L’AUBE EST LÀ





De la belle aube

Au triste soir

Apollinaire





l’aube est là

il fallut démêler les fils noirs de la nuit

ce ne fut pas sans peine

mais tout semble oublié





l’aube est là

sur le journal de bord

éclairé par les braises

du premier feu





l’aube est là

sur le moulin

la roue à aubes

que tu poussais

en te levant

il y a quarante ans





                                                             l’aube est là

ce serait extraordinaire

qu’un autre humain

de la planète Terre

au même instant

écrivit

l’aube est là

L'aube est là
collage sur calligraphies chinoises
ajouts Jean Jacques Dorio
22/03/2017

MAIS D’OÙ TU PARLES MADAME POÉSIE ?

 


Si la poésie te parle un instant tu ne sais plus qui tu es
la poésie de l’instant c’est son présent
pur don offrande aux frères humains et aux sœurs lustrales

La poésie se tait aussi mais ne renonce pas
le regard embrassant un arbre suivant un insecte un oiseau
et si les mots se présentent il ne faut pas les manquer

La poésie ne sait pas ce qu’elle va découvrir dans sa quête inlassable
c’est le chemin qui n’existe qu’en le faisant
c’est cette ligne qui sans ses lecteurs s’enfonce dans le néant

La poésie naît d’un manque de l’existence
et meurt de la prétention de l’avoir aboli
dans une œuvre vouée aux honneurs

La poésie si elle n’est pas une expérience de vie et de pensée
sans cesse remise à zéro
n’est que la mer morte où agonise le soi-disant faiseur de poésie
 

















texte Jacqueline Saint Jean
page composée sur papier kraft
format 14x10cm
Dorio
19/05/2017

LE BON TEMPS DE LA VIE





Les poètes ont été pour moi le bon temps de la vie.

                  Gaston Bachelard





La poésie : le plaisir de plonger dans l’irréel

face à l’inhumanité du monde

sa dureté sa cruauté.





La poésie : cette attention à la rêverie poétique

que le bon Bachelard développa en un livre entier.





La poésie : dans l’extrême solitude,

alimentée par les cris et les rires

des médiums de l’écriture,

l’imagination créatrice présente

portant témoignage

du bon temps de la vie.

« Hypnographie« 
JJ Dorio
sur deux vers
de Victor Hugo

AU PLUS PROFOND DU LABYRINTHE





Étendant les mains hors du lit, Plume fut étonné de ne pas rencontrer le mur.

« Tiens, pensa-t-il, les fourmis l’auront mangé… » et il se rendormit.

Henri Michaux


je ne suis pas dans le monde

mais dans mon lit

je ne suis pas dans la lune

mais dans le livre d’un certain Plume

je ne suis pas dans les lieux communs

mais dans ma chambre d’éveil

je ne suis pas un loup au pelage roux

mais un loup qui passe entre les mailles

et les manilles du temps présent

je suis le verbe maladroit

de cette ébauche de poème

abandonné au plus profond du labyrinthe





Tu laisses quelqu’un nager en toi
Michaux
acryliques encres de chine sur toile
Dorio

DERNIER FEUILLET

« La solitude de l’écrivain est toujours à terme la promesse d’une communauté des lecteurs »

Philippe Lacoue-Labarthe

à Pauline Dorio

Dernier feuillet d’un carnet de bord offert par ma fille qui y vit : « Agenda. New York ». Écrit à la main qui court sans trébucher jusqu’au mot dernier.

En l’attendant je temporise, je tends mes pièges aux cinquante lecteurs qui s’y laissent prendre avec délices et orgues. Je (long arrêt).

Dernier feuillet d’Abyssinie sur lequel le poète des Illuminations solde ses comptes de marchand d’armes destinées au roi Ménélik.

Dernier feuillet où l’on se fond on se dilue en oubliant qui l’écrivit Une Voix sans personne : credo paradoxal d’un poète cher que je lis et relie à ceux et celles qui écrivent comme personne.

Dernier feuillet qui s’accomplit sur l’autre scène, celle où l’on s’avance anonyme et masqué. Murmures de paroles reprises par une troupe légère, qui donne vie à cette… légèreté.

Une Voix sans personne Jean Tardieu