CE QUE C’EST QUE DE VOIR

JE VOIS CE QUE TU NE VOIS PAS

Je vois le soleil de nuit dansant la sardane sur un mur de Miró

Je vois le couloir entre la cuisine où nous vivions et…l’étable des vaches

Je vois le corridor et ses carreaux à fleurs bleues entrelacées

où je jouais au palet à la marelle et à tous les jeux de Rabelais

Je vois le bateau et la neige et la fleur de souci

les beaux vers et que sais-je l’estragon de la nuit

l’attente des nénuphars quand Monet prend le frais

le cri des canotiers Pulchérie! Népomucène! 

Je vois et n’y vois goutte

mes poches sont trouées

et nul frou-frou au ciel  

Je vois le père Prévert sous l’œil de son copain Doisneau

avec son ballon de rouge et son toutou à ses pieds

sur le quai Saint Bernard près de la Seine 

Je vois Sainte Victoire

Ligne incertaine

Vague chapeau de gendarme

Morceau de craie 

Je vois des vaches s’envoler de leurs prés

changées en vautours ou en chevaux légers  

Et c’est l’homme de maïs de Miguel Angel Asturias

qui approche et me dit titubant :

            – Hermano tu es cette fleur jaune

              dans le va-et-vient du temps. 

je vois Mathis (7 ans) et Jean Jacques (77 ans) faire danser leurs personnages noirs

PIERRES HOMMES OISEAUX

Au moment où j’écris, ce sont pierres vives qui viennent en premier, lithographies imaginaires d’un amateur calligraphe

Puis ayant mis par hasard, ou par nécessité, l’œil à la fenêtre, j’aperçois la lune : un parfait croissant du dernier quartier…  

 Les pierres et la lune se combinent alors et sont là dans ma tête; objets qui commencent à se former et à me réintégrer au monde constellé…    

Mais libres à vous, lecteurs subtils, de voir et d’entendre à l’instant autre chose…

des hommes par exemple comme le suggérait Rabelais :  

Je ne bastis que pierres vives Ce sont hommes

Ou bien zic-zac! zic-zac! faisait Miró

Et de ses mains fertiles s’envolaient des oiseaux…

zic zac clic clac une photo d’un drôle d’oiseau

PERSONNAGES GUIDÉS PAR LES TRACES PHOSPORESCENTES DES NUITS MAGNÉTIQUES

J’ai le goût des mots qui parfois m’entraînent dans des territoires où je me perds avec délices et orgues. Avec Alice et l’orque de la Terre de Feu.

Jai le goût des arabesques et des chinoiseries de Tchouang Tseu dont le rêve du papillon échappe à toute logique dun monde conçu par le seul Descartes.

J’ai le goût des cartes (en effet), celles des arcanes majeurs du Tarot de Marseille, dont j’écrivis les poèmes toute une année. Un poète pape de la Géopoétique les lut avec plaisir, pour leur « puissance de langage et d’image », mais il ne pouvait les publier « à cause de leur côté systématique (les Tarots justement) -j’aurais préféré, ajoutait-il, La Montagne des Signes 1(un de mes testes dédié à « la Papesse ») 1 sans les tarots ! » (sic).

Jai le goût de la perte (non de la perdition). Perdue pour perdue, une vie à létoile filante cousue main magnétique des Constellations de Joan Miró.

Jai le goût de ses « personnages dans la nuit guidés par la trace phosphorescente des escargots » Escargots Caracoles savourés au comptoir du plus célèbre restaurant de Barcelona

Jai le goût des tobogans où lon dévale et lon avale les mots qui nous entraînent avec délices et orgues, lorque dAlice, les arabesques dun papillon de Chine et les arcanes des personnages guidés par la trace phosphorescente de nos nuits magnétiques.

      1 LA PAPESSE TARAHUMARA

Les tarots hument l’air de la montagne des Signes. La Papesse assise sur un siège blanc contemple la roche percée de mythes en lambeaux. Une image de la mort s’en extirpe arrachant la peau du langage et tenant sur son poing un aigle à tête d’enfant. De la montagne descendent chargés de peyotl les indiens aux manteaux brodés poinçonnés de croix de points de larmes et d’éclairs. La Papesse se lève et disparaît dans une bouffée de nuit laissant dans la brièveté du repos le corps tourmenté de la montagne.

https://www.leseditionsdunet.com/livre/un-dictionnaire-part-moi

COMME UN TABLEAU NOIR





Comme un tableau noir de l’école communale

Le grand art enfantin à coup de craies plus blanches

Qu’un fond de Constellations de Joan Miró





Des étoiles de roses d’un sonnet de Ronsard

Étouffées par la mort qui nous a laissé choir

Un souffle un presque rien le cycle recommence





Comme ce tableau noir suscitant l’enjouement

Étude des trilles des vols d’engoulevent

Bestiaire des faucons hagards et crécerelles





Comme des lignes de naissances successives

Les sillons nouveaux les mottes luisantes les vers

Attirant les merles et les bergeronnettes





Les travaux et les jours la palette des nuits
Le temps est à la neige efface ce poème

Qui sautait à la corde d’un temps qui s’est perdu





05/01/2021

manuscrit + hypnographies