J’AI ALLUMÉ D’AUTRES CHANDELLES

HYPNOGRAPHIES au pinceau
ça danse et ça converse
03/06/2020



J’AI ALLUMÉ D’AUTRES CHANDELLES





« Il faut tenir son pinceau légèrement et spontanément

La main et l’esprit restant vides

L’écriture doit être rapide fulgurante

C’est le va-et-vient du souffle

Ce sont les battements du cœur





J’ai allumé d’autres chandelles

Sur la scène de ma page blanche

Mon stylo-pinceau

à l’encre de Chine

A repris la main





Tout de suite

Ça redevient chinois

Les caractères dansent

et conversent

avec les maîtres calligraphes

Ouyang Zun

Zhang Xu

Wu Khuan





Malades imaginaires

Qui n’arrêtaient pas

Saisis par la manière

De tracer sur leurs feuilles

Ou dans l’air

la substance de leurs poèmes

DES MOTS DE MON ENFANCE

la page d’origine




DES MOTS DE MON ENFANCE

Des mots de mon enfance

ont disparu dans le dédale

de l’histoire qui oublie





les rebouteux

les pleins et déliés

de la gauloise

trempée dans l’encrier

du pupitre





Qui oublie

le joug liant

Mulet à Mascaret

le bœuf blanc et le tacheté

les tours de saucisse

qui pendaient au plafond





les punaises

de bénitier





les maux de poitrine

qu’on guérissait

le dos plein de ventouses

passées à la flamme





(le reste manque…)

QU’IMPORTE MON NOM

hypnographie
sur 2 vers
de Victor Hugo

QU’IMPORTE MON NOM





Qu’importe mon nom or ou cuivre

Perle ou goutte d’eau dans la mer

                Victor Hugo





Qu’importe mon nom  entre le oui et le non 

l’exil  et le royaume   de nos épiphanies

la somme des mots écrits sur ce papier 

avec ou sans Correspondances

pour l’œil et la plume en l’absence*

pour la voix en allée    et l’inflexion des rimes





Qu’importe mon nom    fantôme errant

fiction  de mes restes de vie    

faufils  encrés sur ces textes

que l’on confie au sac de peau

et d’ossements





Doucement doucement   comme on chantait enfant

Avant de s’oublier      dans les rêves sans nom 





*du poète Fontaine (1555) …et de Pauline Dorio (2020)

diction
07/07/2017

APPÉTIT SANS EXCÈS

UNE PAGE
sortie des forges
du dieu boiteux

APPÉTIT SANS EXCÈS





Appétit

sans excès

Applaudissements

sans mains





Chouette

de Minerve

Volant le soir

à l’heure blème

de la philosophie





Jarre

de vin noir

où baigne

Diogène





Fables de

La Fontaine

Marquise

de Valéry





Dédicace

au lecteur

lectrice

inconnue





Écriture

à la gauloise

à la sergent major





Bouclier d’Achille

sorti des forges

du dieu boîteux

qui porte

les cornes

de Vénus

JE SUIS NÉ PARTOUT OÙ J’AI COMPOSÉ DES POÈMES





JE SUIS NÉ PARTOUT OÙ J’AI COMPOSÉ DES POÈMES





Poète est le travail de toute une vie.

On s’y attelle avec le rythme, les cadences,

les histoires réglées sur du papier musique

ou qui tombent à l’eau par incapacité.

Les poèmes apparaissent sur la scène d’un théâtre,

sur un bout de papier vite envolé,

et quand ils sont lus par un plus grand nombre,

ou c’est naturellement,

ou c’est dans le conflit des interprétations.

Les poèmes font les poètes,

comme l’ouvrage, l’ouvrier.

Ils s’écrivent sous l’empire de la colère,

de l’alcool, de la poudre d’escampette.

Ils s’écrivent à jeun, dans la blancheur des nuits,

les musiques douces, les sirènes de New York,

dans le flux et le reflux des mers, des fêtes et des deuils.

Ce poème qui n’en est pas un, fut initié ce jour premier juin,

à midi, dans mon hamac…





mais pour tout dire,

car je ne manque pas de mots,

je suis né partout où j’ai composé des poèmes.

Dans le village de La Bastide de Besplas,

à la faculté des Lettres de Toulouse,

à l’école normale d’Auch, à Arreau,

à Cazaux Débat un village perché sur la Neste du Louron,

au moulin de Jézeau, à Ancizan-Babel,

c’était le nom du collectif de poètes qui se réunissaient

autour des gigots d’agneau qui cuisaient à la ficelle

devant la haute cheminée de briques rouges,

dans une tour à Caracas,

et assis sur une tortue morocoy devant une case collective d’indiens panaré,

dans un hôtel de la Havane et à Jibacoa, une petite crique cubaine,

à La Bugade d’Avignon pendant les ateliers d’écriture

que nous inventions l’été 1980, avec le Groupe Français d’Education Nouvelle,

à New York, en 1976 dans les clubs de jazz du Village,

puis en 2008, chez ma fille à Astoria,

à Barcelone sur les Ramblas et dans le restaurant des Caracoles,

en Andalousie, à Cuevas de Almanzora, à Pallos, à Moguer,

au Prado de Madrid, dans les musées de Washington,

au Moma devant un tableau de Joë Bousquet peint par Dubuffet Traduit du Silence,

au Met, chez Guggenheim,

devant le Parthénon un matin où j’avais couru

pour rester royalement 5 minutes entouré des seuls chats squattant le temple,

à Berlin pendant 2 concerts à la Philharmonie,

à Paris rue de Suez et dans tous les bistrots du Marais ou du Quartier latin.





Et j’en oublie, j’en oublie, j’en oublie.

Et maintenant, je ne bouge plus.

Tous mes poèmes proviennent d’un même lieu

qu’il me faut sans cesse transfigurer,

imaginer ailleurs,

si je ne veux les laisser un à un, mourir et m’enterrer.





UN DICTIONNAIRE À PART MOI
patchwork in progress