Poésie ne fait pas de vagues
Elle vogue de nuit en nuit
Sur la barque d’un Anonyme.
Fanal, feu latent, exercice,
Poème en rupture, brisures
Que l’on recolle pièce à pièce.
Les mots viennent de toute part
Mais il faut les laisser passer
Ou bien les isoler en chambre
De décontamination.
Sans livre à portée j’ai du mal
J’ai du mal sans papier stylo
Mais persiste la tête pleine
De tous les poèmes nourriciers.
À la fin sans pouvoir me plaindre
Sans voix sans oreille et sans yeux
Je n’aurai alors pour survivre
Que les mots sur les lèvres
De celles qui m’ont aimé.
dessin de sable vague de Fos sur Mer septembre 2021
Chaque nuit dans mon lit entouré de murs blancs, de livres et de papier à lettres, je refais, par intermittence, le monde…porté par l’incandescence, l’effervescence du dedans (le for intérieur) et l’ivresse d’une écriture clandestine…celle d’un nomade sédentaire qui dans le désert plante une nouvelle tente…montée, démontée, remontée…blanche est la nuit, blanche est la page qu’il convient chaque nuit de réinventer…
blanche page « tel quel » ce dimanche
Blanche bel et bien
blanche
On croit que c’est une nouvelle page
Mais c’est toujours la même
Que l’on farcit
De ces lignes caractéristiques
Qui flottent
Chimères ou souffle rauque
Comme le suggère le poète
d’El Desdichado
Blanche magie sur ce dimanche
Que l’on commence
-juste après minuit-
par cette page
Offerte à ceux et celles
Qui font de leurs rêves
Une seconde vie
Dimanche 26/09/2021
J’ai joué au jeu de barre comme un fou
J’ai débarqué d’une avioneta à Cuzco (3399 m) et loin de tomber dans les pommes comme il arrivait à quelques gringos, j’ai joué au foot-bal avec des gosses dans un terrain de terre où volait la poussière
J’ai joué au béret et aux quilles
J’ai entendu la formule rituelle « Faites vos jeux rien ne va plus » au casino du Boulou et à celui de Royat
J’ai pratiqué l’écriture automatique et le jeu du cadavre exquis
J’ai bu le vin bourru et l’eau du puits bâti en pierres de rivière situé au fond du jardin
J’ai eu une enfance sans téléphone et sans télévision
J’ai appris par cœur maintes récitations
J’ai lu cien años de soledad et je connais de mémoire Juventud divino tesoro de Ruben Darío
J’ai écrit cette suite no más (sans plus) comme si en aucune manière elle m’appartenait, comme si l’autre (l’enfant, le vrai) était étranger à cet enfant aux cheveux blancs qui l’a tant bien que mal prosée
Martigues samedi 25 sept. 2021
L’inflexion des voix chères qui se sont tues
Paul Verlaine
Je ne savais pas avant de les écrire
Que ces vers étaient faits pour ta voix
Douce tendre mais dont les inflexions
Ont - cent fois hélas - disparues
Je lis ailleurs le rappel des croyances
Qui transfèrent nos morts dans un arbre
Une petite pierre Un oiseau Un lézard
Les mythes nous disent comment les libérer
Mais si ici j’en faisais le rappel
L’enchantement serait brisé
Je ne savais pas avant de l’écrire
Que cette page aurait ce goût d’inachevé