Je ne crois pas que la Poésie, notre objet essentiel, fasse connaissance du bâillon. Sa langue, par essence, échappe aux contraintes passagères... Une dimension inconnue du verbe lui permet de circuler sans passeport à travers les miroirs du monde visible. Jean Ballard La poésie du cirque et du cercle de craie de la forêt de conifère d’hyacinthe et d’or du magma du chaos des cahots de l’histoire avec sa grande hache La poésie sans histoires sans culotte sans littérature sans moi sans auteur la poésie de Babel sans blabla sans coulpe sans repentirs La poésie affirmative qui coupe le souffle qui endort les maux qui adonne sans compter qui accompagne ma morte qui bat encore un peu de voix en voix de toi en moi de vous en ailes qui ont parcouru ce flot ininterrompu d’étincelles et d’escarbilles polyphonie et babil de la très longue enfance des poètes aux cheveux blancs à l’âme palimpseste qui te salue ma mère qui t’embrasse ma sœur ô vous frères humains
citations incitations Brecht, Baudelaire, Perec, Albert Cohen...
Je ne suis pas fatigué de poser chaque jour ces écrits incertains, mais quand même.
Je ne suis pas si recru de paroles gelées pour ne plus croire aux bienfaits des mots tissés sur mon petit métier*, mais quand même.
Je ne suis pas si naïf pour ne pas savoir que mon jeu de marelle ne ravit que les enfants et les raffinés**, mais quand même.
Je ne suis pas si égaré pour confondre la poésie du quotidien avec le tour d'un jour en quatre-vingts mondes, mais Julio Cortázar, si.
Et si je suis encore fringant pour écrire des poèmes sur feuillet noir et blanc - sans noircir le tableau – Je sais bien qu'il faut être fou pour croire encore aux images des poètes, mais quand même.
J'ouvre la fenêtre, il fait nuit, il fait froid et humide, mais j'écris les yeux fermés : Ciel bleu et brise délicieuse.
Pour de vrai je m'appelle Montaigne et j'écris "les Essais" « J’ajoute et ne corrige pas ». Pour de vrai je m’appelle Tardieu Monsieur Jean Je suis cette « voix sans personne » Qui écrit à la môme Néant Celle « qu’axiste pas ». Pour de vrai je m’appelle Hugo Ma fille s’est noyée « Demain dès l’aube » j’irai sur sa tombe porter « un bouquet de houx vert » et de bruyères en pleurs. Pour de vrai je m’appelle sœur Anne Sylvestre est mon pseudo Je fais et chante à profusion Paroles et musique De mes chansons « écrire pour ne pas mourir » est mon credo. Pour de vrai je m’appelle Dorio un petit nom discret Trompettes de la renommée Vous êtes bien mal embouchées*. *Brassens