LA LANGUE DES CLANDESTINS SAIT ATTENDRE





C’est un sentiment étrange

                                                           -comme « être ange »

                                                                un peu pervers

                                                            de l’ami Prévert-

Je suis en train de commencer

une écriture

que quelqu’un -me semble-t-il-

a déjà lue





Mais curieusement

au lieu de me « couper les ailes »

-me couper d’Elle

car c’est une lectrice

qui me court-circuite-





au lieu de rompre

les fils du texte

je le poursuis





je lui ajoute

ces alongeails

qu’affectionnait Michel

sur ses pages

écrites à Montaigne





cependant pour l’instant

je vais ôter ma pièce

du circuit

la dissimuler

aux yeux de cette Françoise

-une manière de la nommer-

qu’il faut tout de même

un peu désorienter





la langue des clandestins

sait attendre









13/02/2020

10h11

JE PARLE AU PAPIER





« Je parle au papier comme je parle au premier que je rencontre »

Michel de Montaigne





À force de recopier mes auteurs bienheureux

Sur des bouts de papier

Je ne sais plus bien

Si c’est d’eux ou si c’est de moi

Lequel des deux a pris la main





Laquelle m’a donné ses excès d’images

et de piétinements

ceci pour le trop dire





Ou bien qui fait silence

autour du mot manquant

ceci pour le trop peu





Ce texte privé d’Aura

peut maintenant disparaître





10/01/2020

01h01

L’HOMME EST D’ARGILE

 
J’ai eu la bougeotte  – qui ne l’a pas eue ? –
manque de jugeote c’est coutumes et us -         
Je me suis posé – surtout pas Assis – 
une façon d’oser affronter ses chimères
et monstres, chevaux échappés…
Notant leurs méandres les enregistrant   
 
Et ensuite que faire de mes inepties, mes folles manières :
les livrer aux psys ?   
Surtout pas sœurette, car tenir sa plume
C’est la tête en fête, la sortie de soi à moindre frais.
      
C’est tenir ce rôle où s’enregistre sur papier blanc
ce qui nous traverse l’esprit 
Chaque jour fabulant inventant nouvelles fantaisies
Pour voir un peu, chemin faisant,
lesquelles il faut suivre et lesquelles écarter
lesquelles croire et lesquelles déprécier.
   
Et vous lecteurs infidèles c’est ainsi que vous êtes ?
C’est ainsi que vous battez le sable sous le pavé ?
Que vous vous mouvez entre la bouteille et le jambon ?
Un peu d’humour que diable !
Si vous ne voulez pas être l'âne de Buridan au comble de l’irrésolution
le dindon de la fable !   

Et vive la diversité et à chacun ses bonnes rencontres
Homme approximatif comme écrivit Dada
Ni charbonnier ni libertin ni bel ara
L’homme est d’argile
Et que souffle la liberté !
 
 

* mettre en rôle: expression de la langue judiciaire; 
chez Montaigne c’est « écrire », « enrouler » ses pensées
dans leur désordre natif.
L’HOMME EST D’ARGILE : sentence écrite en grec
sur la poutre de « la librairie » de Michel de Montaigne
 

JE M’ABANDONNE À LA NAÏVETÉ

 

JE M’ABANDONNE À LA NAÏVETÉ
Je m’abandonne à la naïveté
et à toujours dire ce que je vois,
et par tempérament et par discours,
laissant à la fortune de conduire l’événement.
Montaigne (revisité ce 17/10/2019)
 
Je regarde les nuages qui passent
et un avion avec sa fumée en panache
derrière sa queue.
Je regarde une libellule posée sur l’amandier
- que fait-elle encore à rôder ainsi un 14 octobre ?
Je regarde le temps en suspens
me balançant dans mon hamac.
Puis je ferme les yeux au monde qui m’entoure
reprenant la lecture du livre sur lequel
j’ai écrit ces lignes dans les marges.


 

QUE SAIS-JE ?

 
Je sais que je ne sais rien
 
Je sais qu’on appela la guerre de 14 la grande boucherie
Je sais que la littérature sans estomac est un livre de Pierre Jourde
Je sais qu’il ne faut pas couper les cheveux en 4
Mais les vers si
 
Je sais réciter par cœur ma bohème et le dormeur du val
Je sais faire cuire un loup à la plancha entouré de gros sel
Je sais que Clément Marot avait pour blason
la mort n’y mord
 
Je sais bien, mais quand même…
 
Je sais ma commère qu’il vous faudra purger de quatre grains d’ellébore
Je sais que c’est Michel habitant de Montaigne qui le premier écrivit
Que sais-je ?
Je sais que kalè k’agathè zôè signifie
une vie belle et bonne
 
Ce que je sais ce qui est mien c’est la mer indéfinie*
 
Je sais que Ponge a écrit le savon :
dont nous sortons d’ailleurs les mains plus pures
 qu’avant le commencement de cet exercice
 
Je sais qu’il y a loin de la coupe aux lèvres
Je sais qu’on ne peut courir deux lièvres à la fois – quoique !
Je sais que la voix de ma bien-aimée est plus douce que le chant des étoiles **
Je sais que l’ennui naquit un jour de l’uniformité***
 
Je sais bien que dans le lit à mes côtés
tu n’es plus là
mais quand même
je n’y crois toujours pas
 
 
Je sais qu’il n’est pas sûr qu’Ève soit née de la côte d’Adam
Je sais que certains exégètes traduisent
Ève naquit à côté d’Adam
 
Je sais je songe je neige je nage je passe la page
de cette dernière nuit d’été
à ceux qui ont été
à celles qui naissent de l’écume
des nuits transfigurées
 
 
 
*Henri Michaux épreuves exorcismes
 ** Norge le vin profond
 *** Antoine Houdar de la Motte les amis trop d’accord