RITUELS D’ÉCRITURE BALISES D’UNE VIE





Rituels d’écriture qui balisent une vie

Des hauts des bas des bas des hauts

Des baobabs de palabres

Baroques ou banales





Traceurs balises

Gare aux mouchards

Mais non aux cormorans qui s’y perchent





Les textes sont des amers qui nous tendent leurs perches

Leurs dazibaos libérant la parole de Mai 68

Ou les appels aux meurtres sous Mao





Rituels d’écriture des bâtons et des lettres

Que l’on bat l’on abat

Sur le tapis vert

En laissant bien des blancs





Comme dans une partition sur le Silence

De John Cage





Ou bien lançant un nouveau coup de dés

Dans un tourbillon d’hilarité





Italiques Stéphane Mallarmé

QUI EST LÀ ?





– Qui est là ?

– En effet, je me le demande.

– Est-ce un inconnu ?

– Ça m’en a tout l’air.

– Est-ce une image de toi-même ?

– Ta question me laisse interdit.

– Est-ce un acteur de comédie ?

– Une personne qui apparaît

sur les feuilles d’un livret

dans la coulisse.

– A-t-elle un nom ?

– Elle en a mille.

– Un dernier mot ?

– Je l’ai oublié.





DIALOGUES INTÉRIEURS XIII

DU NYANYA DE LACAN AU NYAPROU DE MA MAMAN





Je me souviens du nyanya de Jacques Lacan qui ajoutait un brin pervers

C’est pour que rapport nyait pas





Je me souviens de la cantatrice chauve d’Eugène Ionesco

Celle qui selon Mme Smith se coiffe toujours de la même façon





Je me souviens de l’incipit le plus répété de la littérature française

ouvrant Du côté de chez Swann

et que ce farceur de Perec

transforma en

Durant un grand laps on m’alita tôt

(lipogramme en « e »)





Je me souviens du sonnet de Georges Fourest

Un travertissement burlesque du Cid de Pierre Corneille

Impassible et hautain drapé dans sa capa

Rodrigue-As-Tu-Du-Cœur

Suscita ce vers inoubliable de la plaintive Chimène

Qu’il est joli l’assassin de Papa !





Je me souviens que certains membres de l’Oulipo

L’Ouvroir de Littérature Potentielle

sont excusés au début de chaque réunion

pour cause de décès





Je me souviens du Pantoum négligé

de Paul Verlaine

Trois petits pâtés ma chemise brûle

Ma cousine est blonde elle a nom Ursule

Et par ricochet je me souviens de

Ô U Ô U

Ô Ursule

Pour toi d’amour

Mon cœur brûle





Je me souviens de Certains l’aiment chaud

et de la chute du film

Nobody’s perfect !

Conclusion d’une blague de scène de ménage

La femme : Tu es un parfait idiot !

Le mari : Personne n’est parfait !





Je me souviens du nyanya de Lacan

et du nyaprou de ma maman 

cette expression issue de l’Occitan

et qui signifie

Ça suffit !


	

ET TON CLOWN COMMENT QUI VA ?





– Et ton clown comment qui va ?

– Il a attrapé le Covid, il est flagala.

– Ah ! si mauvais ça pour les galas !

– Mauvais tri mauvais, Reusement les galas sont interdits.

– Comment ça interdits ?

– Frappés d’interdiction.

– Et en attendant tu l’as mis où l’Auguste ?

– Pendu au clou ! Comme le hareng saur.

– ?

– On t’a pas appris à l’école ?

– ?

– Le hareng saur de Charles Cros, voyons !

Qui se balance au bout d’une ficelle,

Devant un grand mur blanc.

– Non c’était pas dans la liste de mes récitations.

– Tiens ton ignorance m’a donné l’idée de mon prochain spectacle.

Pour son entrée mon clown montera à l’échelle et toc toc toc

Et au bout de sa ficelle on verra se balancer

Une bouteille de Corona.





Dialogues intérieurs XII

CRIS ÉCRITS COUR DE RÉCRÉ





– Quels sont tes cris préférés ?

– Les cris d’enfants dans une cour de récré.

– Et les premiers cris qui t’ont secoué ?

– Le cochon qu’on égorge sur la maie.

– Quel est ton mois préféré ?

– Le mois de Mai 68, le vrai que j’ai vécu

et ceux que je revisite chaque année.

– Et ton mois détesté ?

– Mai pour le 25 de l’an 2014

Dont je ne sais pas faire mon deuil.

– Quelle est l’expression que tu préfères ?

– Je sais bien…mais quand même.

– Que cherches-tu en écrivant un poème ?

– À l’écrire…lancé par un débit sans fin.

À sortir des cris, des mois, des saisons et de moi,

À me disperser tout en faisant jouer

les ondes de choc des mots

sur les choses, sans rien perdre du cœur

qui bat sur la page de la géographie mentale,

et du passage de la lumière

sur une cour de récré pleine de cris d’enfants…









Dialogues intérieurs XI