JE NE TROUVE PAS JE CHERCHE





Je ne trouve pas je cherche

Inversant la formule de Picasso

Qui parfois croyait rivaliser

Avec l’autre Artisan

Qui fit le monde en six jours

Et le septième mit ses pinceaux

à sécher





Je ne trouve pas j’essaie

De gloses en entregloses

Dans les pas de Montaigne le Chatoyant

Cherchant cette éjouissance

Dont le travail et le plaisir

si dissemblables qu’ils apparaissent

s’associent pourtant de je ne sais quelle jointure naturelle





Je ne trouve pas je cherche

Dans la limite de cet humain langage

De ses accrocs et pièces déchirées

Que j’essaie tant que vivray

De recoudre et de rapiécer

un essai : pièce première écrite à sa main avant rapiéçage sur le clavier
je ne trouve pas je cherche mise en voix

FEMMES ENCERCLÉS PAR LE VOL D’UN OISEAU





Femmes encerclées par le vol d’un oiseau

Un décasyllabe comme un œil

Entouré d’amours jaunes et de focs

De grands cercles noirs sur lesquels

Tapent comme des sourds des shamans

De faucilles faucillant les étoiles à 5 branches

Et de vieux catalans coiffés du bonnet rouge

Qui dansent la sardane en mangeant des sardines

Avec leurs femmes en cercle entourant des oiseaux

Des cerfs-volants qui de mémoire ont l’exacte dimension

de chacune des 23 toiles soit 46×38 centimètres

que Miró baptisa Constellations

Avec un chien aboyant à la lune sur des vitraux brisés

Par les derniers bombardements des terribles stukas

Brisés et irisés par la seule harmonie

propre à prendre date pour l’après-guerre

les Constellations d’un Monde Autre

celui de la Recherche des couleurs de nos rêves

de paix et de fraternité

Constellation Miró 1941 gouache et peinture à l’essence sur papier

OU BIEN 

FEMMES ENCERCLEES

FEMMES ENCERCLÉES PAR LE VOL D’UN OISEAU
Le vol d’un oiseau qui monte d’un livre ivre d’éternité
Éternité des chants canciones cantates et cantilènes
Cantilènes des rois des reines et des voiles lointaines
Voiles lointaines encerclant les vergers insulaires et les chemins insolites des Constellations
Constellations normandes conçues à Varengeville et roulant d’archipels en archipiélagos jusqu’à la catedral de Mayorca
La cathédrale de Majorque désormais couronnée par les mains de Miró
Les mains de Miró et le choeur de ces
femmes encerclées par le vol d’un oiseau





Miro, Constellation 16
Femmes encerclées par le vol d’un oiseau

UNE PROSE SUR LE DÉPART





Pas un jour sans poème que je poste la nuit

Mais cette fois c’est une prose sur le départ.





C’est une prose sur le départ et son enfant hésite,

il voudrait bien la remplacer par un saxophone

ou par un coup de théâtre, comme au cinéma.





C’est une prose sur les marges d’un exemplaire abandonné

aux flots des Voix-Autres, à contre-courant des livres primés.





C’est une prose de l’U topie, de l’A topos, du papillon

qui rêve sur les fleurs de l’amandier, de la Voie

qui ne doit pas se dire sous peine de disparition.





C’est une prose de chenapan, de mots taillés dans les haillons

d’argent et sotz folha d’albespi :« sous le feuillage de l’aubépine. »





C’est une prose à petits pas, à petits feux, d’un amoureux

sur le papier et dans la voix de l’aurore.





C’est une prose de lèvres rouges et du sang des innocents,

d’une femme brûlée par les rayons d’la mort.





C’est une prose inachevée qui passe et qui prend feu

après beaucoup d’années de miscellanées…





prosa sotz folha d’albespi

SOUFFLES

Du premier au dernier

                Une voix puis une autre

                Une page des Essais

                Le souffle de Johnny Hodges

Jouant Day Dream d’Ellington

Une manière de respirer

Un chant d’espoir désespéré

Une parole de chamane

volée au Esprits du Monde-Autre

Un souffle à la recherche

du poème perdu

et retrouvé

Comme interpolé dans l’hiver

Comme Nénuphar maudit

dans la poitrine de Chloé





Un souffle ténu fragile

prêt à nous quitter

Mais celui avec lequel on s’ingénie

à écrire

et à souffler





INSTANTANÉS





un chat errant qui gratte son oreille adossé à la grille bleue de la terrasse

un papillon blanc qui volette autour des derniers pétales de l'amandier

le vent qui remue le mimosa éteint et l'olivier gracieux

et sur ma table les pages d'un journal en ligne que je viens d'imprimer :

il n'y a jamais eu de système aussi démocratique que la Commune


16/03/2021  11h24