ON NE SAISIT RIEN

calligraphies 31/07/2020




On ne saisit rien. C’est ce que comprennent peu à peu, ceux et celles qui s’obstinent, avec méthode et persévérance, à lancer leurs calligraphies, leurs graphismes, leurs exorcismes, leurs écrits de rêves et d’émotion. Sur chaque page blanche, sur le poème qui à mesure qu’il s’invente nous métamorphose.

Chatoiements, bigarrures, danse de la mémoire qui recule vers le futur, images à foison, qu’il faut croiser avec nos corps de l’enfance au crépuscule, sur le manège de nos vies, nos lectures, nos musiques sonnantes et dissonantes et l’apport inestimable de nos si rares soutiens de vie.

Et après, petites graines feront pousses nouvelles, ou s’en iront sans reprises dans le néant.


	

JE NE SUIS PAS NÉ D’HIER

suivi de 1945


Je ne suis pas né d’hier

Je ne suis pas né de la dernière pluie

Je ne suis pas né au temps de l’invasion de la Sicile par les ours du cirque Buzzati

Je ne suis pas né de la reproduction sur un catalogue d’un tableau sur la nativité

Je ne suis pas né de madame la marquise celle qui sortit à 5 heures ou celle de Tout va très bien !

Je ne suis pas né d’un chapeau

Je ne suis pas né d’un cadavre exquis (encore heureux)

Je ne suis pas né de madame Bovary

Je ne suis pas né d’une bouteille à la mer lancée par le poète des Correspondances

Je suis né une nuit de mars 1945 45 jours avant la Libération





1945

«  Chaque mémoire individuelle est un point de vue sur la mémoire collective ». Maurice Halbwachs





Je regarde la liste des copains et copines né.e.s comme ma pomme l’année de la Libération. Du 1° janvier au 31 décembre, ça fait pas mal de croix déjà qui illustrent leur deuxième date, la fatidique, celle où ils ont rejoint ad patres. J’avais fait une liste interminable que d’un clic j’envoie paître.

Que reste-t-il de mes rencontres ?

Une réelle, celle de Gérard Pierron chantant Gaston Couté dans une grange au festival d’Avignon, et qui m’a donné le virus ; j’ai toute l’œuvre écrite de Couté. Je vous livre ci-dessous une des chansons que j’ai mise en musique Le déraillement.

D’autres répétées souvent réitérées :

Dany Cohn-Bendit : « Une chanson de 68 Le rire de Dany Cohn-Bendit Faites l’amour pas la guerre faites sur les murs mille poèmes… » sur mon 1° CD. Un reportage plein de tendresse et de compréhension, sur la question impossible ; qu’est-ce être juif aujourd’hui ?(vu ce mois de juin 2020).

(Parenthèse : lire la sociologue Nathalie Heinich, qui donne, à mon goût, beaucoup de sens à la question : l’identité à l’épreuve de la judéité (in : ce que n’est pas l’identité.2018) et le remarquable et très touchant (on ne peut que pleurer par instants) : Une histoire de France. 2018)

Keith Jarret que je préfère écouter que voir sur Youtube se contorsionner.

Sylviane Agacinski, la philosophe, épouse de Lionel Jospin, durant la campagne malheureuse de 2002.

Elle fit à la suite un livre « assassin », notamment pour ce champion de la déconstruction, qui au premier tour « par mauvaise humeur » n’avait pas été voter :

« Je lis dans Libération que Jacques Derrida n’a pas voté au premier tour « par mauvaise humeur contre tous les candidats ». L’humeur donc, encore et toujours ! Elle revient sans cesse dans ce journal. Mais je ne pensais qu’elle pût être décisive un jour d’élections. Espérons au moins que le philosophe aura retrouvé sa bonne humeur au second tour, face aux candidats Chirac et le Pen. »

UN DICTIONNAIRE À PART MOI
Patchwork in progress
Jean Jacques Dorio

Le déraillement
paroles Gaston Couté
musique et voix
JJ Dorio

ROUND MIDNIGHT

UN DICTIONNAIRE À PART SOI


LA TERRE

J’avais oublié que mon père, « le dernier des paysans », dont Mai68 fut le Front Populaire, lisait une fois par semaine La Terre, « l’organe » du parti communiste. Bien que socialiste sa vie durant, jusqu’à l’apothéose de Mitterrand, qui lui avait touché la main dans la ville de Foix, il n’avait pas pu refuser de s’abonner à l’hebdo de Waldeck Rochet, proposé par l’unique communiste du village, un pur, toujours serviable et généreux. Moi, j’avais 3 ans, quand Jose Cabrebra Arnal (merci Wikipedia) créa Pif le Chien.

Mais dès que je fus en capacité de le lire ce fut ma bible du jeudi, notre jour sans école.

MÉMOIRE

Cette nuit elle m’échappe, mais je la rattrape à la frontière du mot et de la chose.

BORGES

Borjès, non ?

MINUIT

Round Midnight, ma pièce de musique, toute catégorie, préférée. On peut y ajouter une pincée de voix, version Bobby Mc Ferrin, avec Herbie Hancock au piano, Ron Carter, bass, et Tony Williams, drums.

« Autour de Minuit », titre parfait.

J’écris ceci à une heure cinq, exactement. J’ai un peu dépassé la limite, non ?





LES CHOSES LES PLUS SIMPLES

Les choses les plus simples
L'ouverture des volets
Un bruit de voitures sur la voie rapide
Un goéland mélancolique
Les fleurs venues sur l'abricotier
Le jour neuf qui s'annonce
Les trous dans la mémoire
De mon identité
écrit tel quel
et déposé
ce trois mars
deux mille vingt
pour les lecteurs enfants
et pour les égarés

MARACAIBO RÉVEILLE DE VIEUX RÊVES

Vivre d’abord et rien que vivre.

Écrire, c’est de l’à-côté obligatoire.  

Louis Brauquier    





Le poète Louis Brauquier après avoir longtemps bourlingué, se souvenait un soir de Maracaïbo, où, ajoutait-il, «  je ne suis jamais allé de mon vivant ».





  Son poème de fausse mémoire permet d’affirmer à Dorio, à contrario, qu’un de ses itinéraires le conduisit, le 29 décembre 1969, il y a exactement un demi-siècle, à cette ville vouée à la malédiction d’une marée noire séculaire.





  Ce poème écrit face au champ de pétrole -et qui rencontra plus tard une page imprimée- en atteste :





    Une mer alitée

Il fallait voir ses cendres

Violets d’encres noirs





  Des oiseaux se baignaient

Aux embruns de pétrole

Cris hideux ébarbulés





  Fourbu le soleil

Se laissait mourir

Assis sur un derrick





    Itinéraires JJ Dorio Édité par P.J. Oswald 1975    

Que sont mes ami.e.s devenu.e.s
Qui eurent dans leurs mains
Cet exemplaire ?