OBSTINÉ

 


 
OBSTINÉ
 
 
Obstiné ? Obstiné ! Rigoureux ? Si on veut.
Plutôt dans le couple en tension, passion des mots et, après coup, essai de précision.
 
Obstiné. Dans le va-et-vient des rencontres qui remettent tout en question,
les conteurs à zéro.
 
 Obstiné. Dans ces inscriptions manuscrites qui couvrent mille de mes carnets,
écrits aux Halles de Paris, au marché de Cuzco, dans le métro de New York,
le tube londonien, devant un lac des Hautes Pyrénées,
dans la case de mes hôtes amérindiens,
etc
 
Obstiné. Tout ça, au fur et à mesure, ayant tendance à s’oublier.
Passage aux oubliettes, dans les impasses du labyrinthe des causes perdues.
 
 Ostinato Rigore.
Laissant la ricorée de l’âme à ceux qui n’aiment ni le fort de café,
Ni le for intérieur.
 
Le poème véritable résiste à l’indifférence comme à la louange.
Liberté sur parole : libertad bajo palabra, comme écrivait Octavio Paz.
 
 
 
(manuscrit filtre à café)
 

fond : encres de chine, acrylique, collages végétaux.
50×70 cm

titre : cien años de soledad
jj dorio


POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES

 

POURQUOI J’ÉCRIS DES POÈMES
 
Je ne me suis jamais posé la question.
Oui, mais voilà, c’est venu sous la plume.
Aussi, face à ce qui se dérobe,*
Je vais tâcher, poussant le paradoxe,
De ne pas (me) dérober.
 
J’écris des poèmes parce que
Ça m’amuse
Bien que le jeu me prenne tout entier
Et sérieusement
Durant son exécution
 
J’écris des poèmes parce que
C’est – ne riez pas – une vocation.
À mesure que la poésie disparaît de nos sociétés,
C’est, à rebours, porter haut son jeu incantatoire
Et son univers quotidien
Fragile et capricieux,
Qui importe.
 
J’écris des poèmes parce que
C’est toujours une promesse de découvrir
Une part cachée de soi
Qui sort d’une formule inattendue,
D'une étincelle qui couvait
Sous la cendre,
Le livre de sable**
D'un dictionnaire infini.
 
J’écris des poèmes parce que
Je m’abreuve et m’enivre
Des milliers de poèmes
Brinquebalant dans le grand véhicule
Où s’accouplent ballades et chansons au ton bref
 
J’écris des poèmes parce que
Je ne veux pas mourir***
Je souffle et souffre
La mort la vie
L’envers l’endroit
Qui se concilient ou se déchirent
En silence
 
J’écris des poèmes parce que
J’aime enjamber l’aurore
Après une nuit consacrée à l’invisible
Confondant le commencement et la fin
D’une voix qui se décline sans personne****
Et avec chacun
 
 
*Henri Michaux ** Borges ***
Anne Sylvestre : chanson : Écrire pour ne pas mourir
**** Jean Tardieu



nb : pour les enfants et pour les raffinés

ce poème dans cette version non définitive
a été écrit à la main sans ratures
commencé dans la nuit du 12 septembre
(au lit)
continué l'après-midi assis sur le mur grec de Saint Blaise
(commune de Saint Mitre les Remparts)
parachevé ( après de longues hésitations
marquées par des ajouts et suppressions )
sur le clavier de l'ordinateur
ce vendredi 13 septembre
à cinq heures du matin




 

 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 

AMUSEMENT DES MUSES

 


AMUSEMENT DES MUSES
 
Je vis je meurs je me brûle et me noie
Louise Labé 1555
 
- J'aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !
Baudelaire Petits poèmes en prose 1869
 
 
Amusement des Muses
Qui menaient par le nez
Les poëtes anciens
 
Elles les faisaient égaux des dieux,
Bouches d'or volubiles,
Enthousiastes, inspirés,
La plume reine cédant
L’initiative aux mots
 
Un petit feu courait qui déliait leur langue
Ou la rendait muette,
Car nos filles divines
Soufflaient le chaud et le froid.
 
Alors tout à sa lyre l'heureux mortel chantait
Le clair aveuglement, le frisson poétique,
Les rires et les pleurs,
Et ses rimes d'usage
 
Pour l'amour des nuages !
 
 
 
 
 
 
 

ÉPERVIER SORTANT DE L’ŒIL DU SOLEIL

manuscrit sur papier filtre à café
fond : toile sur acrylique 50x60cm
détail
titre : Ne bouge pas Regarde l'invisible Qui bouge en toi
JJ Dorio


LE TERRITOIRE DES BÊTES
 

Quand je joue avec ma chatte, qui sait si elle passe son temps de moi
plus que je ne fais d’elle.
Michel de Montaigne

 
Je suis Épervier sortant de l’œil du soleil
Je suis Scarabée qui mange la pierre tombale de ma belle évanouie
Je suis Colibri qui invente le chemin qui recule vers le futur
Je suis les bœufs agacés par les taons de cinq heures du soir
Mais que protège sur le museau le tissu blanc fait au crochet
Par ma mère l’Oie
Je suis le grand Renne dont la tête ressemble à un mobile de Calder
Je suis le Caïman d’où sort l’arc-en-ciel
Je suis Araignée qui dort sous l’oreiller des Scribes qui mâchent le bétel
Je suis le Cheval sur le dos du taureau de l’arène sanglante
Je suis Escargot qui enfante les jeunes filles de bonne humeur
Une fleur d’amour à leurs lèvres
 

 





	

MON ART EST DE SURFACE


manuscrit
fond toile à l’acrylique
JJ Dorio
titre : Sahara

*

texte repris et modifié sur le clavier « plus ou moins tempéré »


MON ART EST DE SURFACE
 
Mon art est de surface Il court sur le papier Il sonne sur le clavier Il se projette sur la toile
Mon art est de surface Intuition mimesis une flûte invisible un mot pour un autre une tache de soleil noir
Mon art est de surface un mur arborescent un accord de guitare désaccordée une page perdue dans un livre fermé
Mon art est de surface une dédicace donnée par un auteur fictif imaginé par Borges le catafalque bleu blanc rouge sur le cercueil de Paul Valéry les trois minutes trente-trois  de silence  d’une partition de John Cage
Mon art est de surface couché par écrit chanté au studio Le Petit Mas* projeté sur des toiles d’abstraction lyrique posées à plat sous l’olivier
Mon art est de surface grains de voix collés sur bandes magnétiques traits d’encres appliqués sur le calcaire coquillier ou la plage de Fos cris du soir des martinets
Mon art est de surface livre de sable infini clavier plus ou moins tempéré page unique qui termine sa boucle comme un œil qui ne veut pas se fermer
 

*cd 3 « en cours de réalisation »