En Mai 68 on a pris la parole comme on a pris la Bastille en 1789. Michel de Certeau 2 DU COUP AVEC LES MUSES DE MAI qui ont quitté la scène depuis 68 On renaît par milliers dans la besace des commémorations décennales On nous avait bien caché les ouvrières et les ouvriers On travaille à feu continu…nos ulcères fleurissent chante Colette Magny pour ceux et celles de la Rodia Du coup on est tombé sur un o.s. qui en avait assez au premier chef des chefaillons Du coup à force d’entendre Devos répéter son sketch à quand les vacances à Caen les vacances Ça a mis la puce à l’oreille des ouvriers spécialisés de quelques usines du Calvados Du coup répétition générale anticipée entre crosses et grenades CRS face aux mutins caennais Du coup et blessures après la répression-répression on entend une voix qui donne le titre au film de Chris Marker et qui annonce la couleur du cinéma effervescent de Mai : À BIENTÔT J’ESPÈRE
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ESSAIM D’ABEILLES IVRES DE MAI 68
DIOGÈNE Joyeux jubilatoire effervescent vibratoire rieur moqueur coloré insolent les yeux bleuis par les lacrymogènes Un Diogène pluriel et singulier comme un autre soi-même ses petites lubies perso envolées en ces temps hors temps d’une métaphysique de l’instant un chahut un chalut une balade joycienne dans la brèche ouverte par Mai 68 JJD 1 ON PROCLAME ON ACCABLE et l’on hue la bourgeoise hi hi hi C’est la mort du père Ubu /bu bu bu On promet on démet et l’on crie Philosophie Philosophie de la misère Misère de la philosophie /fi fi fi On godille et rame sur l’arbre mort des vieilles toupies /pi pi pi On manifeste et l’on ébranle le grand palais du résident de l’Élysée On s’insinue et l’on squeeze la cohérence interne et le rire des dieux On explore la Constellation du Chien et le champ sémantique de la Révolution La mimesis la catharsis le simulacre de tous les carnavals de Rabelais On marche on souffle on siffle le temps des cerises les merles moqueurs et l’essaim des abeilles ivres de créativité
DOUCE FRANCE REVISITÉE
-et dans ton rêve que cherchais-tu alors ? -…la Douce France - et ? - et justement je ne savais ce que le terme recouvrait… -la chanson de Trénet peut-être ? - non je n’étais pas vêtu d’une blouse noire et nulle réminiscence platonicienne n’était à l’œuvre -ta Douce France n’était-ce pas le nom de cette claveciniste qui jouait à merveille les barricades mystérieuses 1 -belle hypothèse maintenant que tu l’évoques j’ai connu une douce France qui jouait de l’épinette et qui après les événements de Mai 68 descendit en Ariège pour vivre en communauté -en Art Y Ai-je gagné merveilles des chemins de traverses et d’errances (je me souviens c’était un de tes chants naguère) -oui un antidote à la France Rance des discours moisis de l’an quarante que des voix chevrotantes tentent de rétablir aujourd’hui En regardant vers le pays de France Paix est trésor qu’on ne peut trop louer Je hais guerre point ne la doit priser C’est Douce France que mon cœur doit aimer Charles d’Orléans
MA FEMME
Ma femme à la chevelure de feu de bois André Breton 1896-1966) Ma femme de Mai 68 à la langue jouissive des mots des murs à la chevelure de sable sous les pavés aux yeux de grenades éclatées Ma femme à la bouche de mûres et de réglisse au visage de madone baroque aux lèvres d’un livre ouvert sur les promesses de l’aube aux oreilles de mistral et de tramontane Ma femme aux seins de mailles à partir au nombril de voie lactée au sexe de phénix et d’hirondelle aux paroles de perles d’oursines Ma femme sans fin Aux mille couleurs d’éternité
J’ÉCRIS opus 1
J’écris en levant les lièvres d’un gîte
Où La Fontaine songe : cet animal est triste
et la crainte le ronge
J’écris en écoutant les quatuors de Beethoven
devenu à cette époque sourd, sourd sublime
J’écris en traçant dans l’air la langue des signes
J’ai l’air d’un idiot (d’un idiot utile ?)
J’écris en posant des questions à mon lecteur futile
Fût-il pervers polymorphe ou slameur insigne
J’écris sur les nuages qui passent ici
Et sur les pavés que se passèrent de main en main
les petits gars et les jeunes filles de Mai 68
J’écris sur l’océan qui bouge depuis le premier bain
de vagues et de houles avant mes premiers vagissements
J’écris sur l’estuaire, exutoire d’un fleuve
Qui baigne mon poème mystérieusement