EMPLOI DU TEMPS





EMPLOI DU TEMPS, temps mort, temps perdu, temps retrouvé, ô temps suspens

ton vol, temps élastique, temps employé à ne rien faire, à faire l’enfant, à croquer

le marmot, danser le tango, tant va la cruche à l’eau, allo allo quelle nouvelle ?

lis donc Le Temps, le journal de Genève, le temps banquier, le temps banquette,

le temps boit l’eau de la fontaine, devant laquelle le poète Marot concourt, mourant

de soif, le temps court, le temps long, cours cours camarade, le vieux monde est

derrière toi, le temps sur la mer, toit tranquille, le temps des colombes de la paix,

le temps des assassins de la poésie, le temps des patatipatalis et des patatatipatalas,

le temps d’un alexandrin : si je parle du temps, c’est qu’il n’est déjà plus, il est temps

de boucler, cet exercice, ce laps où je n’ai pas vu le temps passer.





italiques : Lamartine, Queneau.


	

ÇA MAIS





ÇA MAIS. Un début comme ça mérite le bâton.

Mais la feuille de papier, comme dirait l’autre, elle s’en fiche.

Ça alors. Ce peut être renversant, l’écriture. Et en même temps, ça doit tenir la page,

et si possible faire dans la dentelle.

Un cochon d’écrivain, qui eut un grand succès, distinguait (il se vantait peut-être),

la batiste de la valenciennes, la valenciennes du bruges, le bruges de l’alençon.

Allons donc. Allons à London, dans la demi-brume; allons longuement, dire la poésie,

dans ses grandes marges blanches, allons à la ligne, pour faire une pause.





ça mais

	

LECTURE MUETTE OU CHANTÉE









Lecture muette et solitaire

Demande lecteurs (é)mus et solidaires

En état légèrement d’hypnose





Ainsi lisant j’ai chevauché

Ces presque vers scindés en trois

Qui vont me conduire jusqu’en bas





de la page veux-je dire

Art des vers semblable selon Malherbe

à celui du jeu de quille





« Alors tu la tires ou tu la pointes ? »

Alors tu les chantes

Ou tu les lis muets « dans ta tête »





Ainsi lisant et écrivant

J’ai pris le vent j’ai pris la houle

Loin des poètes et de la foule





lecture vocale

CE SERA UN ONZAIN





Ce sera un onzain

Une fois une seule

Ce sera un zinzin

Qui fait tenir la nuit

Non une forme vide

Illusoire ou putride

Mais métaphore vive

Qui fait tenir le monde

La fleur inverse

D’un troubadour passeur

De rimes et d’amour zen





un onzain dit « une fois une seule »




chanson zen

RIMAILLERIES





Rimailleries

Rimaille rit

Se moque

Du pauvre

Rimeur

Rameur

Dépourvu

De rames

et de barques

Où Amour

Naguère

Pépillait





Rimailleries

Rimes ailleurs

D’un rimailleur

֤Égaré

Qui a vu

Mourir

Le corps et

l’âme subtile

De celle

Qu’il aimait





Rimailles

Mitrailles

Hasards

Des rimes

De rencontre

Dans le mol lit

Où doux sommeil

Nous fuit

Ou bien prolonge

Nos songes





Rimant

Ces rimes

dépensées

Faisant naître

des pensées

nouvelles





Ô ris Ô pleurs

Ô soif

Auprès de la fontaine

de Poésie

Qui nous abreuve

d’amours lointaines

et de vraie vie

une voix sans personne lit « Rimailleries« 
13/10/2020 17h00




12/10/2020