LA POÉSIE À L’ÂME PALIMPSESTE

 

Je ne crois pas que la Poésie, notre objet essentiel,
fasse connaissance du bâillon.
Sa langue, par essence, échappe aux contraintes passagères...
Une dimension inconnue du verbe
lui permet de circuler sans passeport
à travers les miroirs du monde visible.
 
Jean Ballard
 
 
 
 
La poésie du cirque
et du cercle de craie
de la forêt de conifère
d’hyacinthe et d’or
du magma du chaos
des cahots de l’histoire
avec sa grande hache
 
La poésie sans histoires
sans culotte sans littérature
sans moi sans auteur
la poésie de Babel sans blabla
sans coulpe sans repentirs
 
 
La poésie affirmative
qui coupe le souffle
qui endort les maux
qui adonne sans compter
qui accompagne ma morte
qui bat encore un peu
de voix en voix
de toi en moi de vous en ailes
qui ont parcouru ce flot ininterrompu
d’étincelles et d’escarbilles
polyphonie et babil de la très longue enfance
des poètes aux cheveux blancs
à l’âme palimpseste
qui te salue ma mère
qui t’embrasse ma sœur
ô vous frères humains
 
 
citations incitations Brecht, Baudelaire, Perec, Albert Cohen...

RÉEL IMAGINAIRE SYMBOLIQUE pendant l’heure zéro

Pour ce qui est de la réalité – du Réel – c’est,

en cette nuit particulière où l’heure de 2 à 3 compte pour du beurre

en raison du passage à « l’heure d’hiver »,

c’est mon écriture au stylo fin bleu,

sur un rectangle de page immaculée (10,5×15,5 cm),

au lit.

Pour ce qui est de l’Imaginaire,

il varie selon mon régime d’écriture,

lent, rapide, mon désir ou non de fantasmer,

de laisser cours au passage des fantômes du passé

ou aux plagiats anticipés.

Et enfin, pour ce qui est du Symbolique,

ma place au monde est « selon »,

jamais tout à fait la même,

toujours possiblement une autre,

puisque j’aime par-dessus tout la Liberté,

dans le cadre de l’Égalité, la justice toujours à parfaire,

et « ô frères et sœurs humaines », la fraternelle Fraternité.

manuscrit « tel quel »

CIEL BLEU ET BRISE DÉLICIEUSE

 
Je ne suis pas fatigué de poser chaque jour ces écrits incertains,
mais quand même.


Je ne suis pas si recru de paroles gelées pour ne plus croire aux bienfaits
des mots tissés sur mon petit métier*,
mais quand même.

Je ne suis pas si naïf pour ne pas savoir que mon jeu de marelle ne ravit
que les enfants et les raffinés**,
mais quand même.

Je ne suis pas si égaré pour confondre la poésie du quotidien avec
le tour d'un jour en quatre-vingts mondes, mais Julio Cortázar, si.

Et si je suis encore fringant pour écrire des poèmes sur feuillet noir et blanc
- sans noircir le tableau –
Je sais bien qu'il faut être fou pour croire encore aux images des poètes,
mais quand même.

J'ouvre la fenêtre, il fait nuit, il fait froid et humide, mais j'écris les yeux fermés :
Ciel bleu et brise délicieuse.

 
**Max Jacob




Encres Vives 2019
6,10 € l’exemplaire


















	

LA POÉSIE INSPIRATION EXPIRATION





La poésie inspiration expiration

Co-naissance expérience épiphanie

Présence absence antonomase

Logos Anthropos Cosmos

Papillon diapré escargot sans coquille





La poésie careta que cae

Personne Pessoa

Vide matière hurluberlue

Savante artiste architecte

En attente de Godot

Monologuant sur l’Autre Scène





La poésie du monde-autre

Huronne ivre des mythes en mutation

Du passé qui recule vers le futur

De la petite musique des nuits

de Sainte Insomnie





La poésie du « lieu »

poètes de sept ans

livrent leurs narines

Du langage prélevé à la source

de la prose du monde

de la poétique de la rêverie

du que sais-je ?

je ne sais pas comment le dire





La poésie du comme

du ruisseau comme l’enfance de l’art

Comme le sens caché des choses

Comme le noumène la bagatelle

Comme l’insoutenable légèreté de l’être





citations : chacun.e y reconnaîtra les siennes









Le masque qui tombe

un dessin de Federico Garcia Lorca

*

POUR DE VRAI

   
 
Pour de vrai je m'appelle Montaigne
et j'écris "les Essais"
« J’ajoute et ne corrige pas ».
 
Pour de vrai je m’appelle Tardieu
Monsieur Jean
Je suis cette « voix sans personne »
Qui écrit à la môme Néant
Celle « qu’axiste pas ».
 
Pour de vrai je m’appelle Hugo
Ma fille s’est noyée
« Demain dès l’aube » j’irai
sur sa tombe porter
« un bouquet de houx vert »
et de bruyères en pleurs.
 
Pour de vrai je m’appelle sœur Anne
Sylvestre est mon pseudo
Je fais et chante à profusion
Paroles et musique
De mes chansons
« écrire pour ne pas mourir »
est mon credo.
 
Pour de vrai je m’appelle Dorio
un petit nom discret
Trompettes de la renommée
Vous êtes bien mal embouchées*.
 
*Brassens