Les vers sont un art puéril
La Motte (1672-1731)
Pour ne pas déranger
On murmure à voix basse
Dans la douceur d’Angers
Mais sans Regrets qui lassent
Comme l’écrivait Du Bellay
Pour ne pas s’en mêler
On détourne la tête
Des riches qui paradent
Et se font l’accolade
Avant de s’étriper
Pour faire ces faux vers
On recopie La Motte-Houdar
Les vers sont un art puéril
Il est temps de filer
Et dare dare !
HUMOUREUSEMENT
un peu d’humour
beaucoup d’amour
de l’humour noir
des amours jaunes
un peu d’humour
de dérision
un requiem
d’accordéon
un peu d’humour
veilleur de nuit
dans la fabrique
des rêveries
un peu d’humour
tapis volant
dans les palais
du no man’s land
un peu d’humour
la voie est libre
les voix s’éclatent
dans les fous rires
un peu d’humour
taratata
pour les poètes
sans foi ni loi
un peu d’humour
dans les mantras
babil babel
et caetera
un peu d’humour
dans la nuit noire
tes pages blanches
ta bonne étoile
un peu d’humour
à l’encre vive
sous les pavés
des joyeux drilles
un peu d’humour
désespéré
dernière clope
du condamné
un peu d’humour
dans le miroir
les vieux nous rasent
les djeuns se poilent
un peu d’humour
de comédie
le fou du roi
joue de la lyre
un peu d’humour
de tragédie
rire éternel
du crâne vide*
*selon Paul Valéry
TERRITOIRES D’ÉCRITURES
À l’approche du poème, aurore et crépuscule redeviennent la nuit, le commencement et le bout de la nuit. Le poète y jette alors son filet, comme le pêcheur à la mer, afin de saisir tout ce qui évolue dans l’invisible, ces myriades d’êtres incolores, sans souffle et sans poids, qui peuplent le silence.
Edmond Jabès (1912-1991)
J’ai un territoire, en apparence étroit, infime, invisible ; ma chambre, mon lit, cette carte où je prose ces quelques lignes, au milieu de chaque nuit, dans la plus extrême des solitudes.
J’ai un territoire concomitant, immense, impersonnel, en mouvement perpétuel du connu vers l’inconnu, où « un autre que moi » réside, se désaccorde à ses croyances en s’accordant à des auteur.e.s de toutes disciplines, qui instaurent d’autres distances à des connaissances à renouveler, une intensité et des rythmes qui opèrent mues et métamorphoses.
Ce que j’essaie de dire là, ne peut passer que par une écriture, hésitante, ralentie, sans prétention, dont les motifs tissés ont besoin au matin de reprises sur le clavier azertyuiop, de contrepoints…en suspens.
(texte en cours) nuit et matin du 21/11/2019

cette carte où je prose ces quelques lignes
photographiée sur fond d’une toile peinte
titre : l’horloge sidérale
Dorio
24/08/2016
L’AUBE EST LÀ (2)
à l’heure où blanchit la campagne
Victor Hugo
l’aube est là
sur ton petit doigt
teint en rose
odyssée
l’aube est là
dans la détresse
et l’angoisse des Caraquègnes
à Caracas
où tu vécus deux ans
joyeux
l’aube est là
que tu respires
exceptionnellement
de ce parfum écrit
précieux ténu éphémère merveilleux
l’aube est là
sans métaphore
l’aube est là
une femme t’appelle
qui n’est plus là
ta ligne reste en suspens
brisée inachevée
l’aube est là
la treizième aube
de la cinquième saison
tu ranimes le feu sous la cendre
et ranges le stylo noir qui écrivit
cette discrète symphonie

SER O ESTAR
« Hypnographie »
encre de chine sur papier kraft
Dorio
16/03/2017
HABITER EN OISEAU
(texte en cours)
J’observe cette nuit les écrits de ceux et celles qui passent leur vie à observer les oiseaux. Comme certain.e.s désirent « habiter le monde en poètes » il s’agit ici, selon le titre du livre de réflexion de Vinciane Despret, d’habiter en oiseau.
Je suis Colibri du Costa Rica et Troglodyte des marais près de Washington. Je suis mono, bi ou polygame. Je suis agité.e sur mon territoire en période de conflit où je risque de perdre ma plume, ou bien je suis tranquille dans mon jardin d’hiver.
Je suis Cassican flûteur, une pie d’Australie, vivant en abondance avec le vaste groupe ou avec de maigres ressources, si je vis en marge.
Je suis Mésange Charbonnière, mes manières d’habiter évoluent selon la présence ou non de prédateurs, selon mon espace forestier uni ou fragmenté par les bûcherons.
Je suis Hirondelle Familière célébrée par le poète Hugo, si mes vers avaient des ailes des ailes comme l’oiseau…
jean Jacques Dorio
sur un poème de Victor Hugo