SALE TEMPS POUR LES GRENADIERS





Sale temps pour grenadiers et voltigeurs de vers

Grenadiers ?

Ceux et celles qui dégoupillèrent la parole

sur les murs de Mai 68 :

Je suis un minoritaire né. Les plus forts, je suis contre.





Voltigeurs ?

De nos affects et de nos émotions, mises en mots,

mis en maux, avec tous les charmes voués à la forme.





Du vers ?

Toujours en mouvement,

si l’on ne veut pas qu’il nous étouffe,

mais jamais ignorant nos phares dans la nuit,

de Marot à Hugo, de Verlaine à Valéry.





Ainsi du sale temps je n’en ai cure

Et du vers je parcours son champ illimité.

(Oublions ces deux vers empreints de gravité)





Sous les pavés ma plage, de sable et de graviers,

Il n’y a pas d’avant-garde, il n’y a que des gens en retard.





italiques Jacques Réda, Romain Gary, anonyme Mai 68.


	

UN VERS VOLAGE





Un vers volage me poursuit

Mais que dis-tu ? Mais que lis-tu ?

Alcools qui zonent dans ma nuit

Mélange détonant de Proust

et de Guillaume Apollinaire





Et puis je me transforme en ver

Confondant cheville et chenille

Un vers à soie un vers pour toi





Son avenir est incertain

À moins que tu le fasses tien

LES TRISYLLABES D’UN AMATEUR





TRISYLLABES D’UN AMATEUR

septembre 2020





En ama

teur j’écris

en véri

té citron

Ô rang’ ton

désespoir





En ama

teur je vis

loin du monde

et du bruit

et dez zôms

m’as-tu-vu

ou de Lettres





En ama

teur je lis

la languin

personnelle

de Psoa

en ses zé

téronymes

Albert

Caeiro

et les autres





En ama

teur je suis

en équi

libre sur

le vers blanc

l’harmonie

du cosmos

la mémoire

en folie





l’atmosphère

d’un oubli

éternel


	

POURQUOI CHERCHER MIDI À QUATORZE HEURES ?





POURQUOI CHERCHER MIDI À QUATORZE HEURES ?

Midi le juste y allume ses feux

Pourquoi chercher à voir les yeux fermés ?

Cansous vos poguetz ir por tot lo moun

(Chansons vous pouvez traduire le monde)





Pourquoi lire encor des vers inintelligibles

La lutte du déca et de l’alexandrin ?

Un courant d’air passe alors sur ma page

                Il touche à mes lignes





La mer est amère

Un cheval soudain s’y promène

Il hennit Nini

La perte du temps





Je me souviens que tu jouais Dolly

Cette pièce pour deux petites filles

Composée par celui qui par hasard

Naquit près de mon village natal

À l’accent rocailleux





                Un goût de cendres sur la langue

                                Je te dis Adieu





évocations Paul Valéry, un troubadour, Gabriel Fauré, Reverdy.

POÉSIES ENFANTINES





J’ai tendu une corde de clocher en clocher,

et je danse.

Mon maître d’école avait inscrit la phrase

sur une banderole

qui flottait sur nos têtes.





Moi, quand je fus instituteur,

je remplaçai le danseur de corde

par Moi dans l’arbre





T’es fou tire pas !

C’est pas des corbeaux

C’est mes souliers

Je dors parfois dans les arbres





Ha!ha! On en a fait des lectures et des variations

sur ce dormeur dans son arbre





Comme « le paresseux » accroché au palmier,

au milieu d’une cour d’école de Caracas

où j’enseignais le français à de jeunes enfants.





Des infantes plutôt, des fillettes à l’esprit vif et sautillant.

-Profé ! profé ! comment dit-on « pereza » en français ?

– On dit « paresseux ».





Dame souris trotte Rose dans les rayons bleus

Dame souris trotte : debout paresseux !





italiques : vous devriez trouver le duo, première et dernière citation,

poètes majeurs, comme on dit, de notre panthéon poétique.

Quant à « Moi dans l’arbre ! »,

chapeau ! si vous connaissez son auteur

profond et facétieux.