TRAVERSER LA NUIT

Traverser la nuit à la rame

À la ramasse ou dans l’ivresse

D’un blues sous la lune

Oublier points et virgules

.

Au fil de la plume

On écrit un mot puis un autre

Qui nous soigne ou nous blesse

.

C’est déjà l’aurore

Des paroles blanches

Qui peu à peu s’irisent

.

On referme le livre

On ouvre ses yeux

Sur les pièces d’un puzzle

Impossible à reconstituer

Sur poésie mode d’emploi

.

Il est sept heures

Le jardin s’éveille

On va s’endormir

Sur une mélopée

De Madame Morphée

UNE LISTE

Une poignée de sable

Un film sur M. Le Maudit

Une fille qui mange un chichi

.

Un collectionneur de poupées russes

Une manière de compter le temps

Un gargantua à ma table

.

Une capote bleu de Prusse

Un bœuf rendu fou par un taon

Une forêt engloutissant les temples Mayas

.

Un fidèle d’ Aoura Mazda

Une poignée de sable prise dans les jardins du temple Ryoan-ji

Le dernier vers de cette liste signée JJ

PASSER

Passer comme le fleuve qui est de temps et d’eau
Passer sur notre barque du berceau au cercueil
Passer comme la folia de la viole baroque
Passer comme ces vers qui filent l’anaphore

.
Passer sur nos dessins de plage sans leurs pavés
Passer les nuits d’écriture sous la flamme d’une chandelle
Passer la poésie au peigne fin des sous-bois de myrtilles
Passer d’un poème à l’autre tissant dans le noir leurs habits de lumière

.
Passer sur la devise de Bernardino Corio
(un humaniste de la Renaissance) :
E bello doppo il morire vivere anchora
Il est beau après la mort de vivre encore



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