Os antiguos invocavam as Musas Nós invocamo-nos a nós mesmos. Alvaro de Campos alias Fernando Pessoa Les Anciens invoquaient les Muses Nous, c’est nous-mêmes que nous invoquons. de la vie de la mort de l’esprit et du corps naissance d’un poème de Rimbaud ma Bohème un pied près de mon cœur de Baudelaire aimer à loisir au pays qui n’existe que sur la page de l’Invitation au voyage Aimer et mourir Subsumer notre mort Dans la maison où souffle L’Éthique d’un poème : les mots pour le dire le sujet et ses hétéronymes le monde qui s’imagine
LE POÈME RATÉ
Rafles et rafales Pour amarrer Ce poème flottant Qui succombe Au chant des Sirènes On ne s’habitue pas Au goutte à goutte Des grains de voix À la couleur du sable Des marées noires À la portée des notes Que personne n’entend Exceptés pêle-mêle Les marginaux du verbe Qui déchirent l’azur La mère et son grand M Berçant son nouveau-né Les feuillets que l’on froisse Le poème raté
CELLE QUI N’EST PLUS LÀ
Je vois celle qui n’est plus là Je vois celle qui file la laine Dans sa clairière de l’Amazonie Les seins nus autour du fuseau Se balançant dans son hamac Couleur de rocou Je vois celle qui s’accroupit devant la poste Comme un fantôme enveloppé d’un fichu À tête de taureau Je vois celle qui lie les bottes de paille Et les gerbes de blé Celle qui lit Roule Galette Celle qui s’enfonce dans la mer
LA VOIX BRISÉE D’UN GRAND-PÈRE

LA VOIX BRISÉE Agonie mauvais mot Avant de partir pour les plages Où lève Soleil Noir J’ai entendu enfant Derrière une cloison La voix brisée d’un grand-père L’autre le malheureux Avait fait mille kilomètres Pour crever anonyme dans la boue De Belgique « tué à l’ennemi » Je l’écris les yeux clairs Sur cette carte rouge Que personne jamais ne recevra Poste restante Sur le tapis roulant de la micro-histoire Engloutie sur l’espace présent
POÈME un bouquet d’immortelles dans la tête
Celui-là fut arraché d’un mur de Mai D’un murmure sujet aux métamorphoses D’une brèche joyeuse dans les pensées myopes Celui-là n’était pas bégueule Mais nu comme un vers dit par une artiste en tournée dans les wagons blanc et or* Et cet autre nous plongeait dans une histoire d’enfance dont l’héroïne portait un nom bizarre et le héros n’osait pas lui dire qu’elle était belle Poèmes écrits sur les murs, Dans les wagons du transsibérien Sur les scènes de l’enfance Poème qui s’en va Sans parole dernière Un bouquet d’immortelles dans sa tête *André Breton