On ne saisit rien. C’est ce que comprennent peu à peu, ceux et celles qui s’obstinent, avec méthode et persévérance, à lancer leurs calligraphies, leurs graphismes, leurs exorcismes, leurs écrits de rêves et d’émotion. Sur chaque page blanche, sur le poème qui à mesure qu’il s’invente nous métamorphose.
Chatoiements, bigarrures, danse de la mémoire qui recule vers le futur, images à foison, qu’il faut croiser avec nos corps de l’enfance au crépuscule, sur le manège de nos vies, nos lectures, nos musiques sonnantes et dissonantes et l’apport inestimable de nos si rares soutiens de vie.
Et après, petites graines feront pousses nouvelles, ou s’en iront sans reprises dans le néant.
Je ne suis pas né au temps de l’invasion de la Sicile par les ours du cirque Buzzati
Je ne suis pas né de la reproduction sur un catalogue d’un tableau sur la nativité
Je ne suis pas né de madame la marquise celle qui sortit à 5 heures ou celle de Tout va très bien !
Je ne suis pas né d’un chapeau
Je ne suis pas né d’un cadavre exquis (encore heureux)
Je ne suis pas né de madame Bovary
Je ne suis pas né d’une bouteille à la mer lancée par le poète des Correspondances
Je suis né une nuit de mars 1945 45 jours avant la Libération
1945
« Chaque mémoire individuelle est un point de vue sur la mémoire collective ». Maurice Halbwachs
Je regarde la liste des copains et copines né.e.s comme ma pomme l’année de la Libération. Du 1° janvier au 31 décembre, ça fait pas mal de croix déjà qui illustrent leur deuxième date, la fatidique, celle où ils ont rejoint ad patres. J’avais fait une liste interminable que d’un clic j’envoie paître.
Que reste-t-il de mes rencontres ?
Une réelle, celle de Gérard Pierron chantant Gaston Couté dans une grange au festival d’Avignon, et qui m’a donné le virus ; j’ai toute l’œuvre écrite de Couté. Je vous livre ci-dessous une des chansons que j’ai mise en musique Le déraillement.
D’autres répétées souvent réitérées :
Dany Cohn-Bendit : « Une chanson de 68 Le rire de Dany Cohn-Bendit Faites l’amour pas la guerre faites sur les murs mille poèmes… » sur mon 1° CD. Un reportage plein de tendresse et de compréhension, sur la question impossible ; qu’est-ce être juif aujourd’hui ?(vu ce mois de juin 2020).
(Parenthèse : lire la sociologue Nathalie Heinich, qui donne, à mon goût, beaucoup de sens à la question : l’identité à l’épreuve de la judéité (in : ce que n’est pas l’identité.2018) et le remarquable et très touchant (on ne peut que pleurer par instants) : Une histoire de France. 2018)
Keith Jarret que je préfère écouter que voir sur Youtube se contorsionner.
Sylviane Agacinski, la philosophe, épouse de Lionel Jospin, durant la campagne malheureuse de 2002.
Elle fit à la suite un livre « assassin », notamment pour ce champion de la déconstruction, qui au premier tour « par mauvaise humeur » n’avait pas été voter :
« Je lis dans Libération que Jacques Derrida n’a pas voté au premier tour « par mauvaise humeur contre tous les candidats ». L’humeur donc, encore et toujours ! Elle revient sans cesse dans ce journal. Mais je ne pensais qu’elle pût être décisive un jour d’élections. Espérons au moins que le philosophe aura retrouvé sa bonne humeur au second tour, face aux candidats Chirac et le Pen. »
UN DICTIONNAIRE À PART MOIPatchwork in progressJean Jacques Dorio
Le déraillement paroles Gaston Couté musique et voix JJ Dorio
J’avais oublié que mon père, « le dernier des paysans », dont Mai68 fut le Front Populaire, lisait une fois par semaine La Terre, « l’organe » du parti communiste. Bien que socialiste sa vie durant, jusqu’à l’apothéose de Mitterrand, qui lui avait touché la main dans la ville de Foix, il n’avait pas pu refuser de s’abonner à l’hebdo de Waldeck Rochet, proposé par l’unique communiste du village, un pur, toujours serviable et généreux. Moi, j’avais 3 ans, quand Jose Cabrebra Arnal (merci Wikipedia) créa Pif le Chien.
Mais dès que je fus en capacité de le lire ce fut ma bible du jeudi, notre jour sans école.
MÉMOIRE
Cette nuit elle m’échappe, mais je la rattrape à la frontière du mot et de la chose.
BORGES
Borjès, non ?
MINUIT
Round Midnight, ma pièce de musique, toute catégorie, préférée. On peut y ajouter une pincée de voix, version Bobby Mc Ferrin, avec Herbie Hancock au piano, Ron Carter, bass, et Tony Williams, drums.
« Autour de Minuit », titre parfait.
J’écris ceci à une heure cinq, exactement. J’ai un peu dépassé la limite, non ?
Les choses les plus simplesL'ouverture des voletsUn bruit de voitures sur la voie rapideUn goéland mélancoliqueLes fleurs venues sur l'abricotierLe jour neuf qui s'annonceLes trous dans la mémoireDe mon identité
écrit tel quel et déposé ce trois mars deux mille vingt pour les lecteurs enfants et pour les égarés
Le poète Louis Brauquieraprès avoir longtemps bourlingué,se souvenait un soir de Maracaïbo,où, ajoutait-il,« je ne suis jamais allé de mon vivant ».
Son poème de fausse mémoirepermet d’affirmer à Dorio,à contrario,qu’un de ses itinéraires le conduisit,le 29 décembre 1969,il y a exactement un demi-siècle,à cette ville vouée à la malédictiond’une marée noire séculaire.
Ce poème écrit face au champ de pétrole-et qui rencontra plus tardune page imprimée- en atteste :
Une mer alitée
Il fallait voir ses cendres
Violets d’encres noirs
Des oiseaux se baignaient
Aux embruns de pétrole
Cris hideux ébarbulés
Fourbu le soleil
Se laissait mourir
Assis sur un derrick
ItinérairesJJ DorioÉdité par P.J. Oswald1975
Que sont mes ami.e.s devenu.e.s Qui eurent dans leurs mains Cet exemplaire ?