POST 8 MAI 2020

Je rêve de Puerto Colombia
Où je gavais les pélicans
Des écrits de Feu Lautréamont

PUERTO COLOMBIA

28 09 1969

Un tout petit coin où je suis hébergé par un Uruguayen et sa femme Vénèze.

Ils avaient un beau berger allemand, une chienne qu’ils appelaient Mata.

Je relis mes notes d’un cahier que je vais jeter.

J’y ai passé une petite semaine de vacances, avant de reprendre mes cours de français à Caracas.

J’ai admiré des heures durant messieurs et dames Pélicans, qui plongeaient à la verticale de leur bec,

et mettaient le poisson dans leur poche.

Je retrouve la liste des livres emportés, Balzac Les Paysans, que je ne me souviens pas avoir lu, du Char en poésie, le manifeste de Breton et Spectacles de Prévert.

De mes griffonnages, il reste un poème écrit le 23 octobre à 23heures. « Furor ».

Je l’ai publié tel quel dans mon recueil chez Oswald, en 1975. Et Claude Brugeilles en a fait un « graphisme » », une nuit au moulin de Jézeau, que j’habitais alors, près d’un torrent et de sa roue à aubes.

Claude Brugeilles
Moulin de Jézeau
une nuit du printemps
1975
in ITINÉRAIRES
Jean Jacques Dorio
(PJ Oswald)

POST 07/05/2020





IL EST INTERDIT D’INTERDIRE





Fougère de mai Fou j’erre

Dans les signes d’une nuit

Toujours amoureuse du Grand Mai





La marquise de la Révolution

N’est toujours pas sortie

A las cinco de la tarde

Elle a négligé l’invitation

De l’architecte du cimetière marin

« La Honte est un grand sujet »

signé P.V.





Pavés Pas vrai ?

Pour la première fois de leur histoire

Les plages sont interdites

À nos pas à nos pieds

Alexandrins ou décasyllabiques

Sous peine de pévés





Idem pour les bois et les prés

Où il est interdit de promener

Dans la verte campagne

où je suis né





Mais tout n’est pas perdu

Dit en off Godard

le plus zinzin des Suisses prochinois

qui ne croit pas au Corona





Il y a toujours moyen

D’inventer une autre police

Que la covid 19





Une police collective

D’individus errants

Libérés du Cogito

Et toujours en mouvement





Il y a des poètes partout

Dans les fougères et les vignes

Des marges et des clandestins

Clandestino clandestino

7 mai 2020
9h35
prémices des grappes de raisin
et vue sur le rosier
et l’olivier
ceux qui « s’abandonnent saisis à l’essence de toutes choses »
Aimé Césaire

LECTEURS LECTRICES ETC





PLUME

Cette nuit j’ai repris un stylo à plume que je n’ai pas utilisé depuis des lustres. Mais ça marche pas. Il va aller rejoindre les objets inutiles. Mon plaisir désormais est d’écrire avec des feutres pointes fines.

ANACHRONIQUE

Je tiens cette chronique, où je m’efforce, de réécrire certains moments de ma vie, (mais pas que), sur la page quadrillée d’un cahier d’écolier « Héraclès », avec, seule innovation depuis ma lointaine enfance, le remplacement de la plume sergent-major, par un stylo feutre pointe fine. En écrivant ceci t’as l’air fin !, me souffle mon génie plus que moqueur.

LECTEUR CONTRARIÉ

Le corps de la victime, lit-il, a été découvert à 1h44 du matin. Aussitôt il compare avec les chiffres rouges affichés sur son réveil : 2h12. Il le note, comme on peut lire ci-dessus.

Quand il revient à sa lecture, l’inspecteur qui reprend l’enquête, – son collègue qui en avait la charge a déclaré forfait victime de burn out -,  sort un carnet de sa poche et dresse la liste des personnes qu’il souhaite interroger. Le lecteur contrarié vérifie que son nom ne figure pas dans la liste des suspects. Puis, rassuré, se rendort.

LIRÉCRIRE

Les pieds sur le bureau, le livre que je lis, ou le cahier sur lequel j’écris posé sur mes cuisses, les yeux quand ils se lèvent regardent le paysage qui passe par la fenêtre, un bois de pin à l’horizon, avec nuages ou ciel d’azur, et des oiseaux goélands à l’instant qui planent. Et quoi encor ? Des pensées qui vont et viennent, disparaissant la plupart du temps, mais se posent parfois si main les écrit.

LECTEURS LECTRICES

Improbables (Gérard Genette), hypocrites (Baudelaire), apocryphes (Ecco), labyrinthiques (Borges), d’outre- tombe (Chateaubriand), suffisants = capables (Montaigne), lecteurs d’eux ou d’elles-mêmes (selon Ricœur), etc…

Pour « le vrai lecteur », je m’en remets au poète des carnets de Veilhes, avec qui j’entretins une belle correspondance: « Je me suis habitué à considérer tout poème venant d’être écrit comme un fruit naissant, une promesse, un apparaître verbal d’un instant plus ou moins privilégié, une ébauche à parfaire, un voyage à continuer. Ainsi n’y vois-je jamais une version définitive, une œuvre achevée, notions qui n’ont plus de sens pour moi. J’incline même à souhaiter le vrai lecteur qui écrirait un autre poème à partir du mien. »

LECTEURS

Sans lecteurs ou/et lectrices qui, me lisant,

« y poussent un peu leur vie »,

il me manque leur manière de prolonger mes poèmes,

dont chaque commencement n’en finit pas…

Mais chercher des lecteurs au grand jour

N’est pas de mon ressort.

La langue de mes pièces est couverte de nuit.

C’est ainsi que moi-même, je lis et me perds,

dans les poèmes des autres que je lis en aveugle.