ÉCRIRE au présent d’une nostalgie où l’évidence à l’oxymore s’allie





En définitive à quoi écrire sert-il, sinon à vivre ? Toutes les pénibles élucubrations sur « écrire et vivre » – écrire comme renoncement à la vie – sur « la chambre aux murs de liège » – avec attendrissement. « Il n’a pas vécu le pauvre » – ne sont que pitoyables défenses d’envieux, de toute façon sans importance. Mais ici, la chose est dite. C’est elle qu’il faut comprendre et suivre. Jacqueline Bisset 





Et quand personne ne me lira, ai-je perdu mon temps de m’être entretenu tant d’heures oisives à pensées si utiles et agréables ? Je n’ai pas plus fait mon livre que mon livre m’a fait, livre consubstantiel à son auteur, d’une occupation propre, membre de ma vie ; non d’une occupation en fin tierce et étrangère comme tous autres livres. Car ceux qui se repassent par fantaisie seulement et par langue quelque heure, ne s’examinent pas si attentivement, ni ne se pénètrent, comme celui qui fait son étude, son ouvrage et son métier, qui s’engage à un registre de durée, de toute sa foi, de toute sa force. Montaigne 





Écrire c’est mon dada c’est dire Non au sang versé dans le tonneau des dadadas des nananas des Danaïdes durant la grande boucherie de 14-18 Écrire c’est ma crise de vers cette exquise crise qui a débuté à la mort de celui qui fut poète, dramaturge, écrivain, romancier, graphiste projetant ses encres fantastiques, proscrit…et député : il était le vers personnellement, il confisqua chez qui pense, discourt ou narre, presque le droit à s’énoncer (On dirait du Lacan c’est du Mallarmé) Écrire c’est la recherche de l’imprévisible de ce que je n’aurais jamais été capable de formuler si je ne m’étais pas attelé jour après jour (surtout la nuit) à faire mes pages d’écriture Écrire c’est la découverte à l’instant de ce que la justice est une orfraie : elle finira bien par s’étrangler au tournant. (Queneau) Écrire c’est tousser en disant « tout sait » : la pierre, l’air, le feu, la mer, la nue, le petit val, la tête nue Écrire c’est tisser à la main, au métier, son cocon, sa petite pièce, son texte sur papier quadrillé, son journal, son vers, l’écrit et les cris d’une orchestration qui reste verbale (encore Mallarmé) Écrire c’est, qui sait ?, affronter l’animal, le feu follet, le feu Follain C’est écrire sur les murs défense de ne pas rêver C’est écrire à la craie sur l’ardoise pour demander à son institutrice préférée,  le chemin qui mène à la félicité Écrire c’est par amour cesser d’écrire pour cueillir un bouquet à sa belle en souffrance lui inventer chansons d’amour amor que nos transfigura Écrire toujours encor, dans la vacance d’une écriture, au présent d’une nostalgie où l’évidence à l’oxymore s’allie Écrire au propre le pastiche de Mio Cid, monologue intérieur de Chimène murmurant ce vers d’anthologie qu’il est joli garçon, l’assassin de papa (Georges Fourest) Écrire étymologiquement gratter, inciser sur sa tablette d’argile, utiliser son stylet, scribere, libérer cette main qui écrit à l’ancienne en trempant sa plume dans l’œil  noir que nous fait l’encrier Écrire : tremper et retremper dans son bain révélateur les pages manuscrites de messieurs Proust et Flaubert et de mesdames de Staël (Germaine) et Colette (Sidonie) Écrire ? je vous demande un peu, un peu d’écoles littéraires prétendant l’une après l’autre de se libérer de la précédente, lyrisme, antilyrisme, réalisme, surréalisme, s’allumant (ironie des –ismes) de reflets réciproques, traînées de poudre qui font long feu Écrire, oui, en lettres noires de feu sur la plaque de la cheminée libérée des cendres de la veille J’aimerais mieux manquer une leçon de philosophie que mon feu du matin (Bachelard) Écrire et laisser dire, laisser crier et rire les jaloux d’une pratique éphémère et fragile, mais la seule qui nous met en capacité de préparer nos partitions visuelles ouvrant la main à l’écriture qui libère nos coups de dés 

CHANSONS DU SOIR 3 la mouette

jj dorio paroles et musique (enregistrement brut 13/06/2021 19h45)
cd chansons de quatre sous 2018

Si j'étais une mouette Je volerais dans le bleu
J'irais de Martigues à Sète Un voyage fabuleux
Si j'étais un p'tit lézard Je serais un baladin
Qui écouterait Mozart Sous les pierres du jardin

Mais je ne suis qu'un enfant Avec mon corps d'écolier
Qui rêve de temps en temps De partir de s'en aller

Si j'étais un poisson chat Dans mes océans bleuis
J'aurais un' vie de pacha Les yeux toujours éblouis
Si j'étais cet oiseau lyre Du poème de Prévert
Je sortirais du pupitre Ma musique de trouvère

Et je serais cet enfant Avec mes ail's d'écolier
Qui s'en irait dans le vent Pour partir pour s'envoler








RAMES DE PAPIER DANS LE MÉTRO DU CŒUR





J’ai encore quelques rames de papier

Rames de papier dans le métro du cœur

Le métro du cœur où j’use mes souliers

J’use mes souliers et je compte mes pieds

Je compte mes pieds sur l’bon ou l’mal heur

Le bon ou l’mal heur C’est le pied ou le guêpier

Le pied ou le guêpier mon enfant ma sœur

Mon enfant ma sœur je t’invite au voyage

Je t’invite au voyage de la cave au grenier

De la cave au grenier de la Kabbale au Zohar





Kabbale au Zohar Esprits des voix inaudibles

Voix inaudibles au profane mais non à l’érudit

Non à l’érudit qui ne sait que faire de Dieu

Dieu aussi absent que le métro pour Zazie

Le métro pour Zazie les rames pour Mézigue

Mézigue Bibi Ma Pomme C’est Moi quoi

Moi quoi qu’a pondu ce texte pas possible


	

CHANSONS DU SOIR 2 la timide

voix paroles et musique JJ Dorio
accompagnement piano Léo Cotten




Écoutez la chanson timide

De vers anciens

Elle est discrète et très fragile

Un petit rien





Écoutez la chanson secrète

Des vers sans rimes

Elle est cachée Une bluette

Dans la nature





Écoutez la chanson mezzo

Sans vers ni iambes

Ma no troppo elle est baroque

Viole de gambe





Écoutez le couplet qui fuit

Ce court instant

Et que Chansons vous accompagnent

In aeternam