASSE-T-IL QUAND ON RÉFLÉCHIT À LA POÉSIE ?





Que se passe-t-il quand on réfléchit à la poésie?
Celle qu'on lit - au lit chaque nuit -
Celle que l'on écrit - en la lisant -
Depuis belle lurette ( me souffle un joyeux luron)

La poésie ? Vous voulez rire !
Disons plutôt la lecture et l'écriture
D'un petit bout de texte que l'on appelle
un poème - verticalement c'est la forme que je préfère -

Mais on peut aussi inspiré par les petits poèmes en prose
proser à l'horizontale son rameau poétique
Depuis le début - la fatale première ligne-
Il s'en est passé des choses et des pensées
Ne trouvez-vous pas ? Ne trouves-tu pas
lecteur qui est aussi ma lectrice (et vice versa)



LIRE CE N’EST PAS RIEN





Lire ce n’est pas rien

Relever, en douce, ce que d’autres ont écrit,

mots, phrases ou vers,

qui soudain résonnent étrangement

et fortement en nous :





témoin ce mammifère égaré

dans la prairie des syllogismes

et le pâturage des contradictions





témoin ce corps de songes provoqués par

un air très vieux languissant et funèbre





Lectures pour moi seul

Confrontation avec cette manière

Dont la poésie s’accomplit

Sous la forme d’un poème

Une musique qui me possède

et m’entraîne cette nuit

(et cette nuit seule)

dans un château des siècles passés

où une dame, blonde aux yeux noirs,

sublime, apparaît





Car elle m’apparaît

au-delà de la page

cette femme que j’ai fréquentée

dans une autre existence

et dont je me souviens





avec par ordre de citations R Queneau P. Verlaine et G. de Nerval